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N°42-Spécial

Balkissa SAVADOGO

Analyse phonologique des groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃

Article

Résumé

La présente étude a pour objectif d’expliquer la composition des groupes de consonnes hétérophones dont le premier élément est une consonne nasale en sɔ̃ŋgociinɛ̃. Le mémoire de master que nous avons soutenu en 2024 à l’Université Joseph KI-ZERBO et qui a traité de la phonologie du sɔ̃ŋgociinɛ̃ est à notre connaissance la première étude descriptive sur ce parler. Au cours de cette étude nous avons découvert l’existence dans cette variante du songhay des consonnes hétérophones, c’est-à-dire des consonnes complexes dont la première est une nasale. Quant au statut phonologique de ces groupes de consonnes, nous l’avions laissé en suspens, préférant mieux l’aborder dans une étude ultérieure. La présente étude vise justement à identifier ce statut phonologique. L’étude s’articule autour des questions suivantes : Quel est le statut phonologique des groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ ? Ces groupes de consonnes sont-ils différents des prénasales ? Les données exploitées pour mener à bien cette étude sont celles collectées dans le cadre de l’étude antérieure sur la variante, constituées d’un corpus de plus de 2000 items français-sɔ̃ŋgociinɛ̃. Nous avons utilisé la méthode de commutation et de distribution pour l’indentification des phonèmes. Quant à l’approche théorique de l’étude, nous l’avons adapté au plan de description de Creissels, (1994). Nous avons obtenu comme résultat que les groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ ne sont ni des phonèmes ni des prénasales mais des sons phonétiques.

Abstract

The aim of this study is to explain the composition of heterophonic consonant clusters whose first element is a nasal consonant in Sɔ̃ŋgociinɛ̃. The master's thesis we defended in 2024 at Joseph KI-ZERBO University, which dealt with the phonology of Sɔ̃ŋgociinɛ̃, is to our knowledge the first descriptive study of this dialect. During this study, we discovered the existence in this variant of Songhay of heterophonic consonants, i.e. complex consonants whose first element is a nasal. As for the phonological status of these consonant clusters, we left it open, preferring to address it in a later study. The present study aims precisely to identify this phonological status. The study focuses on the following questions: What is the phonological status of heterophonic consonant clusters in Sɔ̃ŋgociinɛ̃? Are these consonant clusters different from prenasals? The data used to carry out this study were collected as part of the previous study on the variant, consisting of a corpus of more than 2,000 French-Sɔ̃ŋgociinɛ̃ items. We used the switching and distribution method to identify phonemes. As for the theoretical approach of the study, we adapted it to the description plan of Creissels (1994). We have concluded that the heterophonic consonant clusters in Sɔ̃ŋgociinɛ̃ are neither phonemes nor prenasals, but rather phonetic sounds.

Texte intégral

pp. 166-181

Introduction

1Le sɔ̃ŋgociinɛ̃ est un parler songhay du Burkina Faso. Dans le classement génétique de Greenberg (1966), le songhay est une langue de la famille Nilo-saharienne. Parlé dans le département de Falagountou, le sɔ̃ŋgociinɛ̃ est l’une des nombreuses variantes du songhay parlé à travers l’Afrique. Le sɔ̃ŋgociinɛ̃ est l’un des trois parlers songhay du Burkina Faso. On y dénombre, en effet, trois parlers songhay que sont : le kaadciinɛ̃ (dans la région du Kuilse), le zarmaciinɛ̃ (dans la région du Goulmou) et le sɔ̃ŋgociinɛ̃ (dans la région du Liptako).

2Dans Eléments de phonologie du sɔ̃ŋgociinɛ̃ (parler songhay de Falagountou), B. Savadogo (2024) dénombre vingt et neuf sons, dont vingt consonnes et neuf voyelles, et vingt et quatre phonèmes, dont dix-sept consonnes et sept voyelles en sɔ̃ŋgociinɛ̃. Dans le chapitre portant sur la morphophonologie, elle a recensé neuf schèmes syllabiques dont six syllabes ouvertes (CV, CV1V1, CV1V2, V, NCV et NCV1V1) et trois syllabes fermées (CVC, VC et NCVC). Il y est ainsi question de groupes de consonnes dont le premier élément est une consonne nasale.

