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N°42-Dec 2025
Emploi de l’article partitif en contexte guidé : cas des apprenants de 6e du CEG Nganga Edouard
Résumé
L’article est un mot qui se place devant le nom pour l’actualiser ou le déterminer et indiquer son genre et son nombre. Cette contribution vise effectivement à étudier l’emploi et l’analyse de l’article partitif par les élèves de la classe de 6e. Pour réaliser cette étude, nous avons mené une enquête sur 198 apprenants de 6e du CEG Nganga Edouard. Ces apprenants ont été soumis à un test linguistique ou grammatical. Il leur a été demandé de proposer des phrases dans lesquelles ils emploieraient des articles. A partir des phrases proposées, les articles partitifs ont été soulignés et les apprenants devaient analyser ces articles en indiquant leur nature et leur fonction. Les résultats obtenus ont montré que les élèves de la classe de 6e ont des difficultés à analyser grammaticalement l’article partitif. Ainsi, ces apprenants confondent l’article défini la à l’article partitif de la, l’article défini contracté du à l’article partitif du ainsi que l’article indéfini des à l’article partitif des. Enfin, nous avons identifié les causes des lacunes constatées qui se situent à plusieurs niveaux d’interprétation et avons formulé quelques recommandations à l’endroit des concepteurs des programmes, des enseignants, des apprenants et des parents d’élèves.
Abstract
An article is a word placed before a noun to specify or define it, and to indicate its gender and number. This study aims to examine the use and analysis of the partitive article by sixth-grade students. To conduct this study, we surveyed 198 learners of the first grade of junior secondary school of CEG Nganga Edouard. These students were given a linguistic or grammatical test. They were asked to provide sentences in which they would use articles. From the sentences provided, the partitive articles were underlined, and the students were asked to analyze these articles, indicating their type and function. The results showed that sixth-grade students have difficulty grammatically analyzing the partitive article. Specifically, these students confuse the definite article la with the partitive article de la, the contracted definite article du with the partitive article du, and the indefinite article des with the partitive article des. Finally, we identified the causes of the observed shortcomings, which lie at several levels of interpretation, and formulated some recommendations for program designers, teachers, learners, and parents.
Table des matières
Texte intégral
pp.104-120
Introduction
1L’étude des déterminants est importante en grammaire et en didactique du Français langue seconde, dans la mesure où elle permet aux apprenants d’améliorer leur compréhension, leur expression et leur maîtrise de la langue. L’article s’inscrit exactement dans le même sillage du fait qu’il appartient à la classe des déterminants qui, à leur tour, relèvent des neuf parties de langue ou de discours. En tant qu’« outil fondamental de la détermination du substantif » (Chevalier et al., 1964, p. 213), l’article se place devant le nom pour l’actualiser ou le déterminer et indiquer son genre et son nombre. En effet, le système de la détermination nominale est complexe, surtout en ce qui concerne l’article partitif. De façon générale, l’article partitif détermine des noms désignant des choses qu’on ne peut compter, dénombrer, etc. On l’appelle partitif parce qu’il désigne une partie d’un ensemble, d’une matière, une certaine quantité. Le sous-système de l’article partitif pose d’énormes problèmes d’analyse chez les apprenants au cours du processus d’apprentissage, dans la mesure où cet article est « le grand méconnu des articles français » (Wilmet, 1998, p. 147).
Le vocable « contexte guidé » (Klein, 1989, p. 15-16) renvoie à l’apprentissage de la langue française par l'enseignement, à l’apprentissage où il y a un adulte qui essaie d’influencer le processus d’apprentissage. En contexte guidée1, nous notons l’intervention de la dimension, de la composante ou de la réflexion métalinguistique.
Nous avons choisi la 6e parce que cette classe marque le début du secondaire premier degré ou premier cycle : c’est donc le début de la chaîne didactique au collège.
