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N°43-juin 2026

Moussa MOHAMED SAGAYAR et Amadou SAIBOU ADAMOU

L’éducation de base au Niger : l’enseignement et la formation pour les 5 ans-15 ans à l’horizon 2030

Article

Résumé

Le Niger fait face à une crise persistante de l’éducation de base, marquée par une forte croissance démographique et un niveau élevé d’analphabétisme. Dans ce contexte, la mise en œuvre des politiques éducatives constitue un enjeu majeur pour garantir, d’ici 2030, une éducation inclusive, équitable et de qualité pour tous les enfants âgés de 5 ans à 15 ans, conformément à l’axe 4 des Objectifs de Développement Durable (ODD). L’article s’intéresse ainsi aux difficultés de planification, d’accès et de qualité de l’enseignement, ainsi qu’aux réformes nécessaires pour relever ces défis.

La méthodologie repose sur l’analyse documentaire de textes de politique éducative, de rapports institutionnels et des expériences de terrain qui ont également permis de faire des analyses de contextes et de solutions expérimentées.

Les résultats montrent des avancées dans la prise en compte des langues nationales, le développement de l’éducation alternative, et la formation continue des enseignants. Toutefois, des disparités importantes persistent selon les régions et les genres, et les acquis d’apprentissage restent faibles. L’article conclut sur la nécessité de renforcer les pratiques pédagogiques contextualisées, de mieux articuler les réformes aux réalités locales, et de pérenniser les efforts de formation. Une meilleure gouvernance et une implication communautaire renforcée sont essentielles pour atteindre une éducation équitable et durable au Niger.

Abstract

Niger faces a persistent crisis in basic education, characterized by rapid population growth and high illiteracy rates. In this context, the implementation of education policies is a key challenge in ensuring, by 2030, inclusive, equitable, and quality education for all children aged 5 to 15, in line with Goal 4 of the Sustainable Development Goals (SDGs). This article therefore examines the challenges related to planning, access, and the quality of education, as well as the reforms needed to address these challenges. The methodology is based on a documentary analysis of education policy texts, institutional reports, and field experiences, which also enabled context analyses and analyses of solutions that have been tried and tested. Better governance and greater community involvement are essential to achieving equitable and sustainable education in Niger. The results show progress in the recognition of national languages, the development of alternative education, and continuing teacher training. However, significant disparities persist across regions and genders, and learning outcomes remain low. The article concludes with the need to strengthen contextualized teaching practices, better align reforms with local realities, and sustain training efforts. Better governance and greater community involvement are essential to achieving equitable and sustainable education in Niger.

Texte intégral

pp. 153-174

Introduction

1Le Niger, pays enclavé du Sahel en Afrique de l’Ouest, se caractérise par une dynamique démographique très marquée : la fécondité y demeure élevée (environ six naissances par femme) et la population est largement jeune, avec près de la moitié des individus âgés de moins de 15 ans. Cette structure démographique contribue à accroître la pression sur les services sociaux de base, en particulier l’éducation1. Ce contexte socio-économique se caractérise également par une forte pauvreté, des inégalités régionales, un taux d’analphabétisme élevé, et une faible scolarisation en milieu rural, notamment chez les filles (SANDA, 2017 p.48 ). Dans ce cadre, l’éducation de base, qui concerne les enfants de 5 à 15 ans, représente un enjeu stratégique majeur. Garantir l’accès à une éducation inclusive, équitable et de qualité à cette tranche d’âge est non seulement une nécessité sociale, mais aussi un levier fondamental pour le développement du pays. Le Niger s’est engagé dans plusieurs réformes éducatives, appuyées par des partenaires techniques et financiers, afin d’améliorer la scolarisation, les conditions d’enseignement, la qualité des apprentissages et la professionnalisation de l’encadrement pédagogique.

2Ces réformes s’inscrivent dans le cadre plus large des ODD adoptés par les Nations Unies à l’horizon 2030, et en particulier de l’ODD 4, qui vise à « assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». Le Niger, pays enclavé du Sahel en Afrique de l’Ouest, se caractérise par une fécondité élevée et une population très jeune, ce qui accroît la pression sur les services sociaux de base, en particulier l’éducation. Dans ce contexte, le système d’enseignement nigérien se heurte à des difficultés persistantes d’inclusion, notamment au regard de la diversité linguistique et culturelle, des inégalités de genre et de l’impact des contextes d’urgence qui se traduisent par des obstacles d’accès et de maintien à l’école ainsi que par des inégalités de chances d’apprentissage. (Pôle de Dakar / UNESCO-IIPE, 2018 p.15 ).