3Quant à la question du statut phonologique de ces groupes de consonnes, elle avait été mise en suspens, afin de mieux l’aborder dans une étude ultérieure. L’objectif de la présente étude est ainsi de savoir si ces groupes de consonnes sont des phonèmes ou si nous avons affaire à de simples cas de prénasalisation. Elle a donc pour objectif d’identifier ce statut phonologique. L’étude s’articule autour des questions suivantes :

4- Quel est le statut phonologique des groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ ?

5- Ces groupes de consonnes sont-ils différents des prénasals ?

6Ces questions nous amènent à émettre les hypothèses suivantes :

7- Les groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ ne sont pas des phonèmes.

8- Les groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ ne sont pas des prénasales. 

Approche théorique et démarche méthodologique

9Notre étude s’inscrit dans le cadre de la linguistique descriptive, et plus précisément de la phonologie.
Afin de ne pas rester enfermée dans une théorie spécifique et courir le risque de tordre le cou à la langue, nous situons notre étude sous l’angle de l’approche théorique de Creissels qui se veut globalement structuraliste, mais un structuralisme ouvert aux autres théories. Cette approche se veut éclectique, c’est-à-dire que nous allons faire recours à d’autres théories pour des explications s’il y a nécessité. Ainsi, nous nous inspirons fortement des travaux de Creissels, notamment de son plan de description Creissels (1994). Nous allons aborder deux différents points dans notre travail. Nous aurons à démontrer, d’une part que les groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ n’ont pas de statut phonologique, et d’autre part qu’ils sont différents des consonnes prénasales. Les groupes de consonnes NC du sɔ̃ŋgociinɛ̃ sont tout simplement des sons.

10La méthode que nous avons utilisée ici nous a permis de faire la collecte des données en nous basant sur un questionnaire. Nous nous sommes inspirée en effet du questionnaire d’enquête linguistique conçu par les chercheurs linguistes du CNRST 1(1993), ainsi que de ceux de Grebe et Stanley (1987) et de Bouquiaux et Thomas (1976) que nous avons étoffés pour en faire un corpus. Ce corpus a été soumis à des informateurs qui sont tous locuteurs natifs du sɔ̃ŋgociinɛ̃ de la commune rurale de Falagountou. Les données collectées ont été d’abord soumises à une vérification et ensuite à une analyse afin d’organiser les éléments de la collecte. La méthode de la commutation et celle de la distribution nous ont permis d’identifier les phonèmes et de dégager leurs variantes dans la langue. Pour l’écriture des données illustratives de l’article, nous avons opté pour une transcription phonologique.

Résultats

Statut phonologique des groupes de consonnes hétérophones

Selon (Dubois et all., 2001, p. 359),

« Le phonème est l’élément minimal, non segmentable de la représentation phonologique d’un énoncé, dont la nature est déterminée par un ensemble de traits distinctifs ».

11En sɔ̃ŋgociinɛ̃ nous avons des consonnes hétérophones dont le premier élément est une consonne nasale. Ces groupes sont présents aussi bien à l’initiale qu’en position médiane des mots.

