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N°43-juin 2026

Abdourahamane MOUSSA AMADOU

Historique et Impact socio-économique de l’Aménagements Hydro-Agricole de Kollo-N’Dounga de 1930 à 1988

Article

Résumé

Le présent article aborde l’historique de l’aménagement hydro-agricole (AHA) de Kollo-N’Dounga de la période coloniale à 1990. Ce dernier est le premier AHA crée au Niger entre 1929-1930. Il est également le premier dans toute l’Afrique de l’ouest, une initiative qui est intervenue à l’époque coloniale. Au Niger, la politique de grande irrigation a connu son essor après la sécheresse des années 1970 qui a bouleversé le système de production traditionnel. Cet article analyse la création, l’évolution de l’AHA de Kollo-N’Dounga et son impact socio-économique sur les conditions de vie des populations. Il a été réalisé à base des travaux antérieurs, des documents d’archives et des sources orales.

Abstract

This article addresses the history of the hydro-agricultural development (AHA) of Kollo-N'Dounga from the colonial period to 1990. The latter is the first AHA created in Niger between 1929-1930. It is also the first in all of West Africa, an initiative that came during the colonial era. In Niger, the large-scale irrigation policy took off after the drought of the 1970 which disrupted the traditional production system. This article analyzes the creation and evolution of the Kollo-N’Dounga AHA and its socio-economic impact on the living conditions of the populations. It was produced based on previous work, archival documents and oral sources.

Texte intégral

pp. 113-130

Introduction

1Pays sahélien à faible pluviométrie, le Niger n’en reste pas moins un pays rural où 90% de la population vivent d’activités agricoles et pastorales (Souleymane, 2012, p.1). La pluviométrie, par ses faibles quantités et sa mauvaise répartition dans l’espace et dans le temps, limite considérablement ces activités (agriculture et l’élevage) depuis plusieurs décennies. A cet effet, la population rurale subit chaque année des déficits de plus en plus importants de sa production agricole, plaçant ainsi le pays dans une situation d’insécurité alimentaire chronique. Dans le but de pallier ces problèmes dès 1922, les autorités coloniales ont initié un programme de développement de l’agriculture et des cultures irriguées fondé sur l’intensification de la production dans la colonie du Niger. La vallée du fleuve qui possède le plus grand potentiel du pays, a été la première concernée par cette politique agricole. Après l’indépendance, les autorités nigériennes ont fait des cultures irriguées leur cheval de bataille pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, à travers la réalisation de grands périmètres irrigués au bord du fleuve et à l’intérieur du pays (Mahamadou, 1993, p.15).

2La mise en valeur des cuvettes inondées et des plaines a permis à la population d’améliorer ses conditions de vie (la création d’emploi, la vulgarisation des nouvelles techniques agricoles, l’accroissement de la production agricole, l’accroissement des échanges, l’autoconsommation) et, enfin il a suscité un mouvement de la population de villages environnants vers les terres aménagées. Ce qui amène à poser les questions à savoir, à quand remonte le projet d’aménagement des cuvettes inondées et quelles ont été les différentes étapes de création des AHA ? Quel est l’impact socio-économique des aménagements hydro-agricoles sur les conditions de vie des populations ?
Le présent article tente d’aborder l’historique des aménagements hydro-agricoles (AHA) de la période coloniale à 1990, en essayant de traiter l’évolution, les impacts socio-économiques et les limites de ces AHA.