3Le présent article propose une analyse des dynamiques actuelles de l’éducation de base au Niger qui portent l’enseignement et la formation pour les 5-15 ans à l’horizon 2030.Trois grandes pistes sont prospectées : les politiques éducatives du Niger, la qualité des enseignements-apprentissages et la formation des enseignants.

4Pour ce faire, l’étude interroge les textes de politique éducative du Niger et les rapports institutionnels élaborés par le Ministère de l’Education Nationale, l’UNICEF et l’UNESCO. L’étude utilise aussi des informations recueillies auprès d’acteurs du secteur éducatif. La méthodologie adoptée dans cet article repose principalement sur une analyse documentaire approfondie. Celle-ci inclut l’examen de textes de politique éducative, de rapports institutionnels nationaux et internationaux, ainsi que de données issues d’expériences de terrain. Ce corpus documentaire a permis non seulement d’identifier les orientations stratégiques en matière d’éducation de base au Niger, mais aussi d’analyser les contextes spécifiques dans lesquels ces politiques s’appliquent. L’étude s’est également appuyée sur des exemples concrets de solutions expérimentées, permettant d’évaluer leur efficacité et leur pertinence au regard des réalités locales. Cette approche a ainsi favorisé une lecture critique des avancées et des limites des réformes entreprises, tout en mettant en lumière les leviers d’action pour améliorer l’accès, la qualité et l’inclusivité de l’éducation dans le pays à l’horizon 2030.

Les politiques d’éducation de base au Niger pour les 5-15 ans 

5Pour le développement humain et social du Niger, l’accès à l’éducation de base pour les enfants de 5 à 15 ans constitue un enjeu fondamental (United Nations Development Program , 2021 p.32). Malgré les engagements pris à travers les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et désormais les Objectifs de Développement Durable (ODD), de nombreux enfants nigériens restent encore en dehors du système éducatif, particulièrement en milieu rural et parmi les filles. Pour ces deux agendas, le Niger a travaillé avec tous les acteurs du pays pour exploiter les dynamiques dégagées par les OMD et ODD et tenter d’élaborer un programme ambitieux de développement en ayant à l’esprit que : « Tous les êtres humains doivent donc pouvoir vivre dans un monde socialement équitable, bénéficier d'une bonne éducation et avoir la possibilité d'exercer un travail décent »2.

6Face à cette situation, l’État et ses partenaires ont mis en œuvre diverses initiatives, telles que la gratuité de l’école primaire3, la modernisation de l’langues coranique, ou encore le développement de l’enseignement non formel et professionnel. Toutefois, des défis persistants liés aux inégalités territoriales, à la pauvreté des ménages ou encore aux normes sociales continuent de freiner une scolarisation universelle et équitable. Cette section analyse le contexte actuel, les solutions déjà expérimentées et les perspectives envisageables pour garantir un accès effectif à l’éducation de base à tous les enfants nigériens à l’horizon 2030 (Organisation internationale de la Francophonie (OIF). 2020 p.34).

7Le Niger a enregistré des avancées significatives en matière d'éducation, notamment grâce à la volonté politique d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), dont la scolarisation pour tous d’ici 2015. Le taux brut de scolarisation au primaire s’élève à 63,2 %, ce qui demeure insuffisant pour couvrir l'ensemble des enfants de 5 à 15 ans. Le niveau de fréquentation reste particulièrement faible dans l'enseignement professionnel, avec un taux de seulement 0,9 % au premier cycle. Par ailleurs, le taux d’alphabétisation national atteint 30,11 %, mais cache de profondes inégalités entre sexes (22,10 % pour les femmes contre 38,64 % pour les hommes) et entre zones urbaines et rurales (58,51 % contre 23,68 %). Plus de la moitié de la population (55,61 %) n’a jamais été scolarisée (Ministère de l’Éducation Nationale du Niger, (2021 p.53).