2La présente contribution a pour objectif d’étudier l’emploi et l’analyse de l’article partitif par les apprenants de 6e en contexte guidé ou en situation d’apprentissage, mais en termes de difficultés ou de confusions. Nous avons constaté que les apprenants de 6e ont des difficultés à analyser les articles partitifs et qu’ils confondent les différentes classes d’articles. Ces difficultés sont à la fois d’ordre syntaxique et sémantique et même consignées dans la littérature grammaticale ou linguistique. Aussi, pour mieux cerner les difficultés auxquelles sont confrontés les élèves de 6e, notre réflexion s’organise autour des questions ci-après : Comment les apprenants de la classe de 6e emploient-ils et analysent-ils les articles partitifs ? Quelles difficultés rencontrent-ils ? Et, comment remédier à ces difficultés ?
Après le cadre méthodologique et une brève clarification sur l’article partitif, nous présenterons les résultats qui seront ensuite discutés en termes confusions ou de difficultés rencontrées par les apprenants dans l’emploi et l’analyse de l’article partitif et, enfin, nous y proposerons quelques pistes de remédiation.
Cadre méthodologique
3Du 16 février au 21 mars 2023, nous avons mené une enquête linguistique sur 198 apprenants de la classe de 6e du collège d’enseignement général (CEG) Nganga Edouard, répartis dans trois (03) salles de classes. Le choix de cet établissement se justifie par le fait qu’il est au centre de la ville et que cette situation géographique lui permet de recevoir aussi bien les apprenants des quartiers nord que ceux des quartiers sud de Brazzaville. C’est pour autant dire que cet établissement accueille un public hétérogène, la variable sociolinguistique étant pertinente. Le fait de rassembler ces élèves venant de divers quartiers de la ville capitale constitue une variable ou un indicateur pertinent dans la représentativité des faits linguistiques. Nous pouvons donc dire que NGANGA Edouard est un collège cosmopolite ou une école sans frontière.Pour constituer notre corpus, nous avons demandé aux apprenants de proposer des phrases (écrites) dans lesquelles ils emploieraient des articles : il s’agissait d’un test ciblé. A partir de ces phrases proposées par les apprenants, nous avons souligné les articles partitifs et nous leur avons demandé de les analyser en indiquant leur nature et leur fonction : ils devaient ainsi justifier leur compétence en analyse grammaticale. C’est dire que nous nous sommes uniquement intéressés à la manière dont les apprenants de 6e de Nganga Edouard emploient et analysent l’article partitif pour découvrir les problèmes auxquels ils sont confrontés. Les élèves avaient chacun une (01) heure pour produire des phrases de leur choix sur une feuille de copie et une (01) heure pour analyser les articles soulignés, ce qui faisait au total deux (02) heures. Ces copies ont été ensuite retirées et les confusions ou difficultés classées en fonction de leur nature ou type. Ce classement nous a permis de quantifier les résultats en faisant ressortir les pourcentages. Ce test permettait d’évaluer la maîtrise des articles partitifs par les apprenants congolais de la classe de 6e du CEG Nganga Edouard.
4Tableau N° 1 : Répartition des apprenants
|
Classe |
Nombre d’élèves |
|
6e/1 |
68 |
|
6e/2 |
67 |
|
6e/3 |
63 |
|
Total |
198 |
Il sied de spécifier que notre population est composée de 254 élèves de 6e et notre échantillon est de 198 élèves, la 6e/4 ne faisant pas partie de notre enquête est constituée de 56 élèves. Comme on le constate, l’échantillon est de commodité, parce que les 198 élèves représentent une proportion suffisante (78 %) et que la notion de représentativité est respectée. Nous soulignons, enfin, que cette étude est descriptive.
5L’article partitif selon les grammaires
6Cette section permet de comprendre tant soit peu le fonctionnement de l’article partitif afin de mieux se rendre compte des difficultés que rencontrent les élèves.