Contexte

3À partir des années 1920, l’ensemble du territoire du Niger est « pacifié » et on assiste à la naissance d’un vaste mouvement d’opinion en faveur des colonies « la mise en valeur des colonies ». Dans le cadre de ce programme, une place importante est réservée à la principale activité économique (l’agriculture) dans la colonie du Niger. En effet, le 9 août 1922, le Gouverneur Jules Brévié1 a présenté un programme de développement de l’agriculture de la colonie du Niger (Mahamane, 1999, p.112). A partir de 1927 un certain nombre des cuvettes inondées et des plaines ont été indiquées par des services techniques dirigés par l’ingénieur LACOSTE2. Elles ont été chiffrées à trente mille (30 000 ha) sur l’ensemble de territoire de colonie3. Ensuite, en décembre 1932, le gouverneur général4 de l’Afrique Occidentale Française (AOF) qui a effectué une tournée au Niger, insiste sur la nécessité d’aménager dans les plus brefs délais, les cuvettes périodiquement inondées par le fleuve Niger ; cet impératif découlait du plan d’aménagement de la production agricole dans la colonie, qui constitua le second programme de développement de l’activité agricole au Niger (Laya, 1967.p52). Le but assigné à ce projet primitif était d’essayer une nouvelle culture, répandre l’outillage mécanique européen et en même temps procéder à des essais sélectifs des variétés vivrières du pays5, augmenter la production des produits vivriers des populations, permettre aux exploitants d’avoir un revenu monétaire appréciable, augmenter le ravitaillement de la ville de Niamey, fournir un travail soutenu aux exploitants, améliorer la balance commerciale du pays (Mahamane, 1999, p.195). A partir de 1929 le projet d’aménagement des cuvettes inondées est lancé.

Historique des aménagements hydro-agricoles au Niger

4Au Niger, on distingue trois phases successives dans l’histoire des aménagements hydro-agricoles. La première phase s’est déroulée pendant la colonisation et les deux dernières phases après les indépendances.

La première étape de réalisation des AHA : 1930-1960 ou la phase coloniale

5Pendant cette période, plusieurs tentatives d’aménagement du site irrigué ont été entreprises aussi bien au Niger qu’au Mali avec l’Office du Niger en 1934 (Mahamadou, 1993, p.101). Au Niger, la vallée du fleuve-Niger qui est une ligne de démarcation entre le Liptako-Gourma au sud et le Zarmaganda au nord fut la première zone touchée par la politique de modernisation de l’agriculture. Dans cette zone, trois travaux d’aménagements ont été effectués pendant la période coloniale. Il s’agit de : l’aménagement de la cuvette de Kollo-N’Dounga en19306, de la cuvette de Koutoukalé en 19347 et l’aménagement de la plaine de Say en 1945 sous une forme de maîtrise partielle de l’eau. Les objectifs assignés dès la réalisation de ces AHA ou de ces projets étaient d’essayer une nouvelle culture, répandre l’outillage mécanique européen et en même temps procéder à des essais sélectifs des variétés vivrières du pays8, d’augmenter la production des produits vivriers des populations, permettre aux exploitants d’avoir un revenu monétaire appréciable, augmenter le ravitaillement de la ville de Niamey, fournir un travail soutenu aux exploitants, améliorer la balance commerciale du pays (Mahamane, 1999, p.195). Cette politique a été poursuivie par les autorités nigériennes après l’indépendance du pays.

La seconde phase de réalisation des AHA : à partir de 1960

6Face à la croissance démographique galopante et les sécheresses qui frappent durement le pays pendant plusieurs décennies. Dès l’indépendance, le sous-secteur d’irrigation est apparu aux yeux des dirigeants comme une priorité en matière de politique agricole en vue d’intensifier et de sécuriser la production vivrière face aux aléas climatiques. Cette volonté politique s’est manifestée dès le début de 1961 par la poursuite d’études des possibilités d’aménagement du fleuve Niger initiées par les autorités coloniales (Souleymane, 2010, p.9). Pendant cette période, plusieurs AHA ont été réalisés le long du fleuve-Niger et dans les autres zones du territoire national à savoir : la vallée du fleuve Niger, la vallée de l’Ader-Doutchi-Maggia (AHA de Konni créé en 1979, Galmi en 1982, Ibohaman en 1968), Goulbi Maradi (Madarounfa et Jiratawa en 1981), Lac Tchad et Koumadougou Yobé (Chetimari et Diffa en 1974) etc. ((Ehrnrooth et al. 2011, p.6).

