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N°42-Dec 2025
Contribution des Sous-Produits Agricoles (SPA) à la sécurité alimentaire des ménages de la Commune Rurale de Tchadoua, département d’Aguié, centre sud du Niger
Résumé
La présente étude analyse la contribution des Sous-Produits Agricoles (SPA) à la sécurité alimentaire des ménages de la Commune Rurale de Tchadoua, centre sud du Niger. Pour atteindre cet objectif, la méthodologie adoptée repose sur une recherche documentaire, des données qualitatives et quantitatives collectées sur le terrain auprès des principaux acteurs. Les résultats de cette étude montrent que plusieurs types des sous-produits agricoles issus des différentes spéculations cultivées dans la commune, sont mis en valeur par les producteurs. Les tiges de céréales, les tiges oléagineuses, les tiges d’hibiscus, les fans de légumineuses et les chaumes sont les plus utilisés par la quasi-totalité des producteurs. Ces sous-produits agricoles contribuent substantiellement dans l’amélioration des conditions d’existence des ménages. A cela s’ajoutent les cosses de légumineuses après le décorticage, qui sont multidimensionnels en matière d’usage. Certains de ces sous-produits sont utilisés comme aliment bétail (88%), une partie est utilisée dans les activités des ménages, dans la construction et clôture, pour la fertilisation des champs et une partie (45%) est commercialisée. Les revenus issus de cette commercialisation sont généralement dépensés pour la subsistance.
Abstract
This study aims to analyze the contribution of Agricultural By-Products (APPs) in household food security in the Rural Area of Tchadoua, southern central Niger.To achieve this objective, the methodology adopted is based on desk research, qualitative and quantitative data collection, data processing and analysis.As for the tools and materials used, they are an interview guide, a questionnaire, an observation grid and a digital camera for taking illustrative pictures. The results of this study show that several types of agricultural by-products from the different speculations cultivated in the municipality are highlighted by the producers.Cereal stems, oilseed stems, hibiscus stems, legume fans and stubble are the most used by almost all producers.These agricultural by-products contribute effectively to the improvement of household living conditions. Added to this are the legume pods after shelling, which are multidimensional in terms of use. Some of these by-products are used as livestock feed (88%), a part is used in household activities, in construction and fencing, for field fertilization and a large part (45%) is marketed. The income from this marketing is usually spent on subsistence.
Table des matières
Texte intégral
pp.242-260
Introduction
1La presse présente généralement les sociétés rurales africaines, en particulier celles de l’Afrique subsaharienne comme étant essentiellement constituées de populations pauvres et vulnérables. Une lecture qui est erronée. Car à l’exception des zones de guerres, ces populations subviennent la plupart du temps à leurs besoins vitaux grâce à l’exploitation ingénieuse des ressources du terroir dont elles disposent en proximité. Elles s’adaptent quotidiennement à des milieux changeants à travers des créativités et des initiatives pour assurer la survie de l’unité familiale, en mettant en œuvre leurs savoir-faire locaux et des nouvelles pratiques pour s’adapter à la variabilité et la singularité des situations rencontrées (R. Hassane,2015). L’une des stratégies adaptées par les agriculteurs d’Afrique de l’Ouest est la valorisation des sous-produits agricoles. C’est pourquoi à titre illustratif en 2010, Selon la FAO la quantité de résidus de céréales a été estimée à près de 80 000 000 tonnes au total pour l’ensemble des pays de l’espace UEMOA. Le mil, suivi du sorgho, est en tête de file avec près de la moitié des résidus de céréales. Quant aux légumineuses, malgré des fluctuations dues essentiellement à celles de la production arachidière au Sénégal et de la production de niébé au Niger et au Burkina Faso, la production de fanes de légumineuses a plus que doublé au cours des 5 dernières années. Dans l’ensemble, les résidus agricoles en progression dans la sous-région, affichent une quantité de plus de 95 000 000 de tonnes dans l’espace UEMOA en 2010 (FAO, 2014, p.12).