L’article partitif intègre le paradigme des articles indéfinis car les deux, c’est-à-dire l’article indéfini et l’article partitif, « forment en principe une distribution complémentaire » (Chevalier et al., 1964, p. 215). De par sa valeur, l'article partitif n'est qu'un « article indéfini employé devant un nom pour indiquer qu'il s'agit d'une quantité indéfinie d'une réalité non nombrable, non comptable. » (Grevisse et Goosse, 2008, p. 745). Mais, la particularité de l’article partitif réside dans le fait qu’il évoque une idée de « prélèvement » (Mauger, 1968, p. 95) ou d’extraction d’une substance non nombrable ou d’une substance massière continue, dans la mesure où il s’emploie pour indiquer qu’il s’agit d’une « partie seulement ou d’une certaine quantité de ce qui est désigné par le nom » (Grevisse, 1969, p. 77). En d’autres termes, l’article partitif actualise ou détermine des noms désignant des choses non comptables, non dénombrable.
7Pour Riegel et al. (2008, p. 161), on emploie l’article partitif devant des noms massifs ou noms de masse et « des noms dits « abstraits » qui ne renvoient pas à des entités comptables ». Selon Chevalier et al. (1964, p. 219), « l’article partitif s’emploie lorsque l’on veut indiquer un découpage pour une chose qui n’a pas de forme définie » ou lorsque l’on veut « indiquer une notion de quantité massive ».
Les articles partitifs sont : du, de la, de l’, des. Il convient préciser que l’article partitif résulte de la combinaison ou de la fusion de la préposition de, qui abandonne sa valeur ordinaire, « avec l’article défini le, la, l’, les. » (Grevisse, 1969, p. 77).
Nous donnons des exemples suivants à titre d’illustration :
Papa achète du sucre.
Ma tante vend de l’eau.
L’enfant boit de la limonade.
Les commerçantes vendent des pâtes.
Dans le tableau ci-après, nous présentons les articles partitifs
|
Article partitif |
Le singulier |
pluriel |
||
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Masculin |
Féminin |
Masculin |
Féminin |
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|
du (de l’) |
de la (de l’) |
des |
des |
|
Résultats
8Ici, nous présentons les résultats traités, issus de notre enquête. Il s’agit des difficultés que rencontrent les apprenants de 6e dans l’emploi et l’analyse grammaticale de l’article partitif, lesquelles portent sur des confusions dans l’emploi et l’analyse grammaticale dudit article. Ces résultats sont globalement résumés dans le tableau ci-après :
|
Article partitif |
Effectif ayant réussi |
Taux de réussite |
Effectif ayant échoué |
Taux d’échec |
|
du |
65 |
32,83 % |
133 |
67,17 % |
|
de la |
37 |
18,69 % |
161 |
81,31 % |
|
de l’ |
29 |
14,65 % |
169 |
85,35 % |
|
des |
53 |
26,77 % |
145 |
73,23 % |
9Le taux de réussite et d’échec pour chaque type est présenté dans le tableau ci-dessus pour voir quel type est le plus connu par les élèves qui ont été soumis au test (198 élèves).
Concernant l’article partitif « du », les résultats du diagramme circulaire se présentent comme suit :
10Diagramme n°1: Analyse du partitif « du » par les apprenants

11Concernant l’analyse du partitif « du », il ressort que 65 élèves, soit un taux de réussite de 32,83%, ont pu l’analyser tandis que 133 élèves, soit un taux d’échec de 67,17%, n’ont pas pu l’analyser.
En outre, nous présentons les résultats de l’article partitif « de la » à travers le diagramme circulaire ci-après :
12Diagramme n°2: Analyse du partitif « de la » par les apprenants

13Pour ce qui est de l’article partitif « de la », 37 apprenants, soit 18,69%, ont réussi à l’analyser alors que 161 apprenants, soit 81,31%, l’ont confondu à l’article défini.