La réalisation des AHA pendant la politique sectorielle (1960-1974)

7La période de politique de développement sectoriel qui s’est basée sur l’intervention directe de l’État en milieu rural est marquée par une croissance rapide de nombre de réalisation des AHA. Cette croissance est due aux engagements des autorités du régime en place « le régime du président Hamani Diori » et des bailleurs de fonds dans la lutte contre l’insécurité alimentaire chronique au Niger. En effet, on note la réalisation de dix-sept (17) AHA qui s’étendent une superficie de 4 204, 63 ha. La quasi-totalité du financement des travaux de ces AHA est assurée par l’extérieur (FAC9, Chine Taiwan, FED10, Libye, Chine populaire) (Ehrnrooth et al. 2011, p.5 -7 et République du Niger, 1979, p.12-13).

L’époque de politique de la recherche de l’autosuffisance alimentaire (1975-1983)

8C’est la période de grandes réalisations d’infrastructures. Ces dernières sont réalisées surtout sur fonds extérieurs constitués en grande majorité des financements chinois, européens et aussi grâce au boom de l’Uranium qui représente dans les années 1980, 75% des recettes d’exportation du pays. La période 1975-1983 est marquée par une politique d’autosuffisance mise en place par le régime militaire dirigé par le général Seyni Kountché. Cette politique a pour l’objectif principal d’assurer l’autosuffisance alimentaire par la seule production nationale. Pour atteindre cet objectif l’État en collaboration avec les partenaires extérieurs (Chine populaire, FED, IDA/KFW11, Conseil de l’entente, CBLT12, AFRICAIRE) a réalisé seize (16) AHA sur l’ensemble du territoire national13 sur une superficie de 5 994, 57 ha. Ces périmètres ont vu grâce aux soutiens des partenaires extérieurs et l’État du Niger. À partir des années 1983, le pays a connu une période de décroissance en termes de réalisation à cause de la chute des cours de l’Uranium, de la croissance des charges de la dette extérieure et la sècheresse qui affecte la production agricole (Illiassou, 2005, p.26).

La réalisation des AHA pendant la période de libéralisation dans le cadre d’ajustement structurel 1984-1990

9Avec la baisse des recettes publiques liée à la chute des cours de l’Uranium, le Niger s’engage dans un processus d’ajustement. Cette période est marquée par le désengagement de l’État dans tous les secteurs et la privatisation des entreprises étatiques (Tiguiri, 1988, p.8). Cette situation a eu des conséquences négatives sur le secteur agricole en général et dans le sous-secteur irrigation en particulier. Dix (10) AHA ont été créés pendant cette période sur l’ensemble du territoire national avec une superficie de 1 504, 15 ha. A partir de 1980, on constate une régression constante en matière de réalisation des AHA. Cette régression est due au non investissement de l’État dans le secteur agricole.
La réalisation de ces aménagements a eu des conséquences à la fois négatives et positives sur la population nigérienne. Ces effets peuvent être de portée socio-économique au niveau des exploitants, des ménages, de l’ensemble de la population de la zone du périmètre et au-delà.

Impact de l’AHA de Kollo-N’Dounga sur les conditions de vie des populations

10La création des aménagements hydro-agricoles a eu des effets non quantifiables au plan social qu’économique, dont certains sont directement perceptibles, d’autres ne les sont pas, mais apparaissent avec le temps. Il a renforcé la production agricole, a diminué le chômage à travers les emplois directs ou indirects des jeunes ou bras valides, a aussi permis aux exploitants de se doter des techniques et des moyens de productions modernes.