8Plusieurs initiatives ont été engagées pour améliorer l’accès à l’éducation et la qualité des enseignements. Parmi celles-ci figurent :

  • la mise en œuvre de programmes de développement de l’éducation intégrant les volets général et professionnel.

  • la modernisation de l’école coranique, visant à concilier éducation religieuse et compétences de base.

  • l’adoption de la Loi d’Orientation du Système Éducatif Nigérien (LOSEN), qui garantit le droit à l’éducation pour tous les enfants, sans discrimination.
    Ces réformes ont permis un doublement du taux d’alphabétisation entre 2001 et 2012 (de 14,4 % à 30,11 %), traduisant une dynamique positive, bien que lente.

9Malgré les efforts, plusieurs freins structurels et socioculturels entravent encore la pleine réalisation du droit à l’éducation :

  • infrastructures éducatives insuffisantes, surtout en milieu rural.

  • faible niveau d’instruction des parents, influençant la décision de scolariser ou non un enfant.

  • inégalités de genre, bien que l’attitude générale de la population soit favorable à la scolarisation des filles.

  • poids de l’enseignement non formel, en particulier coranique, qui reste dominant pour une partie de la population.

  • facteurs économiques (pauvreté, besoin de main-d'œuvre enfantine) qui empêchent de nombreux enfants d’accéder ou de rester à l’école.

10C’est dire que le système éducatif nigérien fait face à des défis majeurs en matière d’équité, de gouvernance et d’inclusion, dans un contexte de croissance démographique rapide, de disparités territoriales et de pressions budgétaires. L’analyse de la situation éducative révèle des inégalités structurelles profondes dans l’accès, la qualité et le maintien des élèves à l’école (AFD & UNICEF, 2021 p.12). C’est donc des challenges à dimensions variables concernant, l'amélioration de l'accès à l'éducation (en particulier pour les filles et en milieu rural), le renforcement de la qualité et de la pertinence de l'enseignement, et le développement des capacités de gestion du secteur éducatif au niveau central et local (Sagayar, 2024 p.74).

11Ces inégalités se manifestent par une nette fracture entre zones urbaines et rurales, une scolarisation encore très inégale entre filles et garçons, et une faible représentation des enfants issus de groupes marginalisés dans les cycles scolaires formels (Hima, 2020 p.21). Les données disponibles montrent que les enfants des zones rurales, notamment les filles, les enfants en situation de handicap ou appartenant à des groupes socio-économiques défavorisés, restent les plus touchés par le non-accès ou l’abandon scolaire. En 2023, on note que les enfants hors écoles primaires, environ 37,89 % des enfants d’âge primaire au Niger ne sont pas inscrits à l’école4. Le taux brut de scolarisation primaire est de d’environ 71 % chez tous les enfants, mais il est plus faible pour les filles. Parmi les 7‑16 ans, 66 % des filles sont scolarisées comparativement à un taux similaire de tous les enfants, mais les disparités rurales‑urbaines restent fortes5.

12Dans les zones rurales, seulement 19 % des filles atteignent l’école secondaire, chiffre qui chute chez les communautés les plus pauvres. Plus de 50 % des enfants de 7 à 16 ans ne sont pas scolarisés. Les enfants des milieux ruraux et les plus pauvres sont les moins susceptibles d’aller à l’école6.
Le taux d’achèvement du primaire est d’environ 54 % pour les filles, et 61 % pour les garçons. Pour le premier cycle du secondaire, il chute très fortement avec peu près 17‑20 % des élèves qui terminent ce cycle7.

13Les deux figures8 ci-dessous illustrent qu’à l’échelle nationale, environ 36 % des 81 947 salles de classe du primaire et du secondaire étaient classées comme « classes paillotes » (CP) en 2022. Les pressions démographiques risquent de rendre l'accès à l'éducation encore plus difficile à l'avenir. Si le taux net de scolarisation demeure constant à 57,7 % (en 2021), le nombre de nouveaux élèves inscrits dans le primaire devrait augmenter, passant de 102 370 en 2024 à un maximum de 133 511 en 2045. Par conséquent, pour répondre à la croissance de la population scolaire, il sera nécessaire de construire en moyenne 2 500 salles de classe dans le primaire et 1 037 dans le secondaire chaque année au cours des trois prochaines décennies.