Par ailleurs, les résultats statistiques liés à l’emploi de l’article partitif « de l’ » se lisent à travers le diagramme qui suit :
14Diagramme n°3: Analyse du partitif « de l’ » par les apprenants

15En ce qui concerne « de l’ », 29 élèves, soit un taux de réussite de 14,65%, ont trouvé la nature de cet article tandis que 169 ont eu des difficultés à en indiquer la nature, soit un taux d’échec de 85,35%.
Enfin, le diagramme circulaire suivante met en exergue les statistiques liées à l’emploi de l’article partitif « des » :
16Diagramme n°4: Analyse du partitif « des » par les apprenants

17Pour ce qui est de l’article partitif « des », nous notons 53 élèves, soit 26,77%, qui ont réussi à bien analyser cet article et 145 élèves, soit 73,23%, qui n’ont pas pu l’analyser.
En résumé, comme nous le constatons à travers le tableau statistique et les diagrammes circulaires, 65 apprenants sur 198, soit 32,83 %, ont réussi à analyser l’article partitif du. Quant à l’article partitif de la, 37 apprenants sur 198 ont pu l’analyser, soit un taux de réussite de 18,69 %. Par ailleurs, sur 198, à peine 29 sur 198 élèves ont bien analysé grammaticalement le partitif de l’, soit un taux de réussite de 14,65 %. Enfin, concernant l’article partitif des, 53 apprenants sur 198 ont réussi à bien l’analyser, ce qui fait un taux de réussite de 26,77 %.
Ces résultats nous permettent de mieux comprendre les difficultés des apprenants liées à l’analyse de l’article partitif, afin d’améliorer l’enseignement/apprentissage de cette notion.
Discussion
La discussion porte sur les confusions d’analyse grammaticale entre l’article partitif et d’autres types d’articles.
Confusion entre l’article défini contracté du et l’article partitif du
18La forme contractée de l’article défini du ressemble à celle de l’article partitif. En effet, l’article défini du est formé de deux éléments : la préposition de + l’article défini le (de + le = du). Cependant, il en est autrement pour l’article partitif.
Examinons l’article partitif du employé et analysé par les apprenants de 6e dans chacune des phrases ci-après :
Je prépare du riz. (Je prépare une partie du riz).
Papa boit du vin. (Papa boit une partie du vin).
Les bébés boivent du lait. (Les bébés boivent une partie du lait).
19Dans ces phrases employées par les apprenants de la classe de 6e, 133, soit 67,17%, analysent du comme article défini contracté. Or, pour parler de contraction, il faut qu’il existe bien la préposition de dans la construction (de + le = du) : il s’agit ici d’un nom « massif » (Wilmet, 1986, p. 94).
Les trois noms (riz, vin et lait) sont des noms non comptables et une substance massière, employés avec l’article partitif du qui indique une quantité indéterminée. Pour nous en convaincre, nous poserons les questions suivantes :
(1a) Question : Je prépare quoi ? / Réponse : du riz.
(2a) Question : Papa boit quoi ? / Réponse : du vin.
(3a) Question : Les bébés boivent quoi ? Réponse : du lait.
20Les réponses prouvent à suffisance qu’il s’agit là de l’emploi de l’article partitif, dans la mesure où cet article se combine ici avec un nom qui réfère à une quantité non spécifiée (non bornée) de la matière.
La confusion entre l’article défini contracté du et l’article partitif du n’est pas l’unique difficulté, il existe également la confusion entre l’article défini la et l’article partitif « de la ».
Confusion entre l’article défini la et l’article partitif de la
21Les apprenants de la classe de 6e confondent l’article défini la avec l’article partitif de la. Dans les phrases ci-après :
Jeanne prépare de la viande.
Les élèves mangent de la viande.
Le malade prend de la tisane.