Les effets sociaux de l’AHA de Kollo-N’Dounga

11Les conséquences directes des travaux d’aménagement de cuvette Kollo-N’Dounga

12Les premiers travaux d’endiguement de la cuvette furent une véritable épreuve pour les habitants de la zone de Kollo, Liboré, N’Dounga, et Kouré pour l’aménagement de la cuvette de Kollo-N’Dounga. Car, le blanc14 chargé de superviser des travaux chicotait les gens comme des ânes. Cette attitude inhumaine a poussé les gens à aller vers les autres zones clémentes jusqu’à la fin des travaux (Idrissa, 1997, p.29). Le pourvoir colonial s’est surtout appuyé sur la main-d’œuvre locale pour exécuter son programme d’aménagement des cuvettes inondées dans la colonie du Niger. Ce qui a complètement perturbé l’organisation du monde rural et a causé la migration de certaines populations des cantons de N’Dounga et Kouré (environ 120 jeunes en 1935) vers les zones voisines Gold Cost (actuel Ghana) et Dahomey (actuel Benin). Mais, ils sont tous revenus sauf une dizaine15.

13Après les travaux, les jeunes paysans qui ont été réquisitionnés pour l’endiguement et le labour, ont bénéficié des parcelles, des taureaux, des charrues, des houes et des herses (Idrissa, 1997.p28). C’est au total, les habitants de deux cantons repartis dans dix (10) villages : Kollo, Sirignere de canton de Kouré, et Molli, Aoula-Koara, Tiao-Koara, Borowonci-Koara, Koara-Lami, N’Dounga, Gala et Tiollol de Canton de N’Dounga qui ont bénéficié des parcelles dans l’espace aménagé. En 1932, 52 familles possédant un lot dans l’aménagement, soit 715 personnes, étaient progressivement installées et exploitent 324 hectares dans la cuvette et 150 hectares en terrain dunaire (Mahamane, 1999.p197). Depuis lors, le nombre des exploitants augmente sur les terres aménagées. En 1960, le centre d’encadrement a recensé 240 familles bénéficiant des hectares dans le périmètre (COGERAF, 1961, p.I-49-50). En 1988, huit (8) villages possèdent des parcelles équivalentes à mille cent soixante-sept (1179) bénéficiaires d’un lot dans l’espace aménagé16. L’exploitation de cette nouvelle terre aménagée a eu des impacts positifs sur le mode de vie des exploitants, car elle a contribué à l’augmentation des cultures vivrières et commerciales.

14Les effets sur le mode de vie des exploitants

15Avant l’aménagement de la cuvette, les habitants des villages entourant la cuvette Kollo-N’Dounga ont des habitudes alimentaires communes. Mais, on constate un changement des comportements alimentaires entre ceux qui possèdent des parcelles au niveau de l’AHA et ceux qui n’en possèdent pas, c’est-à-dire, la qualité de l’alimentation et le nombre de plats par jour chez les exploitants du périmètre irrigué ont augmenté.

16Des 1931 jusqu’en 1955, les produits issus de l’exploitation du périmètre comme ceux de la culture pluviale sont destinés uniquement à la consommation. Ce sont seulement quelques vieilles femmes qui échangeaient une faible quantité de maïs, de sorgho et du riz contre d’autres céréales ou contre les produits de la cueillette sur les marchés de Kollo et N’Dounga. A partir de l’année 1956, grâce à l’évolution de production, les exploitants ont commencé à vendre une partie de la récolte pour satisfaire leur besoin secondaire (le baptême, mariage, habillement, achat de matériels agricoles, achat de vivres comme le mil, achat de matériels de construction etc.17 (COGERAF, 1961, p.I-52).

17Les habitants de la zone qui vivaient dans des cases en paillotes ou dans des maisons en bancos18. Grâce à l’exploitation du périmètre irrigué qui a engendré une augmentation de revenus, un autre mode de construction et des matériels ont été utilisés par les exploitants et la population locale pour construire leurs demeures (COGERAF, 1961, p.I-51). Tous ses atouts ont fait de la zone un milieu attractif.