2En effet, pour le cas de la région de Maradi au Niger, la production agricole n’arrive pas à satisfaire les besoins vitaux des producteurs, d’où le recours aux autres moyens pour combler le déficit alimentaire. De même, dans la commune rurale de Tchadoua, l’agriculture offre l’essentiel des produits d’autoconsommation des ménages et constitue aussi le support des activités commerciales de la zone (S. Lawali, 2011, p.86). Ainsi, laissés auparavant sous forme de paillage pour une bonne reconstitution des champs, les résidus de cultures ont acquis ces dernières années une valeur économique importante. C’est pourquoi les paysans sont désormais à la course après la récolte au ramassage systématique des résidus (O. Moussa Nababa, 2021, p.49).
Alors, quels sont les différents sous-produits agricoles mis en valeur dans la Commune Rurale de Tchadoua ?
Quelle est la contribution de ces SPA à la sécurité alimentaire des ménages de Tchadoua ?
Matériels et méthodologie
3La méthodologie utilisée dans le cadre de cette étude est basée sur une approche mixte, à la fois qualitative et quantitative. Pour ce faire, les données qualitatives sont collectées à travers des entretiens semi-structurés et des focus-groups à l’aide d’un guide d’entretien. Une grille d’observation a également été utilisée pour les observations participantes. Pour collecter les données quantitatives, un questionnaire a été administré à l’endroit de 100 ménages au niveau de trois villages. Le choix de ces sites d’enquête obéit à un certain nombre de critères. Il s’agit notamment du statut administratif du village, du nombre des ménages agricoles, et la position géographique par rapport au chef-lieu de la commune. C’est ainsi que les villages suivants ont été retenus : Maijanguero au centre, Wakasso au Nord et enfin Zabon Mousso à l’Est. Les rubriques ayant fait l’objet de l’enquête tournent autour de caractéristiques sociodémographiques identifiant les ménages et leurs activités, ainsi que la typologie et usages des sous-produits agricoles.
4Les entretiens ont eu lieu par contacts individuels avec les leaders coutumiers, les producteurs, et les services techniques communaux. Ces informations ont été complétées par des focus-groups en fonction de circonstances. Les données quantitatives collectées à travers Kobocollect ont été traitées avec le logiciel SPSS. Après le dépouillement, elles ont été exportées vers Microsoft Excel pour la réalisation des graphiques. Des photos illustratives ont été prises avec une caméra numérique. Pour ce qui est de la cartographie, le logiciel Arc Gis a été utilisé.
Résultats et discussion
Présentation de la zone d’étude
5L’une des deux communes du département d’Aguié, la Commune Rurale de Tchadoua (Maradi) est créée par la Loi N° 2002/012 du 11 juin 2002, portant création des communes et fixant le nom de leurs chefs-lieux. Elle compte à son sein, 113 villages, tribus et hameaux, dont 64 villages administratifs. Avec une population estimée à 92 218 en 2024 selon la projection de l’Institut National de la Statistique, la commune couvre une superficie d’environ 695 km². Elle est limitée au Nord par la Commune Rurale de Sherkin Haoussa dans le Département de Mayahi, à l’Est par la Commune Urbaine d’Aguié, au Sud par les Communes Rurales de Jiratawa et de Dan Issa dans le Département de Madarounfa, et à l’Ouest par la Commune Rurale de Saé Saboua dans le Département de Guidan Roumdji (figure 1).
6Figure1 : carte de localisation de la Commune Rurale de Tchadoua

7Le climat de la zone présente deux saisons : une courte saison pluvieuse d’environ 3 à 4 mois et une longue saison sèche. La pluviométrie annuelle décroît du sud au nord entre 600 et 400 mm. Toutefois, ces moyennes cachent d’importantes disparités spatio-temporelles. Les précipitations très inégalement réparties dans le temps couvrent en moyenne 35 jours par an et le mois d’août, le plus pluvieux, devient de nos jours, moins arrosé que celui de juillet. Ce qui porte préjudice au cycle végétatif des cultures et compromet une bonne production. Quant aux températures, elles présentent deux pics, le maximum en mai qui peut atteindre 43°C et le minimum 15°C enregistré en décembre (S.Lawali, 2011, p.83). La commune compte aussi d’importantes ressources végétales dont les plus importantes sont localisées dans la forêt classée de Dan Kada que Tchadoua partage avec la Commune Urbaine d’Aguié (I. Abou Harou2022, p.34).
