Mu Kara Sani
Description de votre site

N°42-Spécial

Ibrahim ABDOULAYE SEYNI

La radio au service des langues nationales au Niger : cas du Sonay-Zarma

Article

Résumé

Le Niger est un vaste pays sahélo saharien où se côtoient plusieurs langues. Parmi celles-ci, et au sens de l’article 3 de la Loi n° 2019-080 du 31 décembre 2019 fixant les modalités de promotion et de développement des langues nationales, la plus part sont proclamées langues nationales. Le développement et la promotion de ces parlers locaux incombent à l’Etat qui a créé des écoles bilingues et récemment un ministère en charge de l’éducation des langues nationales. A ces efforts, s’ajoutent ceux des médias en général et de la radio en particulier. Ces langues sont en effet de véhicules de communication et la radio reste le moyen de communication le plus usité au Niger selon les enquêtes d’afrobaromètres (série comparative d'enquêtes d’opinions publiques de 2018 et 2019) et d’après une étude d’audience du Studio Kalangou de 2023. Nous nous sommes dès lors posé la question de savoir quelles contributions ce média peut-il apporté à cette langue nationale couramment parlée au Niger et au-delà des frontières nationales ? Ainsi sur la base d’une méthodologie mixte alliant le qualitatif et le quantitatif, l’étude révèle l’importance de la radio dans la promotion, la propagation, l’apprentissage et la valorisation de cette langue via ses émissions.

Abstract

Niger is a vast Sahel-Saharan country where several languages coexist. Among these, and within the meaning of Article 3 of Law No. 2019-080 of December 31, 2019, establishing the modalities for the promotion and development of national languages, most are proclaimed national languages. The development and promotion of these local dialects is the responsibility of the State, which has created bilingual schools and recently a ministry in charge of education in national languages. In addition to these efforts, there are those of the media in general and radio in particular. These languages are indeed vehicles of communication, and radio remains the most widely used means of communication in Niger, according to the 2019 Afrobaromet surveys (a comparative series of public opinion surveys) and an audience study by Studio Kalangou in 2023. We therefore asked ourselves the question of what contributions this media can make to this national language commonly spoken in Niger and beyond national borders? Thus, based on a mixed methodology combining qualitative and quantitative factors, the study reveals the importance of radio in the promotion, propagation, learning and enhancement of this language through its broadcasts.

Texte intégral

pp. 23-39

Introduction

1Le Niger est un pays sahélo-saharien s’étendant sur une superficie de 1.267 000 km2. Il est composé d’une population de plus de 27 millions d’hbts parlant onze (11) langues nationales et quelques langues diasporiques tant couramment que sur les médias. Ces derniers et les langues nationales sont consubstantiels car ces médias en général et la radio en particulier réservent une large part à ces parlers locaux dans leurs programmations. la radio, média le plus usité au Niger a en effet été mis à contribution dans le développement des langues nationales en général et celle du Sonay-Zarma de l’indépendance à nos jours. Nous nous sommes posé la question de savoir quel service ce média populaire a-t-il rendu à la langue Sonay-Zarma? Pour y répondre nous allons clarifier dans un premier temps les concepts clés et la méthodologie. Dans un deuxième temps les univers radiophoniques et les langues nationales sont passés en revue. Dans un troisième et dernier temps sont traités quelques résultats et problèmes qui minent ces médias sans oubliés les quelques pistes de solutions.

Approche conceptuelle et méthodologie

2Cette partie de l’étude traite des concepts clés à clarifier et de la méthodologie utilisée pour sa réalisation.

clarification des concepts

3Dans cette étude dont l’objectif est de faire ressortir l’importance de la radio pour la langue sonray-zarma, il est question de clarifier les concepts clés. Pour ce faire, nous nous référerons à Aktouf qui dit : « Dans tout travail réputé scientifique, il importe que les concepts utilisés soient clairement définis et placés avec précision dans le cadre d’une théorie précise… » (Aktouf, 1987 : 25). Ainsi la langue est définie comme “tout système de signes vocaux doublement articulés propre à une communauté humaine donnée” (Mounin, 1974: 196). Elle est aussi le premier bien à conserver, la base et le constituant du patrimoine culturel, le moyen essentiel d’expression de notre société en même temps qu’un instrument d’ouverture au monde et de la circulation libre des biens et des personnes (Roland Arpin, 2001 :39). quand on y ajoute l’épithète nationale, elle concerne selon Kouesso, toutes les langues parlées par des groupes de locuteurs natifs donnés, quel que soit le rôle qu’elles jouent (langues de communication interpersonnelle, langues de religion, langue officielle et autres), quel que soit leur poids numérique, quelle que soit leur extension géographique (Kouesso 2015 : 94).