18Kollo-N’Dounga, terre d’accueil des migrants

19La mise en valeur de la cuvette s’est traduite par des mouvements des populations voisines vers la zone de Kollo-N’Dounga. Ces migrants sont des ressortissants des cantons de Kouré et N’Dounga19. Ils sont des cultivateurs et assez travailleurs. Ils sont loués par les exploitants comme salariés (salariat agricole). Plusieurs villages ont été créés grâce à la mise en valeur de la cuvette Kollo-N’Dounga. Il s’agit des villages de Sirignéré20, Kollo agriculture (actuel ville de Kollo), et Aoula-Koara21 qui ont été créés par les premiers européens qui se sont installés dans la zone de Kollo. Les villages de Tiao-Koara (actuel Koara-Taguié), Borowonci-Koara, Goungoubou et Kaora-Lami sont tous créés entre 1935-193622, leurs fondateurs sont venus s’installer au bord de la cuvette aménagée. Ces emplacements de nouveaux groupements sont choisis suivant la coutume et après l’acceptation du commandant de cercle de Niamey. Tous les villages qui sont aux alentours de la cuvette Kollo-N’Dounga à l’exception du village de Molli et N’Dounga n’existaient pas avant l’aménagement de la cuvette.23 Apres l’installation de ces groupes, des infrastructures sociales (centre de santé, école, route etc.) sont créées par les autorités coloniales dans le but d’améliorer les conditions de vie de cette population.

20L’enseignement, Santé et Route

21L’augmentation de la population a poussé l’administration coloniale à développer l’équipement social de base autour de l’aménagement hydro agricole. Il y a eu la construction de deux écoles dans la région ; la première à Aoula Koara en 1935, qui reçoit plus de cent (100) élèves chaque année et une deuxième à N’Dounga en 1961 qui accueille 107 élèves répartis dans trois classes. Ensuite, quatre centres de formation et une station sont ouverts à Kollo en 193324, dont un centre d’encadrement, un centre d’apprentissage agricole chargé de la formation des moniteurs d’agriculture, Un centre de formation des moniteurs des eaux et forêts, un centre de perfectionnement des agents de la coopérative (association d’intérêt général agricole). Tous ces centres sont dépendants du Ministère de l’Agriculture et la station de recherches gérée par l’institut de recherche agronomique et technique (IRAT). À part ces centres, des centres de santé et des infrastructures routières ont été construites dans cette zone pour améliorer les conditions de vie sociales et économiques de la population.

22En Effet, la zone de Kollo a bénéficié d’une piste rurale qui la relie à Niamey pour faciliter le transport des produits agricoles sur le marché de la capitale politique. La piste de Kollo-Niamey supportait un trafic important. Elle est l’une des pistes les plus utilisées du pays. Enfin, un dispensaire a été construit en 1955 à Aoula-Koara pour la prise en charge sanitaire de la population. Ce dispensaire possède un bâtiment pour les malades et deux bâtiments annexes pour les logements des infirmiers. Il dessert une vaste région peuplée d’environ 25 000 habitants en 1959 (COGERAF, 1961, p. II-7).

Les effets économiques de l’AHA de Kollo-N’Dounga

23Les activités nouvellement créées suite à l’aménagement de la cuvette concourent à la satisfaction des besoins fondamentaux des exploitants et le bien-être familial. La production de produits vivriers et de rentes des produits comme le maïs dent de cheval, maïs jaune, sorgho, riz, oignons, pommes de terre dans la cuvette a augmenté les sources de revenus des colons25. Grâce à cette exploitation, la zone de Kollo s’insérait dans l’économie régionale qui est dominée par la ville de Niamey. La mise en valeur de la cuvette Kollo-N’Dounga a-t-elle eu des impacts sur la production ?