22Les apprenants de la classe de 6e emploient et analysent la comme article défini. En effet, ils sont 161, soit 81,31%, à affirmer que de est une préposition et que la est un article défini. Or, les verbes prépare, mangent et prend ne sont pas prépositionnels ou transitifs indirects (on ne mange pas de quelque chose, on ne prépare pas de quelque chose et on ne prend pas de quelque chose) et, donc, la particule « de » n’est pas régie par les verbes en cause. Elle est une simple particule rattachée au groupe nominal en position de complément d’objet direct pour exprimer l’idée de la partie prélevée, étant donné que les verbes préparer, manger et prend sont transitifs directs ou verbes non prépositionnels. On posera alors les questions et on proposera les réponses suivantes :
(4a) Question : Jeanne prépare quoi ? / Réponse : de la viande.
(5a) Question : Les élèves mangent quoi ? / Réponse : de la viande.
(6a) Question : Le malade prend quoi ? / Réponse : de la tisane.
23Comme on le constate par ces questions et réponses, la particule de qui apparaît dans ces constructions a perdu sa fonction prépositive par un phénomène de désémantisation. L’idée de prélèvement ou l’idée de partie est apportée par la fausse préposition « de ». Ce « de » est dit fausse préposition parce qu’il n’est pas rattaché à l’élément d’avant, c’est-à-dire au verbe. Il n’est pas contrôlé par celui-ci ; c’est pourquoi l’article ici, c’est tout le bloc « de la ».
24Autrement dit, le « de » qui apparaît dans ces constructions partitives est une fausse préposition, parce qu’il n’appelle pas un complément d’objet indirect. C’est une particule partitive qui forme corps ou fait bloc avec la particule la pour marquer l’idée de partie (de la) : ces deux éléments sont indivisibles. Il s’agit, dans ces trois phrases, d’une certaine quantité indéterminée de la viande et de la tisane : cet article désigne donc une partie d’un tout.
La confusion entre l’article défini « la » et l’article partitif « de la » étant expliquée, passons maintenant à l’article partitif « de l’ ».
Confusion entre l’article défini l’ et l’article partitif de l’
25Les apprenants de la classe de 6e confondent également, comme dans le point précédent, l’article défini l’ avec l’article partitif de l’. Nous lisons ces confusions dans les phrases suivantes où le partitif employé par les apprenants est analysé comme un article défini :
L’enfant prend de l’eau.
Ma mère vend de l’huile au marché.
Les enseignants ont de l’expérience.
Il y a de l’air dans la cour de l’école.
26Ici, 169 apprenants sur 198, soit 85,35%, analysent l’ comme article défini contre 29 apprenants, soit 14,65%, qui analysent de l’ comme article partitif. Aussi, les premiers affirment que de est une préposition et que l’ est un article défini. Or, les verbes en cause ne sont pas prépositionnels ou transitifs indirects : la particule « de » n’est donc pas régie par les verbes employés.
Un examen minutieux de ces énoncés montre que la particule « de » n’est pas rattachée au verbe, mais elle forme plutôt un bloc avec « l’ » pour donner l’article partitif « de l’ » qui « marque un prélèvement » (Mauger, 1968, p. 95).
Il convient à présent d’étudier la confusion entre les articles indéfini et partitif « des ».
Confusion entre des indéfini et des partitif
27Les apprenants de la classe de 6e confondent l’article indéfini des avec l’article partitif des. Nous lisons cette confusion dans les phrases suivantes où l’article partitif des est analysé comme un article indéfini :
Nous buvons des tisanes.
Nous buvons des eaux de la forêt.
Le petit garçon mange des graines vertes.
La commerçante vend des épinards.
Les voleurs volent des confitures.
28L’article partitif des employé par les apprenants de 6e est analysé par 145 apprenants, soit 73,23%, dans les phrases ci-dessus, comme un article indéfini. Or, cet article désigne ici une partie d’un tout ou indique une quantité indéterminée. A ce propos, Henriksen (2001), cité par Ngamountsika (2010, p. 159), précise que « L’article partitif se manifeste comme un véritable caméléon aussi bien en ce qui concerne ses formes que pour sa description dans les grammaires ».