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calculs des services de la Banque mondiale sur la base des projections démographiques des Nations Unies et des données de l’UNICEF sur les taux de scolarisation

14Dans un contexte marqué par une insécurité dans la zone des trois frontières, et de nombreux défis liés au développement social et économique, le Niger observe une croissance continue du secteur privé de l’éducation, souvent perçue comme une réponse à la massification et à l’insuffisance de l’offre publique (Akkari, Gandolfi, & Sagayar, 2022 p.78 ). Si ce développement contribue à élargir l’offre éducative, notamment en milieu urbain, il soulève des enjeux d’équité. Le coût élevé des écoles privées reste un obstacle majeur pour les familles sans revenus suffisants, ce qui aggrave les inégalités d’accès à une éducation de qualité pour tous. De plus en plus, ce qui interroge, c’est la capacité de l’État à garantir une éducation inclusive et équitable pour tous, quel que soit le statut de l’espace d’apprentissage.

15L’État nigérien tente de répondre à ces défis selon ses capacités. Il ainsi mis en place plusieurs dispositifs d’inclusion : l’introduction progressive des langues nationales dans les premières années du cycle fondamental dans l’espoir d’améliorer l’ancrage culturel et la qualité des apprentissages.
Des efforts ont également été entrepris pour intégrer les enfants en situation de handicap, à travers des politiques d’éducation inclusive, bien que leur mise en œuvre reste limitée à certaines zones pilotes. La question du handicap reste un enjeu central du système éducatif nigérien. Elle s’inscrit dans le cadre des politiques éducatives actuelles, qui visent à promouvoir une éducation inclusive de qualité. Malgré ces efforts, une forte variabilité des performances scolaires persiste chez les élèves en difficultés fonctionnelles, notamment dans des disciplines fondamentales telles que les mathématiques, les sciences naturelles, la lecture et l’écriture. Il reste à identifier les principaux obstacles rencontrés par ces élèves et de proposer des pistes d’amélioration concrètes pour renforcer leur inclusion, leur réussite scolaire et les liens entre les écarts de performance observés et les facteurs contextuels influençant l’apprentissage

16Par ailleurs, des programmes d’alphabétisation et d’éducation non formelle ont été lancés en faveur des populations marginalisées, notamment les enfants nomades, les jeunes non scolarisés et les adultes analphabètes (AKKARI, 2016 ; AKKARI, & FUENTES, 2021,p.18 ). Pour renforcer l’impact de ces initiatives, les orientations politiques sont confrontées à un problème d’ancrage dans une approche inclusive fondée sur les droits, combinant des investissements accrus dans l’éducation publique, une meilleure régulation du secteur privé, et un appui ciblé aux groupes les plus vulnérables. On voit bien que pour le Niger, le chemin vers une éducation réellement équitable, inclusive et de qualité à l’horizon 2030, est semé d’embûches.

Qualité des enseignements et acquis d’apprentissage : quelles stratégies pour les enfants de 5 à 15 ans 

17Face aux multiples défis que rencontre son système éducatif, dont celui des apprentissages et de leur pertinence, le Niger s’est inscrit dans une logique d’évaluation et d’innovations stratégiques en vue de l’amélioration de la qualité des acquis de l’apprentissage.

18C’est ainsi que dans le cadre de PASEC 2019 (Programme d’Analyse des Systèmes Éducatifs de la CONFEMEN), l’évaluation porte entre autres sur la performance des élèves en langues d’enseignement et mathématiques en début et fin de cycle primaire. Les résultats de PASEC 2019 montrent sans cesse des performances très faibles : une proportion importante d’élèves ne maîtrise pas les compétences de base en lecture et en mathématiques malgré les années de scolarité. La récurrence de ces difficultés d’apprentissage trouve ses raisons entre autres dans l’absence de dispositifs de soutien individualisé adéquats, ce rend difficile l’accompagnement des élèves en difficulté. À cela s’ajoutent l'environnement scolaire d’apprentissage qui ne leur permet pas d'acquérir les compétences fondamentales attendues (IIPE‑UNESCO, 2023 p12 ).