24Les effets sur la production

25S’agissant de l’exploitation traditionnelle de la cuvette, le riz n’était cultivé qu’en saison pluvieuse soit une seule campagne par an de 1930 à 1955. Le rendement en riziculture traditionnelle est faible, 1 à 2 tonnes du riz par hectare entre 1935-1955. À partir de 1956, grâce à la maitrise semi-contrôlée d’eau, la population produit deux fois par an, en hivernage et en saison sèche. En hivernage, il n’est cultivé que dans le bas fond et en saison sèche sur toutes les terres argileuses. Les rendements de la saison hivernale varient entre 2 000 et 3 000 kg/ha et pendant la sèche le rendement est 2,2 tonnes du riz par hectare. Ce qui a permis l’augmentation des productions agricoles afin de créer les conditions d’atteindre l’autosuffisance alimentaire et contribuer à la résolution du problème de chômage à travers les emplois directs ou indirects (salariat agricole) des bras valides. Le tableau ci-dessous présente les rendements des produits par hectare de l’AHA en 1959.

26Tableau N°1: Les rendements de l’Aménagement de Kollo-N’Dounga en 1959

Année

Saisons

Produits

Superficie

Pourcentage

Récolte

Pourcentage

Hivernage

Riz

100 ha

25%

220 tonnes

40,36%

1959

Maïs

250 ha

63%

275 tonnes

50,45%

Sorgho

50 ha

12,00%

50 tonnes

9,17%

Sèche

Riz

350 ha

83,33%

875 tonnes

67,30%

Maïs

50 ha

11,90%

90 tonnes

6,92%

Oignons

15 ha

3,53%

300 tonnes

23,07%

Pommes de terre

5 ha

1,19%

35 tonnes

2,69%

Divers

10 ha

2,38%

0

 

COGERAF, 1961, p.42-43

27La production de l’aménagement hydro-agricole a été influencée au cours de l’année 1956 par la mise en valeur de nouvelles terres et la double culture par an. Les rendements des cultures pendant la saison sèche sont supérieurs à ceux obtenus en hivernage à cause des inondations de certaines parcelles.
La maitrise semi-contrôlée de l’eau a permis aux exploitants de faire une double campagne par an (en saison d’hivernage et sèche). Le tableau ci-dessus nous montre les rendements par saison.

  • En hivernage, les céréales comme : le sorgho, le maïs et le Riz, sont des produits cultivés dans la cuvette et sur la terre dunaire. Ils constituent l’alimentation de base de la population et des colons. La majeure partie de la production en hivernage est réservée pour l’autoconsommation et une petite quantité de la récolte est vendue sur le marché de Kollo, N’Dounga et Niamey.

  • Pendant la saison sèche : les spéculations comme le riz, le maïs, l’oignon, les pommes de terre etc. sont les produits cultivés, bien que, la fréquence en termes de la consommation est relativement réduite et la commercialisation occupe la place importante.

28Les effets sur les échanges

29Jusqu’en 1935, la zone de Kollo ne participait pas à la vie économique de la région. Les diverses tentatives culturales de 1935 à 1955 permirent de nouvelles cultures en hivernage, mais ces productions n’alimentèrent aucun courant d’échange. Les marchés de Kollo et N’Dounga n’étaient que de petits marchés de brousse, où l’on trouvait quelques produits vivriers complémentaires indispensables tels que, le sel, le sucre, la cola, des produits de quincaillerie, de produits de cueillette et quelques outils agricoles… À partir de 1956, le marché a fortement changé. Il est désormais un gros marché après l’hivernage et surtout après les récoltes des cultures de contre saison. La double culture annuelle et les rendements intéressants obtenus permettent non seulement de satisfaire une consommation locale de riz et de maïs qui se développe, mais aussi de donner à l’aménagement une place importante sur le marché régional. La production de l’aménagement hydro agricole a permis au marché hebdomadaire de Kollo et N’Dounga d’avoir un afflux d’un grand nombre d’acheteurs et de vendeurs des produits agricoles des cercles de Niamey, de Dosso et même des pays voisins comme le Nigeria (COGERAF, 1961, p.52-53). En 1961, on peut chiffrer les produits qui ont été vendus sur les marchés de Niamey et Kollo dans le tableau ci-dessous.