Toutes les confusions ci-dessus expliquées témoignent donc des difficultés des élèves à percevoir la logique propre au système partitif, dont les formes hybrides et polysémiques favorisent les erreurs (homophonie, homographie entre articles définis, indéfini et partitifs).
Causes des difficultés constatées
29Les causes liées aux difficultés ou aux confusions constatées se situent à plusieurs niveaux d’interprétation. D’abord, nous pointons du doigt les concepteurs du programme d’enseignement de français qui n’ont pas prévu la notion d’article en général et celle d’article partitif en particulier. Etant donné que l’article partitif n’est pas intégré dans le programme du français en 6e, les apprenants ont du mal à en faire l’analyse grammaticale : c’est ainsi qu’ils confondent l’article défini et indéfini avec l’article partitif.
Ensuite, nous notons le non enseignement de l’article partitif, la mauvaise manière d’enseigner l’article partitif par certains enseignants et, corollairement, la mauvaise assimilation de l’article partitif par les apprenants.
En outre, nous notons, de la part des apprenants, le manque de volonté, d’engouement et d’engagement aux cours de français, le manque d’application des règles de fonctionnement de l’article partitif pendant la séquence ou le processus d’enseignement/apprentissage de l’article partitif, en dépit des efforts consentis par les enseignants. L’analyse des données du corpus nous a permis de relever des difficultés ou confusions quant à l’analyse grammaticale de l’article partitif par les apprenants congolais de la classe de 6e. Comme on le constate, les apprenants analysent l’article partitif avec beaucoup de difficultés et de confusions. En effet, les apprenants confondent l’article défini et l’article indéfini avec l’article partitif, parce qu’ils ne maîtrisent pas la valeur sémantique de l’article partitif.
Enfin, les parents n’accompagnent pas leurs enfants dans la lecture ni ne les incitent à lire, à conquérir ou à s’approprier le savoir grammatical. Ainsi, la responsabilité incombe tant aux enseignants, aux apprenants qu’aux parents d’élèves.
Au regard de tout ce qui vient d’être évoqué, l’emploi et l’analyse du partitif deviennent une source de difficultés majeures pour les apprenants.
Pistes de remédiation
30Ce point est consacré à la proposition de quelques pistes de remédiation aux difficultés rencontrées par les apprenants de 6e dans l’emploi et l’analyse de l’article partitif. Pour aboutir à des résultats optimaux concernant l’emploi et l’analyse de l’article partitif, l’Institut National de Recherche et d’Action Pédagogiques (INRAP), via les concepteurs des programmes, doit insérer la notion d’article partitif dans le programme de français en 6e et la didactiser davantage, tout en vulgarisant les manuels y relatifs. C’est dire que le programme d’enseignement du français en 6e mérite d’être révisé.
Une fois que la notion d’article partitif aura été insérée dans le programme de français en 6e, les enseignants dispenseront bien cette notion et les apprenants acquerront des compétences grammaticales requises qui leur permettront d’éviter les confusions constatées et, donc, de bien employer et surtout de bien analyser grammaticalement l’article partitif.
Pour une bonne assimilation de la notion d’article partitif, l’enseignant devra mettre en place un système d’interaction et une pédagogie qui donnera « priorité à l’échange et à la négociation » (Kramsh, 1991, p. 96). Dans cette perspective, il devra poser des questions pour faire participer les apprenants au cours. En sus, il devra expliquer les différents emplois de l’article en général et ceux de l’article partitif en particulier. Pour une meilleure assimilation, l’enseignant pourra par exemple proposer des exercices dans lesquels il demandera aux élèves d’indiquer la nature et la fonction des articles. Ce genre d’exercices permettrait aux apprenant d’avoir une parfaite maîtrise de l’analyse de l’article, en ayant une idée surtout du partitif. Ainsi seront-ils en mesure de pouvoir distinguer le défini, l’indéfini du partitif.