8Les sols de la Commune Rurale de Tchadoua sont les domaines d’une pression foncière, occupés pour l’essentiel par des cultures. A partir de ses caractéristiques géomorphologiques, trois principaux types de sols sont distingués. Les sols dunaires ou Jigawa occupant la majeure partie de la Commune, ce sont des sols qui offrent une facilité de travail et sont ainsi le domaine d’une perpétuelle surexploitation à cause de la forte croissance démographique. Les sols ferrugineux tropicaux lessivés, compacts, et peu perméables alors difficiles à travailler du fait de leur teneur en argile. Et enfin, les sols de bas-fond qui sont localisés dans les dépressions inter dunaires. Ces derniers sont des sols à hydromorphie temporaire formés d’alluvions argilo-sableuses, à texture variable, et cohérentes à sec (S. Maida Ardji, 2020, p.25).
9D’un point de vue socio-économique, l’agriculture est la principale activité des populations. C’est une agriculture de subsistance, destinée généralement à l’autoconsommation mais parallèlement la production commerciale prend de l’ampleur. Les principales spéculations cultivées sont le mil, le sorgho, le niébé auxquelles s’ajoutent d’autres cultures de commercialisation notamment le souchet, l’arachide, le sésame, le voandzou et l’oseille. Le système de cultures le plus dominant est l’association mil-sorgho-niébé. Par ailleurs, les cultures irriguées font défaut par manque des terres aménagées. La population pratique également l’élevage et le commerce (O. Moussa Nababa, 2021, p.23).
Les différentes spéculations cultivées
10L’agriculture de la Commune Rurale de Tchadoua porte essentiellement sur Pennisetum glaucum (le mil) ; Sorghum bicolor (le sorgho) qui sont destinés à la consommation. A cela s’ajoutent des cultures de vente tels que : Sesamun indicun (le sésame) ; Vigna unguiculata (le niébé) ; Arachis hypogaea (l’arachide), l’oseille et le voandzou. Le système de cultures le plus dominant est l’association mil-sorgho-niébé. Ce qui fait de la Commune Rurale de Tchadoua une particularité en matière d’agriculture est le souchet, une espèce longtemps considérée comme culture marginale, mais qui connait depuis quelques années un développement rapide, c’est pourquoi certains le qualifie de l’uranium, car c’est une spéculation qui leur rapporte tant d’argent. Les cultures irriguées font défaut dans la Commune par manque de cours d’eaux permanents.
11Figure 2 : différentes spéculations cultivées

12Il ressort de l’analyse de la figure 2 que les principales spéculations cultivées dans la Commune Rurale de Tchadoua sont le mil, le niébé, et le sorgho (98%), qui sont cultivés par presque tous les producteurs de la zone. Ces spéculations sont le plus souvent destinées à la subsistance. Ainsi, s’en suivent l’arachide, le souchet, l’oseille et le sésame qui sont destinés à la commercialisation et qui sont cultivés respectivement par 84, 23, 16 et 7% des producteurs. On comprend aussi que les cucurbitacées et le voandzou sont très marginalisés dans la Commune. Ainsi, de par ces cultures, les sous-produits peuvent être catégorisés en trois : les tiges, les fanes et en fin les cosses et les feuilles.
Typologie et usage des sous-produits agricoles
13Dans le langage scientifique les sous-produits agricoles désignent les parties fibreuses des céréales, de la canne à sucre, des racines et tubercules, des fruits secs, etc. Ils ont en commun le fait d’être constitués des parties des plantes non consommées par l’homme après les récoltes mais aussi d’avoir une faible valeur alimentaire pour les animaux et d’avoir très peu ou pas du tout de valeur alimentaire pour les monogastriques (FAO, 2014). Dans le cadre de cette étude, l’accent sera mis sur les produits agricoles secondaires obtenus après avoir récolté les produits agricoles de base. Il s’agit des résidus agricoles de céréales, de légumineuses, des oléagineuses et de toutes les spéculations cultivées dans la Commune.