19Ces deux raisons s’expliquent finalement par le fait que les programmes d’étude n’offrent pas aux enseignants des contenus spécifiques pour organiser les enseignements et les apprentissages des mathématiques en respectant un certain alignement curriculaire dans les pratiques d’enseignements/apprentissages, le contenu des manuels (guide de l’enseignant, manuel de l’élève) et les évaluations des apprentissages (SAGAYAR, 2009 p144 ). Le Niger est confronté à ce que l’on appelle la “pauvreté éducative” : environ 90 % des enfants de 10 ans ne parviennent pas à lire et comprendre un texte adapté à leur âge. En outre, parmi ceux inscrits en primaire, environ 65 % sont considérés comme “learning poor” (apprenants avec des acquis insuffisants), (UNESCO, 2024). Toutes ces données montrent qu’au-delà de la couverture scolaire, le défi majeur est que la scolarisation ne garantit pas des apprentissages efficaces.

20Pour ce qui est de la qualité des enseignements et les acquis d’apprentissage des enfants de 5 à 10 ans au Niger, il est important de cartographier toutes les stratégies envisagées et mises en œuvre avec ou sans les partenaires techniques et financiers. Ces derniers occupent le terrain et mettent en œuvre des innovations. Il est également essentiel pour le Niger de former et d’accompagner les enseignants, en leur garantissant des ressources pédagogiques adaptées et des programmes de formation continue. Parallèlement, l’intégration de méthodes pédagogiques actives et ludiques favorisant l'engagement des élèves peuvent stimuler leur motivation et leur curiosité. De plus, il serait bénéfique de renforcer les infrastructures scolaires, en veillant à ce qu’elles soient accessibles et adaptées aux besoins des enfants, notamment ceux en situation de vulnérabilité. Enfin, l'implication des parents et de la communauté est primordiale pour créer un environnement d’apprentissage positif, en favorisant une culture de l’éducation qui valorise l’assiduité et l’implication des familles dans le parcours d’apprentissage de leurs enfants (KOZUKA, EIJI , 2023 p6).

Pertinence des apprentissages pour les enfants nigériens

21Concernant la pertinence des apprentissages dispensés dans les premières années (CI et CP)9 de la scolarité primaire, le constat est que, le plus ils sont peu alignés avec les réalités des enfants : langues d’enseignement peu compréhensibles pour ceux dont la langue maternelle diffère, méthodes pédagogiques centrées sur la mémorisation plutôt que sur la compréhension, faible contextualisation des supports (SAGAYAR, 2024 p.378 ). Le déficit en français et en mathématique de base indique que les contenus ne permettent pas d’établir une base solide pour l’apprentissage ultérieur. En mathématiques, par exemple, PASEC révèle qu’à la fin du primaire, 92 % des élèves nigériens n’atteignent pas un seuil minimal de compétences en mathématiques10. Cette situation s’explique par la cartographie des programmes d’études au primaire en mathématiques ne repose pas sur l'importance des compétences fondamentales en mathématiques pour le développement éducatif futur des élèves (ADAMOU, 2024 p57 ). Le programme scolaire officiel ou curriculum, les manuels scolaires des élèves, le soutien pédagogique aux enseignants ; tel que les guides de l'enseignant et enfin, les évaluations des apprentissages sont en décalage avec les compétences fondamentales en mathématique et les résultats scolaires globaux des apprenants. Le curriculum ne met en regard quatre éléments clés pour étudier la possibilité de maximiser l’apprentissage :

  • la cartographie du cadre curriculaire national ou le programme d'études pour déterminer de manière explicite les compétences mathématiques que les élèves doivent acquérir à la fin d'un niveau scolaire, dans le cas présent à la fin de la troisième année.

  • la cartographie du cadre national d'évaluation et les éléments d'évaluation nationaux pour déterminer les compétences mathématiques dans les évaluations nationales

  • la cartographie des manuels scolaires des élèves pour identifier les compétences mathématiques abordées dans les activités d'apprentissage ciblées pour les élèves et les difficultés cognitives

  • la cartographie des guides de l'enseignant pour se concentrer sur la nature des ressources et des soutiens pédagogiques fournis dans les manuels scolaires, en identifiant les compétences mathématiques ciblées dans le guide de l’enseignant.

22L'alignement de ces quatre intrants pédagogiques offre aux élèves une expérience d'apprentissage des mathématiques cohérente et systématique, et les possibilités de développer des compétences fondamentales en mathématiques.