Exemples :

a) Initiale

mb-

(1) mbã́ŋã́ã́ « hippopotame »

(2) mbómkákàrflà « justifier un acte qu’on a posé »

mt-

(3) mtéj « bile »

nd-

(4) ndáámã́ « caméléon »

nc-

(5) ncìtíkááría « salamandre »

(6) ncítɔ́ « lézard »

ŋk-

(7) ŋkúká « hibou »

(8) ŋkúúnĩ́ã « hérisson »

ŋg-

(9) ŋgáá « manger »

(10) ŋgáárɔ́ « nourriture »

b) Médiane

-mb-

(1) zã̀mbá « tromper »

(2) dúmbú « couper »

-mt-

(3) túúrɔ̀kɔ́mtà « feuille »

(4) kɔ̃́mtèkúlɣdɔ́ɔɣòkááɣà « effeuiller »

-mc-

(5) jìmcéré « ressembler »

(6) hã̀mcírá « sorgho rouge »

-mf-

(7) sūmfāā « queue »

-ms-

(8)) dɛ́msɔ́ « arachide »

(9) kɔ́msɔ́ « sabot »

-mn-

(10) hã́mnɔ̃́ « plume »

(11) jùhã́mnɔ̃́  « abeille »

-mk-

(12) gɛ̀mkɔ́jɔ́ « fou »

(13) tàmkó « pêcheur »

-nt-

(14) sĩ́ntín « commencer »

(15) zɛ̃́ntɔ́ « conte »

-nd-

(16) wíndɔ́ « cour »

(17) wìndì « se promener »

-nf-

(18) ɟínfúnã́ « chef »

(19) nĩ́ĩ́nfṹnɔ̃́ « narine »

-ŋk-

(20) hìhĩ́ŋká « deux »

(21) dɛ́ndɛ́ŋká « apprenti »

-ŋg-

(22) gɛ̃̀ŋgɔ́ « forêt »

(23) hṹŋgə́mɔ̃̀ « rhume »

Les exemples ci-dessus nous indiquent les compositions des groupes de consonnes dans les différentes positions.

À l’initiale, les consonnes orales /b/, /t/, /d/, /c/, /k/ et /g/ sont celles qui suivent les consonnes nasales /m/, /n/ et /ŋ/ pour former les groupes de consonnes hétérophones.

Exemples : mbã́ŋã́ã́ « hippopotame »

ncítɔ́ « lézard »

En médiane, les consonnes qui sont précédées de nasales sont les occlusives /b/, /t/, /d/, /c/, /k/ et /g/, la nasale alvéolaire /n/ et les fricatives /f/ et /s/. Et les consonnes /m/, /n/ et /ŋ/ sont les nasales qui les précèdent.

Exemples : jìmcéré « ressembler »

$ gɛ̃̀ŋgɔ́ « forêt »

12On constate qu’à l’exception de /ŋ/, les consonnes nasales ne copient pas forcement le point d’articulation des consonnes orales qu’elles précèdent.

Tableau  : distribution des groupes de consonnes hétérophones

NC

Initiale

Médiane

mb

+

+

mt

+

+

mf

-

+

mc

-

+

ms

-

+

mn

-

+

mk

-

+

nt

-

+

nd

+

+

nf

-

+

nc

+

-

ŋk

+

+

ŋg

+

+

Résultats de l’enquête réalisée par Savadogo en 2024.

Dans le tableau (tabl. 1), on peut lire les illustrations des différentes positions dans lesquelles les groupes de consonnes hétérophones apparaissent.

On lit dans (Hanafiou, 1995, p. 64) que :

« La consonne succédant à la nasale est dans de nombreuses langues du même lieu d’articulation qu’elle. L’on considère à ce titre que la nasale est homorganique de la consonne qui lui succède. ».

13En kaado 2d’oyorou-goungokoré, on rencontre des groupes consonnantiques hétérophones dont le premier est une nasale. Et contrairement à certaines langues où la nasale est du même lieu d’articulation que la consonne orale, les deux phonèmes ne sont pas toujours du même lieu d’articulation. Les groupes consonantiques hétérophones du kaado d’oyorou-goungokoré n’apparaissent qu’en médianes des mots.

14Dans cette variante du songhay, la nasale à tendance à être homorganique aux consonnes orales plosives. Alors que les non-plosives succèdent à la nasale vélaire. Dans notre parler, par contre, l’homorganicité n’est pas toujours constatée. Il y a en effet des cas où la consonne orale et la consonne nasale ont le même lieu d’articulation. Nous avons la nasale vélaire /ŋ/ qui copie toujours le lieu d’articulation de la consonne orale qu’elle précède.