Quant aux apprenants, ils doivent avoir la volonté d’apprendre et ils doivent bien assimiler la notion d’article partitif afin de surmonter leurs difficultés.
Les parents devront inciter leurs enfants à lire leur cours sur l’article partitif et les manuels de grammaire française qui aborde cette notion.
Tout cela permettra enfin de remédier aux difficultés que rencontrent les apprenants dans l’emploi et surtout l’analyse grammaticale de l’article partitif.
Conclusion
31Notre contribution a porté sur l’« emploi de l’article partitif en contexte guidé : cas des apprenants de 6e du CEG Nganga Edouard ». Le travail a consisté, pour les apprenants congolais de la classe de 6e, à employer et à analyser les articles partitifs du, de la, de l’ et des. L’examen des occurrences a montré que l’analyse de l’article partitif est un aspect grammatical qui pose de sérieux problèmes aux apprenants congolais de la classe de 6e.
Les résultats majeurs de notre étude ont révélé que les apprenants ont des difficultés à analyser l'article partitif, plus précisément à distinguer le partitif de l'article défini ou indéfini. Aussi avons-nous relevé des confusions touchant à l’analyse grammaticale de l’article partitif : l’article partitif est confondu aux articles défini et indéfini.
Nous avons pointé du doigt les causes des lacunes constatées qui sont de divers ordres et avons proposé des solutions à l’endroit aussi bien des concepteurs des programmes, des enseignants, des apprenants que des parents d’élèves.
L’article partitif doit faire l’objet d'un enseignement explicite afin que les apprenants soient capables de bien le distinguer. Cette étude ouvre ainsi la voie à des recherches futures sur l'enseignement de l'article partitif en contexte guidé, notamment en ce qui concerne l'impact de l'enseignement sur la production écrite et orale des apprenants. Il serait également intéressant d'explorer les stratégies d'enseignement les plus efficaces pour aider les apprenants à surmonter les difficultés liées à l'emploi et surtout à l’analyse de l'article partitif.
Bibliographie
CHEVALIER Jean-Claude et al., Grammaire Larousse du français contemporain, Paris, Larousse, 1964, 495 pages.
GREVISSE Maurice, Précis de grammaire française, Paris-Gembloux, Editions Duculot, 28e édition, 1969, 291 pages.
GREVISSE Maurice et GOOSSE André, Le bon usage, 14e édition, Bruxelles, De Boeck et Larcier s.a./Duculot, 2008, 1600 pages.
KLEIN Wolfgang, L'acquisition de langue étrangère, traduit par Colette NOYAU, Paris, Armand Colin, 1989, 251 pages.
KRAMSCH Claire, Interaction et discours dans la classe de langue, Paris, Crédif-Hatier/Didier, Collection « Langues et apprentissage des langues », 1991, 191 pages.
MAUGER Gaston, Grammaire pratique du français d’aujourd’hui : langue parlée, langue écrite, Paris, Hachette, 1968, 420 pages.
RIEGEL Martin, PELLAT Jean-Christophe et RIOUL René, Grammaire méthodique du français, Paris, Presses Universitaires de France, 2008, 646 pages.
WILMET Marc, La détermination nominale : Quantification et caractérisation, Paris, Presses Universitaires de France, Collection « Linguistique nouvelle », 1986, 196 pages.
WILMET Marc, Grammaire critique du français, Paris-Bruxelles, Hachette-De Boeck & Larcier s.a/Duculot, 2e édition, 1998, 704 pages.
Notes
1 En contexte guidé, il existe une grande variété de méthodes pour influencer systématiquement le processus d'apprentissage, parmi lesquelles la façon dont les matériaux de la langue cible sont présentés à l'apprenant, les possibilités qui lui sont données d'utiliser le répertoire dont il dispose à un moment donné, etc.
Pour citer ce document
Quelques mots à propos de : Prisca Aubain MFOUTOU
Université Marien Ngouabi
Brazzaville – République du Congo
aubain.mfoutou@umng.cg