Innovations et stratégies pour améliorer les acquis

23En outre, pour améliorer les pratiques d’enseignement et d’apprentissage, d’importants projets innovants ont vu le jour et mettent l’accent sur l’amélioration de la qualité de l’enseignement-apprentissage des mathématiques et sciences (Sciences Physiques et Sciences de la Vie et de la Terre) au Niger. La formation des enseignants, la mise en œuvre des enseignements-apprentissages contextualisés de qualité sont entre autres innovations et bonnes pratiques d’enseignement-apprentissage. L’élaboration de matériels didactiques et de manuels scolaires adaptés aux besoins du Niger, et le développement de la recherche appliquée en didactique ont été des thématiques de formation mise en œuvre dans le cadre du Projet LIRE et le Centre Emergent Africain Innovant d’Enseignement-Apprentissage des Mathématiques et Sciences pour l’Afrique Sub-saharienne installé à l’Ecole Normale Supérieure de l’Université Abdou Moumouni de Niamey. C’est dire que la formation des enseignants est devenue une préoccupation majeure des politiques éducatives au Niger.

24Autre élément important, le Niger, confronté à une conjoncture marquée par les crises humanitaires, les déplacements internes et les perturbations climatiques, met en œuvre des stratégies visant à renforcer la résilience de l’éducation de base via trois leviers clés : l’intégration des langues nationales, le recours à des modèles éducatifs alternatifs, et l’adaptation aux situations d’urgence. En septembre 2024, le gouvernement a validé un Programme d’Éducation Accélérée (Accelerated Education Programme, AEP) de six mois, développé par le Norwegian Refugee Council (NRC), destiné à préparer les enfants non scolarisés ou déplacés à intégrer directement le cours préparatoire, avec des composantes pédagogiques et psychosociales renforcées (NRC, 2024 p.3 ).

25Par ailleurs, la récente politique de promotion des langues maternelles officielle dans l’enseignement primaire, notamment l’usage étendu du Hausa, Zarma‑Songhay, Fulfulde, Kanuri, et autres, témoigne d’un tournant vers une instruction bilingue au cycle initial, appliquée dans des écoles primaires au Niger (TRT Afrika, 2023 p.12 ). Enfin, le Programme d’alimentation scolaire, évalué dans plusieurs régions, montre un effet significatif sur la fréquentation et la réduction de l’abandon scolaire, notamment chez les filles : les écoles disposant de cantines enregistrent un taux de fréquentation plus élevé et une probabilité moindre d’abandon (PAM‑Niger, 2022). Ces innovations indiquent que, bien que le chemin soit encore long, des politiques concrètes se dessinent pour une éducation de base plus résiliente au Niger.

Formation et pratiques pédagogiques des enseignants

26La formation des enseignants s’inscrit dans une double logique de renforcement des capacités aux nouvelles approches et pratiques pédagogiques et de professionnalisation des enseignants Les partenaires au développement du Niger.

27Former les enseignants pour transformer les pratiques s’avère être un enjeu de taille, si tel est qu’il faut aller vers une communauté de pratiques au service de l’innovation pédagogique au Niger. Dans un contexte de mutation rapide des systèmes éducatifs, la formation des enseignants devient un enjeu central pour améliorer la qualité de l’éducation. Au Niger, ce défi est d’autant plus crucial que les attentes envers les enseignants ne cessent de croître, dans un environnement marqué par la diversité des publics scolaires, les inégalités d’accès aux ressources, et les exigences liées à l’intégration des technologies dans l’enseignement.
Pour répondre à ces défis, les partenaires au développement du pays appuient une double logique de transformation : le renforcement des capacités pédagogiques des enseignants aux nouvelles approches, et la professionnalisation durable de leur métier.

28La formation des enseignants ne peut plus se limiter à des sessions ponctuelles de formation. Elle doit s’inscrire dans une dynamique continue de renforcement des compétences professionnelles, permettant aux enseignants de s’approprier les nouvelles approches pédagogiques, de s’adapter aux besoins diversifiés des apprenants, et de contribuer activement à une éducation plus inclusive, équitable et de qualité.