15A la différence du kaado d’oyorou-goungokoré dans lequel les groupes consonnantiques n’apparaissent qu’en médiane, en sɔ̃ŋgociinɛ̃, ces groupes de consonnes sont admis à l’initiale et aussi en médiane.

16Ouédraogo (2010), énumère aussi ces combinaisons de consonnes de type NC en médiane des mots du kaadciinɛ̃. Cependant, il les identifie comme appartenant à deux syllabes différentes. La nasale étant la fin de la première syllabe et la consonne orale étant le début de la syllabe suivante. Pour l’auteur se sont des combinaisons d’ordre phonétique.

17Tout comme en sɔ̃ŋgociinɛ̃, kaadciinɛ̃ et en kaado d’oyorou-goungokoré, Ilboudo (2024) récence aussi des groupes de consonnes en zarmaciinɛ̃. Par contre, dans cette variante du songhay, les séquences nasales plus consonnes (NC) en médiane peuvent devenir des séquences géminées (NN).

18Nous avons aussi vu dans Nicolaï (1976) que les groupes de consonnes hétérophones dont le premier élément est une nasale sont aussi attestés dans la variante du songhay qui est parlée à dolbel.

19Le tableau ci-dessous nous indique quelques combinaisons possibles de consonnes nasales et orales dans les parler ci-dessus cités.

Tableau  : récapitulatif de quelques combinaisons possibles dans différents parlers songhay.

NC

sɔ̃ŋgociinɛ̃

Kaado

zarmaciinɛ̃

Parler de dolbel

kaadciinɛ̃

mb

mbã́ŋã́ã́ « hippopotame »

bémbé « muet »

dàmbú « couscoussier »

sàmbá « envoyer »

dʋmbá «couper » 

nt

sĩ́ntín « commencer »

tòntòn « additionner »

-

zèntí « conte »

sìntìn « commencer »

ms

dɛ́msɔ́ « arachide »

kòmsì « patte d’animal »

càmsé « bras »

-

mòmsi « palper »

ŋs

-

féŋsí « creuser »

-

tèleŋsí « glisser »

-

mk

tàmkó « pêcheur »

-

-

-

bìmká « dérangeur »

mn

hámnɔ̃́ « viande »

hàmnì « farine »

hàmní « viande »

-

zɛ́mná « diviser »

Résultats de l’enquête réalisée par Savadogo 2024 et d’une recherche documentaire.

20Dans le tableau (tabl. 2) nous constatons que ces parlers admettent tous des consonnes complexes dont le premier élément est une nasale. Nous remarquons aussi qu’il y a des combinaisons qui sont admises dans certains parlers mais ne le sont pas dans d’autres.

Les consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ ne sont pas opposables à des correspondantes nasales ou orales.

Les groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ ne sont pas non plus en variation libre, car leur apparition n’est pas conditionnée.

Exemples :

m//mb

(1) mã́nã̀ŋ « l’an passé » // mbã́ŋã́ã́ « hippopotame »

(2) bármã́ « monnaie » // zã̀mbá « tromper »

b//mb

(3) bándá « dos » // mbã́ŋã́ã́ « hippopotame »

s//ms

(4) bɛ́sɔ́ « muscle » // dɛ́msɔ́ « arachide »

f//mf

(5) túfà « cracher » // sūmfāā « queue »

c//nc

(6) círā « pintade » // ncítɔ́ « lézard »

t//mt

(7) kɔ́ttá « sort » // túúrɔ̀kɔ́mtà « feuille »

t//nt

(8) ncítɔ́ « lézard » // túúrɔ̀líntɔ̀ « racine »

d//nd

(9) dáárɔ́ « lit » // ndáámã́ « caméléon »