Les tiges
14Les tiges des céréales ne connaissaient pas une valeur marchande avant la sécheresse de 1984. Ils étaient laissés sur le champ, bien qu’on les utilise dans les travaux domestiques après que les chaumes se sont détachés de tiges. Ils servaient à la construction des huttes, des toitures de cases, la clôture de maisons, la confection de tara (lit de tiges) et comme source d’énergie pour la cuisine. Mais de nos jours la tendance s’est renversée, ils sont de moins en moins utilisés dans ce sens à l’exception de la cuisine. Ils sont ramassés juste après les récoltes pour l’alimentation bétail et la commercialisation. C’est dans les rares cas que certains les laissent pour la fertilisation de leurs champs (paillage). Cela est dû, du fait que maintenant on ne laisse pas les animaux errer en brousse pour paitre comme auparavant, car les voleurs peuvent les voler. Les tiges d’oseille et du sésame sont aussi ramassés, surtout par des femmes pour les utiliser lors de cuisine en guise du bois de chauffe. Certains ménages vulnérables qui n’ont pas la capacité de clôturer leurs maisons en matériaux définitifs les utilisent aussi pour la confection des seccos (photos 1 et 2). Ces derniers sont aussi utilisés dans la construction des classes en paillottes. D’autres les coupent puis les entassent pour faire du compost servant à la fertilisation des champs. La figure 3 montre la quantité de tiges ramassées.
15Figure 3 : nombre de bottes de tiges de céréales ramassées

16La figure 3 montre que la quantité des bottes de tiges de céréales ramassées par les producteurs est pléthorique. Parmi les enquêtés seuls 8% ramassent moins de 100 bottes, contre 12% qui ramassent au-delà de 600. Il ressort aussi que ceux qui ramassent entre 100 à 200 bottes sont plus nombreux (23%).

Les fanes
17Les fanes de niébé et d’arachide sont les plus ramassés dans la zone, rien n’est laissé. Ils font l’objet de commercialisation vers les marchés environs, bien que certains les gardent pour engraisser leurs animaux, surtout à l’approche de la fête de Tabaski. Les producteurs acheminent eux-mêmes les SPA vers les marchés pour vendre en gros ou en détails. Le marché principal est celui du chef-lieu de la Commune. Souvent ils en vendent dans les petits marchés locaux hebdomadaires ou sur la route avant d’arriver au marché. Les prix varient en fonction de la saison. Ils sont plus élevés au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la période de la récolte jusqu’à la saison pluvieuse où les prix diminuent à cause de la multiplication des sources de fourrage, car pendant la saison de pluies la paille fraiche (Eragrotis tremula, Chencrus bifloris, Andropogon gayanus…), est beaucoup plus valorisée et consommée par les animaux.
18Figure 4 : nombre de bottes de fanes de niébé ramassées

19L’analyse de la figure 4 montre que pour les fanes de niébé, 17% ramassent entre 60 à 120 bottes, contre 1,30% de ceux qui n’en mettent pas en valeur. La majorité des enquêtés (73%) ramassent moins de 60bottes.
La cosse
20La cosse est l’enveloppe qui renferme les graines de certaines légumineuses. Dans la Commune Rurale de Tchadoua les cosses de niébé et d’arachide sont très valorisées. Elles sont obtenues après le décorticage. Pour ce qui est du niébé, jusqu’aujourd’hui l’opération du décorticage est manuelle. Le haricot est battu soit dans un mortier ou sur une tente à l’aide d’un pilon ou un bâton. Les cosses sont offertes brutes ou mélangées avec du son de blé ou du mil pour engraisser les animaux. Les prix d’une mesure (±) varient de 150 à 400 FCFA en fonction du temps et du milieu (rural ou urbain). Pour l’arachide majoritairement deux types de machines (photo 3) sont utilisées pour l’opération du décorticage : la machine manuelle et à moteur. Les femmes s’adonnent beaucoup plus à cette opération que les hommes. De par son aspect lucratif, ces cosses sont utilisées dans un fourneau amélioré pour cuisiner. Certains les mélange avec de l’argile pour faire des briques et d’autres les utilisent pour le compostage. Il en est du même pour les péricarpes des céréales qui sont utilisés pour la fertilisation des champs. Ils sont également mélangés avec du son et du sel/natron pour engraisser les bovins.