29Dans cette perspective, la professionnalisation du métier passe non seulement par une meilleure structuration des parcours de formation initiale et continue, mais aussi par la mise en place de dispositifs de développement professionnel collaboratif, centrés sur la pratique, le partage d’expérience, et l’innovation pédagogique par la communauté de pratiques.
C’est dans ce cadre qu’émerge l’idée de créer une communauté de pratique (CdP) réunissant enseignants, technopédagogues et formateurs issus des universités et des institutions de formation. Cette CdP aurait pour objectif de :

  • renforcer les capacités pédagogiques des enseignants par la collaboration entre pairs ;

  • favoriser l’intégration des technologies éducatives dans les pratiques d’enseignement ;

  • produire des ressources numériques contextualisées, pertinentes et de qualité ;

  • stimuler une culture d’échange et d’innovation pédagogique au sein du corps enseignant.

30Une telle initiative permettrait de dépasser l’isolement professionnel souvent vécu par les enseignants et de transformer la formation continue en dispositif vivant, ancré dans les réalités du terrain et soutenu par des dynamiques collectives.

31La réussite de cette démarche repose sur un engagement politique fort. Les décideurs doivent reconnaître la formation continue comme un pilier de la qualité éducative et mobiliser les ressources nécessaires à sa pérennisation. Par ailleurs, la CdP doit s’intégrer dans une gouvernance élargie, impliquant les ministères, les universités, les opérateurs de télécommunication et les partenaires au développement.
Des espaces d’échange de haut niveau doivent être organisés pour partager les expériences existantes, débattre des orientations stratégiques et construire un socle commun de vision sur l’avenir de la formation enseignante, notamment à l’ère du numérique. Cependant, on pourrait opter pour la mise en place d’un Groupe de Recherche-Action (RA_CdP_Numérique) pour accompagner cette dynamique. La création de ce Groupe de Recherche-Action, qu’on pourrait dénommer RA_CdP_Numérique, aura pour vocation d'analyser les pratiques existantes, modéliser des approches adaptées au contexte ouest-africain, et proposer des cadres d’action à mettre à l’échelle. Ce groupe pourrait mener les actions suivantes :

  • analyse des approches actuelles de l’enseignement à distance en Afrique de l’Ouest, avec un focus sur les contextes à faibles ressources ;

  • élaboration d’un référentiel de compétences pour les enseignants en matière d’enseignement hybride ou à distance ;

  • organisation d’un séminaire international de partage d’expériences sur l’intégration des TIC dans la formation enseignante et l’enseignement à distance ;

  • publication des actes du séminaire, incluant des recommandations pratiques à destination des ministères, établissements de formation, opérateurs de télécommunication et bailleurs de fonds. La mise en place des communautés professionnelles apprenantes pourrait constituer une innovation pédagogique structurelle pour le Niger. Elle répondrait à la nécessité de former autrement, dans une logique de co-apprentissage et d’amélioration et de développement professionnel continus. Plus qu’un simple outil de formation, la communauté de pratique deviendrait un espace de transformation du métier d’enseignant, de circulation du savoir, et de modernisation du système éducatif. Ce serait une opportunité réelle à condition d’un accompagnement politique, institutionnel et technique adéquate. Ces communautés pourraient jouer un rôle déterminant dans l’amélioration des pratiques pédagogiques et dans la construction d’une école résiliente, inclusive et tournée vers l’avenir (LAUWERIER, & AKKARI, 2011 p.353 ).

Amélioration de la qualité des enseignements‑apprentissages : les leviers d’action

32L’amélioration de la qualité des enseignements-apprentissages au Niger repose donc aujourd’hui sur une combinaison de leviers innovants, mobilisés dans un contexte de réformes éducatives ciblant prioritairement les jeunes enfants de 5 à 10 ans (BABA-MOUSSA, 2012 p.118 ).Un premier axe structurant concerne le renforcement de la formation initiale et continue des enseignants, à travers des dispositifs comme le projet LIRE, qui intègre coaching, dotation en matériel numérique et supervision (Banque mondiale, 2023), ou encore les pratiques de vidéo-coaching mises en œuvre dans les zones d’accès difficile (CONCERN WORLDWIDE, 2024 p.3 ). En parallèle, la contextualisation des contenus d’apprentissage, notamment par l’usage des langues locales et des méthodes participatives comme les groupes tutoriels favorise une pédagogie plus inclusive (IIEP-UNESCO, 2023 p.118). Des mécanismes de remédiation, numériques ou tutorés, soutiennent les élèves en difficulté, tandis que le recours à des outils d’évaluation innovants, comme MEQA, permet une régulation pédagogique en temps réel (WORLD VISION, 2024). Le rôle central des communautés et des parents, en tant qu’acteurs de suivi des apprentissages, s’est également révélé déterminant pour renforcer l’engagement scolaire (GANIMIAN et al., 2023 p.317 ). Enfin, les efforts d’encadrement et de supervision sont consolidés par la revalorisation des collèges de formation des enseignants, et le développement de partenariats stratégiques entre l’État, les ONG et les bailleurs (UNOPS, 2023 p.2 ; IIEP-UNESCO, 2024 p.2 ). Ces dynamiques, encore fragiles, montrent cependant un potentiel transformateur important à condition d’être soutenues sur le long terme par une gouvernance éducative cohérente et des investissements ciblés.