(10) kíídì « épouser » // wìndì « se promener »

k//ŋk

(11) káábɔ̄ « barbe » // ŋkáárá « caïman »

(12) kútà « canard » // ŋkúká « hibou »

(13) sũ̀fɛ́kɔ́híjá « scorpion » // gɛ̀ŋkɔ́lɣɲã́ « tourterelle »

g//ŋg

(14) gáálím « ramper » // « ŋgáá « manger »

21(15) gáásɔ́ « calebasse » // ŋgáárɔ́ « nourriture »

22Les exemples ci-dessus illustrent les positions dans lesquelles apparaissent les groupes de consonnes. Et nous pouvons dire que les groupes de consonnes hétérophones et les éléments les composant, pris séparément, ont les mêmes conditions d’apparition. Autrement dit, les consonnes orales apparaissent dans les mêmes environnements que les consonnes nasales.

23Par conséquent, on ne peut définir leurs statuts phonologiques.

24Le découpage syllabique des éléments contenant les groupes de consonnes peut donner des schèmes de syllabes ouvertes : NCV et NCV1V1 et de syllabe fermée : NCVC

25Nous schématisons ainsi que suit ces exemples :

26ncí.tɔ́ « lézard »

Image 10000000000002000000020D31378C1A16C4CDB4.jpg

27dú.mbú « couper »

Image 1000000000000228000002012D8A1D0E6A9C1DCB.jpg

28A partir de ces schémas, nous en déduisons que l’attaque des groupes de consonnes est branchante. En d’autres termes, l’attaque de la syllabe qui commence avec un groupe de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ en composé de deux éléments formants un seul son.

29Les groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ n’ayant pas de statut phonologique, nous en déduisons qu’ils ne sont pas des phonèmes. Nous les analyserons dans le point suivant pour savoir s’ils sont différents des prénasales.

Groupes de consonnes hétérophones et prénasales

30Le terme « prénasalisé » est utilisé en phonétique pour décrire un type particulier de phonème. La prénasale est la modification phonétique où une consonne est précédée d'une nasale, formant ainsi une seule unité phonologique.

Selon (Dramé, 2012, p. 47),

« Les prénasales sont des combinaisons étroites d’occlusives nasales et orales homorganiques (de même organe et lieu d’articulation) ».

31Il s'agit donc de la combinaison de deux consonnes, la première étant une nasale et la deuxième une orale, prononcées presque simultanément. Une prénasale est donc une consonne précédée d’une nasale formant un tout et qui a un statut phonologique. Les prénasales sont opposables à leurs correspondantes orales ou nasales. Par conséquent elles ont un statut phonologique. En wolof, selon Dramé, (2012), les prénasales ont des conditions d’apparition. Par exemple les nasales suivies d’occlusives orales sonores apparaissent en toutes positions de mot (initiale, interne et finale). Par contre, celles suivies de consonnes occlusives sourdes n’apparaissent qu’en positions interne et finale de mot. Les groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ sont aussi considérés comme deux éléments formant un seul son mais ne sont pas opposables à des correspondantes nasales ou orales. Par conséquent ils ne sont pas des prénasales. Nous illustrons cette démonstration avec les items suivants :

/mb/

(1) bĩ́mbĩ́ŋɔ̃́ « guêpe » // cíínĩ́bínɔ̃̀ « minuit »

/ms/

(2) kɔ́msɔ́ « sabot » // tɔ́ɔ́sɔ́ « urine »

/mn/

(3) kɔ́mnɔ̃́ « varan de terre » // fùnɔ̃̀ « trou »

/mk/

(4) tùùrdúmków « bucheron » // kṹmɔ̃́ « nombril »

/nt/

(5) zɛ̃́ntɔ́ « conte » // àlmɛ̃́nɔ̃́ « animal »

/nd/

(6) cɛ̃́ndí « tirer » // bɛ̃́nɛ̃́dì « achever »

/nf/

(7) ɟínfúnã́ « chef » // dɛ́fɔ́ « clitoris »