21Figure 5 : les types de cosses valorisées

22Il ressort de cette figure que les cosses de niébé sont plus utilisées (98%) par des producteurs, car elles ont une valeur commerciale plus que les autres. En outre, elles sont consommées par les animaux contrairement à celles d’arachides. La seule différence avec les péricarpes des céréales en est qu’ils nécessitent un mélange avec du son. Toutefois ces deux derniers sont valorisés dans le pétrissage d’argile pour confectionner des briques en banco. Les photos 3 et 4 illustrent l’activité de décorticage de l’arachide.

Les feuilles
23Dans la Commune Rurale de Tchadoua, le haricot cultivé est quasiment tardif, les feuilles ne se sèchent pas rapidement. Ces dernières années celles-ci sont cueillies, séchées puis conservées. Pendant la saison sèche elles sont cuisinées, puis mélangées avec la pâte d’arachide ou le tourteau. Ce qui n’était pas connues auparavant. Non seulement on les mange à la maison, mais aussi elles sont vendues au sein du village ou dans des marchés locaux. Les feuilles sont aussi cuites et séchées pour conserver jusqu’à la saison sèche pour les vendre au marché.
Stockage et transport des sous-produits agricoles
24Les sous-produits agricoles sont stockés soit au champ, soit à la maison. Au champ ils sont entassés dans un coin et clôturés avec des épines ou déposés sur un arbre. Cela concerne uniquement les tiges des céréales. Pour ces dernières, le mode stockage est identique même à la maison. Quant aux autres SPA, ils sont mis dans des sacs et déposés dans les chambres, sur des toits ou sur des hangars.
25Pour ce qui est du transport, il se fait rarement par automobile. Les SPA sont emmenés à la maison ou au marché en charrettes à traction animale, à moto, pieds ou à l’aide d’une bouette. Les photos 5 et 6 illustrent respectivement le transport et stockage des SPA.

Contribution des SPA dans la sécurité alimentaire des ménages
26La contribution des sous-produits agricoles dans l’économie des ménages de la commune rurale de Tchadoua est très significative. Bien que les SPA sont utilisés dans l’alimentation bétail, ils constituent une grande source des revenus permettant aux ménages de s’approvisionner en denrées alimentaires après l’épuisement de leurs vivres. Car certains producteurs en dehors d’engraissement, commercialisent leurs résidus. Un enquêté ayant un champ de deux hectares confirme avoir ramassé 40 sacs de fanes d’arachides, des centaines de bottes de tiges de mils et sorgho vendus à 50 000FCFA sans compter ce qu’il a donné à ces animaux. En cas de vente, ils sont transportés vers les marchés locaux, certains les vendent à la maison, et d’autres discutent le prix avec un éleveur et faire un contrat avant de les ramasser. S’ils se sont entendu, l’éleveur amène ses animaux paitre dans le champ juste après la récolte. La botte de tiges de céréales est vendue entre 50 à 150FCFA. Mais les tiges du sorgho sont plus chères et recherchées sur le marché pouvant atteindre 200 FCFA au début de la saison des pluies, car elles sont plus appétées par les animaux.
27Le sac de la fane d’arachide varie de 1000 à 2000FCFA, en fonction de la saison et de sa qualité qui est jugée le plus souvent par sa couleur verdâtre. La fane de niébé coûte beaucoup plus chère, car elle est plus valorisée, elle est enlevée avant qu’elle se sèche aussitôt que les graines sont enlevées et on les attache pour faire des bottes. Néanmoins pour les variétés de niébé dont les graines se sèchent en même temps que les fanes, on les ramasse à l’aide des râteaux pour mettre dans des sacs.
28En dehors de la Commercialisation, les débris des SPA broutés par les animaux sont utilisés dans le compostage dont le but est de les transformés en engrais organiques. Cette opération joue un rôle très important dans la fertilisation des sols et a pour conséquences le rehaussement des rendements. Chose qui contribue à la sécurité alimentaire.
29Dans certains villages, pour combler le déficit alimentaire les feuilles de niébé et de l’oseille sont consommées. La figure 6 résume quelques usages des sous-produits agricoles.
30Figure 6 : usage des sous-produits agricoles

31La figure ci-dessus (figure 6) montre qu’une grande quantité des SPA est utilisée dans l’alimentation bétail (88%). Pour ce qui est des tiges de céréales ils broutent les chaumes, et laissent les tiges, qui sont aussi utilisées comme source d’énergie pour la cuisine. La commercialisation quant à elle concerne 45% des enquêtés. Pour ce qui est de la consommation, il s’agit des feuilles de niébé qui sont consommées par 9%.