30Tableau N°2: Les quantités de produits vendus sur les marchés Kollo et Niamey en 1961

Produits

Niamey/tonnes

Kollo/tonnes

Pourcentage (%)

Riz

1 500

1 000

66%

Maïs

600

300

50%

Oignons

4 000

300

7,50%

Pommes de terre

100

35

35%

COGERAF, 1961, p.I-4

31Les cultures irriguées de saison sèche constituent un appoint intéressant et permettant la vente qui procure aux producteurs un certain nombre de revenus. Les ventes des produits comme le riz, le maïs, d’une part, et celles d’oignon et de pommes de terre d’autre part, constituèrent les sources de revenu monétaire des paysans de la zone. L’acheminement de ces produits agricoles sur les marchés de Kollo et Niamey représentent un tonnage d’environ six mille deux cents (6 200) tonnes soit 79,13% de tonnes et à Kollo mille six cent trente-cinq (1 635) soit 20,86% de tonnes tous les produits confondus. Les paysans de Kollo qui livrent leurs produits à Niamey font des dépenses relativement importantes. On estime à environ huit millions (8 000 000 FCFA) la valeur des produits achetés sur le marché de Kollo par les colons et les paysans des villages environnants (COGERAF 1961, p.I-5).

32On constate que le riz est la céréale la plus cultivée et vendue parmi tant d’autres citées dans le tableau ci-dessus. Avec tous ces rendements importants l’objectif assigné à ce projet n’a pas été atteint à cause des problèmes de dysfonctionnement qui gangrènent l’AHA.

Conclusion

33L’histoire des Aménagements Hydro-Agricoles (AHA) en Afrique Sub-saharienne remonte à la période coloniale. En effet, dès 1920, les autorités coloniales ont initié un programme de la mise en valeur des colonies et zones irrigables en Afrique francophone. Au Niger, on assiste dès 1929 à une tentative de construction des premiers AHA avec le site de Kollo en 1929-1930, de Koutoukalé en 1934 et celui de Say en 1945. Après l’indépendance, le sous-secteur de l’irrigation est apparu aux yeux des autorités nigériennes en vue d’intensifier et de sécuriser la production vivrière face aux aléas climatiques. Cette volonté politique s’est manifestée dès le début des années 1961 à travers la poursuite d’études des possibilités d’aménagement des cuvettes et terrasses du fleuve Niger initiées par les autorités coloniales. Dès 1961 à aujourd’hui, environ 50 AHA sont réalisés sur toute l’étendue du territoire national avec une superficie de 13 850 ha. Les travaux d’aménagement de ces périmètres irrigués sont financés soit par l’extérieur (la chine populaire, FED, FAC, Chine Taiwan etc…) ou par des projets conjoints Niger-extérieur.

34L’AHA de Kollo-N’Dounga est le premier périmètre irrigué réalisé dans la colonie en 1930 dans l’objectif d’intensifier la culture irriguée, de répandre l’outillage mécanique européen et en même temps procéder à des essais sélectifs sur les variétés vivrières du pays. Il a eu des impacts multiformes sur les aspects socioéconomiques de la population nigérienne et de la zone en particulier. En effet, il a contribué à l’accroissement de la production agricole, aux échanges, à la création de l’emploi aux bras valide etc...

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Notes

1 Jules Brévié est un administrateur colonial, gouverneur général de l’Afrique occidentale française (AOF) 1917-1938.

2 LACOSTE est Ingénieur agronome français affecté au Niger dans le cadre de la mise en valeur des colonies de l’AOF.

3 ANN. 1R2 – 12, Etat des superficies cultivées et prévisions des récoltes pour l’année 1935, Niamey 1935.

4 L’information recueillie sur place reste muette sur le nom de cette personne.

5 ANN. 1E23 – 73, Rapport de la tournée effectuée par Mr. RIVIER dans le canton de N’Dounga du 28 juillet au août 1938, Niamey 1938.