Conclusion 

33L’éducation de base au Niger pour les enfants de 5 à 15 ans est à un tournant décisif. Si les défis structurels liés à l'accès, à l’équité, à la qualité des apprentissages et à la formation des enseignants persistent, de nombreuses initiatives et innovations récentes offrent des leviers concrets pour transformer durablement le système éducatif. L’expérimentation de solutions alternatives (AEP, éducation multilingue, cantines scolaires, vidéo-coaching, communautés de pratique) montre que des approches contextualisées, souples et inclusives peuvent répondre aux besoins des enfants, notamment les plus vulnérables (filles, enfants déplacés, enfants en situation de handicap, etc.). La prise en compte des langues nationales, la revalorisation de la formation initiale et continue des enseignants, et le renforcement de la gouvernance locale sont autant de conditions indispensables pour améliorer les acquis et rendre l’école plus pertinente et résiliente face aux crises. À l’horizon 2030, garantir une éducation équitable, inclusive et de qualité pour tous les enfants nigériens suppose un engagement collectif, un financement soutenu, et une volonté politique claire d’aller vers un système éducatif ancré dans les réalités locales, mais tourné vers l’avenir. Il est important finalement d’étudier la perspective d’un passage des passerelles à l’éducation alternative. L’Education Non Formel (ENF) serait donc est élément essentiel de la structure du système éducatif nigérien en dépit des efforts consentis pour développer le formel. La nécessité d’améliorer la qualité et la pertinence de l’ENF est de repenser le modèle pertinent de l’ENF, passer du modèle des passerelles au modèle de l’éducation alternative.
De manière générale, on peut dire que pour atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD) relatifs à l’éducation, le Niger devra, avec urgence et parcimonie, activer plusieurs leviers :

  • renforcer l’accès à l’école en milieu rural, via la construction d’écoles de proximité et l’équipement des structures existantes.

  • promouvoir l’éducation des filles, en luttant contre les stéréotypes de genre et en soutenant les familles vulnérables.

  • diversifier l’offre de formation professionnelle, mieux adaptée aux réalités socio-économiques locales.

  • impliquer davantage les communautés locales, à travers des campagnes de sensibilisation et des mécanismes de suivi.

  • accroître les investissements publics dans le secteur éducatif, pour améliorer la qualité de l’enseignement et les conditions d’apprentissage. Malgré les progrès réalisés, le défi reste immense. L’accès équitable et universel à une éducation de qualité nécessite des efforts coordonnés, une volonté politique forte, et la mobilisation des acteurs éducatifs à tous les niveaux.

Bibliographie

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Notes

Pour citer ce document

Moussa MOHAMED SAGAYAR et Amadou SAIBOU ADAMOU, «L’éducation de base au Niger : l’enseignement et la formation pour les 5 ans-15 ans à l’horizon 2030», Mu Kara Sani [En ligne], Dossier, N°43-juin 2026, mis � jour le : 27/07/2026, URL : https://mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=1120.

Quelques mots à propos de :  Moussa MOHAMED SAGAYAR

Enseignant-Chercheur

Ecole Normale Supérieure

Université Abdou Moumouni Niamey-Niger

mmsagayar@gmail.com

Quelques mots à propos de :  Amadou SAIBOU ADAMOU

Enseignant-Chercheur

Ecole Normale Supérieure

Université Abdou Moumouni Niamey-Niger