/ŋk/

(8) ŋkúká « hibou » // zã̀gũ̀ « cent »

/ŋg/

(9) ŋgáá « manger » // gá:bù « bailler »

Conclusion

32Notre étude a porté sur l’analyse phonologique des groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃. Nous avons montré en premier lieu que ces groupes de consonnes n’ont pas de statuts phonologiques. Par conséquent ils ne sont pas des phonèmes. En second lieu nous avons montré la différence qu’il y a entre les groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ et les prénasales en général. Ces groupes de consonnes hétérophones sont des éléments de la phonétique. Nous pouvons dire à ce stade de notre étude que nous avons atteint notre objectif qui est de savoir si les groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃ sont des phonèmes.

Bibliographie

BOUQUIAUX, Luc et THOMAS, Jacqueline, Enquête et description des langues à tradition orale, Volume 2, Paris : CNRS, SELAF, 1976, 950 p.

CREISSELS, Denis, Aperçu sur les structures phonologiques des langues négro africaine, Editions littéraires et linguistiques de l’Université Stendhal, 2e édition Grenoble 3, E.L.L.U.G., 1994, 320 p.

CNRST, Questionnaire d’enquête linguistique, Ouagadougou: INSS, 1993, 121 p.

DUBOIS, Jean et Al., Dictionnaire de Linguistique, Paris: librairie Larousse, 2001, 514 p.

DRAMÉ, Mamour, Phonologie et morphosyntaxe comparés de trois dialectes wolof, Département de linguistique et sciences du langage, École doctorale arts, cultures et civilisations, Faculté des lettres et sciences humaines, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, 2012, 474 pages.

GREBE, Winnifred et STANLHEY, Carol, Inventaire thématique de 2000 termes : servant à de base à l’élabroration d’un dictionnnaire bilingue, SIL Cameroun, 1987, 68 pages.

GREENBERG, Joseph Harold, The Languages of Africa, Bloomington : Indiana University, Mouton and Co. the Hague, 1966, 180 p.

HANAFIOU SEYDOU, Hamidou, Eléments de description du kaado d’ayorou-goungokore (parler Songhay du Niger), thèse de doctorat (nouveau régime) des sciences du langage, U.F.R. des Sciences du Langage, Université Stendhal- Grenoble III, 1995, 437 pages.

ILBOUDO, Wendlamita Charles, Le zarmaciine (parler sonray de Fada N’Gourma): phonologie et morphologie du nom et du verbe, thèse de doctorat unique, Laboratoire de Recherche et de Formation en Sciences du Langage (LAREFOS), École Doctorale des Lettres, Sciences Humaines et Communication (ED/LESHCO), Université Joseph Ki-Zerbo, 2024, 284 pages.

NICOLAI, Robert, « Esquisse Phonologique du parler de la région de Dolbel », Annales de l’Université de Niamey 1, Niamey, 1976, pp. 197 - 234.

SAVADOGO, Balkissa, Eléments de phonologie du sɔ̃ŋgociinɛ̃ (parler songhay de Falagountou), Département des sciences du langage, Unité de Formation et de Recherche en Lettres, Art et communication (UFR/LAC), Université Joseph KI-ZERBO, 2024, 98 pages.

Notes

1 CNRST signifie Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique. Il a été créé en 1949.

2 Le kaado est une variante du songhay parlée à oyorou-goungokoré au Niger.

Pour citer ce document

Balkissa SAVADOGO, «Analyse phonologique des groupes de consonnes hétérophones du sɔ̃ŋgociinɛ̃», Mu Kara Sani [En ligne], Dossier, N°42-Dec 2025, N°42-Spécial, mis � jour le : 12/02/2026, URL : https://www.mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=937.

Quelques mots à propos de :  Balkissa SAVADOGO

Université Joseph Ki-Zerbo, Ouagadougou, Burkina Faso

balkissasavadogo22@gmail.com