6 Cette initiative a été conçue par un administrateur colonial qui était venu inspecter la zone et il a jugé l’endroit très favorable à l’agriculture irriguée. Des moyens matériels et humains considérables ont été mobilisés pour la mise en œuvre de cette initiative. Il est aussi le premier aménagement hydro-agricole réalisé pendant la période coloniale dans la colonie du Niger.

7 Cette cuvette est située sur la rive gauche du fleuve-Niger à cinquante (50) kilomètres environ au nord-ouest de Niamey sur l’axe Niamey-Tillabéri. L’aménagement de cette cuvette est intervenu après la famine de 1931-1932.

8 ANN. 1E23 – 73, Rapport de la tournée effectuée par Mr. RIVIER dans le canton de N’Dounga du 28 juillet au août 1938.

9 Fonds d’Aide et de Coopération

10 Fonds Européen de Développement

11 International Développement Association/ Kréditanstalt Fur Winderoufbou

12 Commission du Bassin de Lac Tchad

13 La vallée du fleuve Niger, la vallée de Maggia, Goulbi Maradi, le lac Tchad et le Koumadougou Yobé.

14 L’information recueillie sur place reste muette sur le nom.

15 ANN 1E19-35, Rapport de la tournée effectuée du 26 août au 4 septembre 1936 par Mr Maugin dans le canton de N’Dounga, Niamey 1936, p.3

16 Donnée recueillie à la direction d’antenne départementale de Kollo, sis au quartier Koara Kano.

17 Djibo Idé Hamidou, chef du village de Borowonci Kaora, entretien guidé, le 29/05.2021 à Borowonci-Kaora.

18 Généralement les maisons en banco indiquent la demeure des colons et des commerçants.

19 ANN 1E22.93, Rapport de tournée effectuée par Mr. RIVIER dans le canton de N’Dounga du 28 juillet au 2 août 1938, Niamey 1938, p.1

20 C’est un village à côté de Kollo sur la route Niamey-Kollo, sa population est originaire de canton de Kouré mais la terre appartient au canton de N’Dounga. Cette population a été installée par force par les premiers européens qui se sont installés dans la zone de Kollo.

21 C’est un village qui est devenu maintenant un quartier de la ville de Kollo, sa population est originaire de canton de N’Dounga mais la terre appartient au canton de Kouré.

22 ANN 1E19.31, Rapport de tournée dans les cantons de N’Dounga et Kouré, du 30 septembre au 3 octobre du commandant de cercle de Niamey, Niamey 1936, p.2

23 Djibo Idé Hamidou, exploitant agricole et chef du village Borowonci-Kaora, entretien guidé, le 29/05/2021 à Borowonci-Koara.

24 L’arrêté N°264 du 14 Mars 1933 pourtant sur la création d’une ferme école à la station agricole de Kollo.

25 Colons, signifie les exploitants de l’aménagement hydro-agricole de kollo-N’Dounga avant l’indépendance du pays.

Pour citer ce document

Abdourahamane MOUSSA AMADOU, «Historique et Impact socio-économique de l’Aménagements Hydro-Agricole de Kollo-N’Dounga de 1930 à 1988», Mu Kara Sani [En ligne], Dossier, N°43-juin 2026, mis � jour le : 27/07/2026, URL : https://www.mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=1109.

Quelques mots à propos de :  Abdourahamane MOUSSA AMADOU

Doctorant à l’Ecole Doctorale des Lettres, Arts, Sciences de l’Homme et de la Société

Université Abdou Moumouni de Niamey (Niger).

maigozo96@gmail.com