Discussion
32Il est évident que la valorisation des Sous-Produits agricoles (SPA) a pris de l’ampleur après les sècheresses des années 1980 dans la Commune Rurale de Tchadoua, mais aujourd’hui elle contribue significativement dans l’économie des ménages. Les résultats issus des travaux du terrain ont permis de comprendre que les SPA présentent une multitude de formes et leur usage dépend de leur typologie.
33Ainsi, les résultats de cette étude corroborent ceux de S.Yagi (2012) dans le département de Dogondoutchi au Niger, selon laquelle la vente des résidus culturaux tels que les tiges des céréales, de niébé, les fans de voandzou, etc. constitue des pratiques développées par les producteurs pour se procurer de l’argent afin de couvrir leurs besoins alimentaires. Cette stratégie est utilisée par 89% des ménages de Dogon Kirya, contrairement à Tchadoua où 45% les ramassent pour les besoins de commercialisation.
34Il ressort de cette étude que 88% des producteurs utilisent les résidus de cultures ramassés pour l’alimentation bétail, ce qui soutient l’étude d’A.A Maman Lawal (2017), portée sur les éleveurs de la Commune Urbaine de Niamey. Il a conclu que les résidus de culture présentent une importance notoire dans l’alimentation des ruminants domestiques. C’est pourquoi il souligne qu’il est impératif de sensibiliser les éleveurs sur la manutention, le stockage et la conservation des résidus de cultures utilisés en alimentation des ruminants domestique à Niamey. Ceci permettra une gestion plus rationnelle et une meilleure conservation des éléments nutritifs de ses résidus de cultures.
35Les résultats de cette étude vont également de pairs avec ceux trouvés par S. Isharou Matche (2023) dans le département de Mirriah à Zinder. Selon lui les formes d’usage des sous-produits agricoles les plus pratiquées sont socio-économiques. Il s’agit entre autres de l’aliment bétail (59,4%), la commercialisation (22,5%), la construction (17,5%), le compostage (0,6%),etc. Il souligne que les fanes des légumineuses et les tiges de céréales sont les plus utilisés. Ces tiges sont utilisées aussi à des fins agro-environnementales, parce qu’elles servent à fertiliser et à protéger les sols contre l’érosion. Il ajoute qu’en dehors de ces formes d’usage, il y a celle d’énergétique, qui est pratiquée dans toutes les localités et par la totalité de la population pour faire la chauffe qui rapproche des résultats de cette étude qui montre que 86% des ménages de la Commune Rurale de Tchadoua utilisent les tiges de céréales, du sésame, d’hibiscus et les cosses d’arachide à la place des bois de chauffe.
36Néanmoins A. Dan Gomma et al. (2017), ont montré que les résidus de cultures bien qu’ils font objet de vente les quantités commercialisées sont faibles car très souvent ils sont réservés pour l’usage domestique. Ce qui diffère de ces résultats, car bien que les producteurs les utilisent pour les travaux de ménage, une grande quantité est commercialisée.
Conclusion
37Les sous-produits agricoles présentent une typologie et usage aussi divers que variés. Les plus valorisés dans la commune rurale de Tchadoua sont les tiges de céréales et oléagineux, les fanes d’arachides et de niébé, et leurs cosses. Non seulement ils jouent un rôle important dans l’économie des ménages, mais aussi ils sont utilisés dans l’alimentation bétail, la clôture des maisons, la fertilisation des champs, la construction des hangars et salles de classes en paillottes, pour la source d’énergie, ainsi que dans le pétrissage de l’argile pour la fortification de la construction en banco. Les apparaissent comme ressource locale multi usage à la croisée entre défi de protection et de fertilisation des terres de culture et nécessite d’avoir de l’argent pour satisfaire des besoins familiaux de plus en plus nombreux et diversifiés.
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Pour citer ce document
Quelques mots à propos de : Kabirou SOULEY
Professeur Titulaire
Département de Géographie
Université André Salifou de Zinder
kabsoul@gmail.com