4S’agissant de la radio, Tudesq (1988) la définit comme un moyen d’information et de diffusion rapide et mobile, aussi bien pour l’émission que pour la réception. Nsenga, (2010),voit en elle, un outil irremplaçable qui permet d’entrer en contact directement avec les populations dans leur langue pour les sensibiliser, informer, mieux communiquer avec elles afin de faciliter les prises de décision, tenant compte des limites et contraintes identifiées qui entravent le processus de développement local.

Méthodologie

5Dans le cadre de ce travail dont l’objectif est de faire ressortir la contribution de la radio au développement de la langue Sonay-zarma, une méthodologie mixte est convoquée. Celle-ci est essentiellement basée sur une combinaison de deux méthodes : qualitative et quantitative. La méthode qualitative a été mise à contribution pour scruter les documents tels que certains textes de la république (décrets, Décisions et lois et ordonnance) et quelques productions scientifiques. Cette phase a permis d’avoir un aperçu sur ce que les auteurs, les textes législatifs et réglementaires ont dit sur les médias et les langues nationales. Elle est par la suite complétée par une méthode quantitative. Celle-ci a concerné l’enquête par questionnaire qui a porté uniquement sur les auditeurs des radios ayant au moins vingt ans d’exercice. Cette enquête a concerné essentiellement les auditeurs de la voix du Sahel et ceux de treize radios privées (donc 14 radios au total). Elle s’est déroulée du 1 er au 30 Avril 2025 et a permis de toucher dix auditeurs par radio, soit un total de cent quarante (140) auditeurs choisi par hasard. A la suite de cette phase, le logiciel sphinx 2 plus a été mis à contribution pour le traitement des données. Il faut noter enfin que malgré les caractères différentiels mais complémentaires de ces méthodes, chacune présente des avantages que l’autre n’en a pas. Les avantages de l’une permettent en fin de combler les lacunes de l’autre.

Univers des radios et des langues nationales.

6Dans cette partie, il est question d’aborder les différentes radios concernées par l’étude et les langues en lien avec le média radiophonique dans le contexte nigérien.

Radioscopie des radios retenues dans le cadre de cette étude

7Deux catégories de radios ont été retenues dans cette étude : il s’agit de la radio publique (voix du sahel) et des radios privées ayant au moins vingt d’exercice.

la radio publique communément appelée la voix du sahel.

8Nous entendons par radio publique, une radio créée par l’État, émettant sur toute l’étendue du pays, avec un programme destiné à toute la population sans distinction de races, d’ethnie ou de religion, en tenant compte les réalités socioculturelles. C’est une radio nationale, car comme le dit l’article 29 de l’ordonnance de 30 mars 1993, portant sur la Communication audiovisuelle, la radio nationale est une station ou toute autre entreprise de diffusion dont la programmation a vocation à intéresser l’ensemble du territoire national. Elle a le devoir de défendre les intérêts de l’État.

9« Radio Niger »1 tout d’abord, « La Voix du Sahel2 » par la suite, a toujours consacré plus de la moitié de leurs programmes aux langues nationales nigériennes. Le fait de consacrer des émissions en langues nationales dans son programme ne date pas de nos jours. En effet, depuis 1960, « Radio-Niger », actuel « Voix du Sahel » consacre des programmations en langues nationales. Le pourcentage de cette consécration des programmes aux langues nationales est mitigé, car certains parlent de 44 % (Ilboudo, 2014) ; d’autres avancent 70 % des programmes (FAO, 2003 : 21). Dans l’un ou l’autre cas, à travers ses programmes, elle contribue à la promotion des langues nationales. Ces programmes tiennent compte de toutes les couches socioprofessionnelles sans distinction de sexes, âges, d’ethnies et de religions. Ce programme tient compte également des réalités socioculturelles du pays. C’est une radio qui œuvre pour l’unité et la cohésion des citoyens.

10Elle s’est fixé comme objectifs le triptyque suivant : l’information, l’éducation, la distraction. Elle contribue à la révolution et à l’épanouissement de la culture nigérienne. Avec des moyens financiers de l’Office constitués de la subvention de l’étatique, les ressources de certaines prestations de service, la redevance (prélevée sur les factures d’électricité), de la publicité, des avis et communiqués, cette chaîne retransmet en direct les grands événements sociopolitiques nationaux (le championnat national de lutte traditionnelle, la proclamation des résultats des scrutins par exemple) ; ou les fêtes religieuses (musulmanes et chrétiennes). Ce médias détenait le monopole de l’information de sa création jusqu’en 1991 et a été utilisé dans les programmes de développement des différents régimes. Cette radio fait du service public. Elle n’est cependant pas la seule à faire ce genre de travail. Qu’en est-il de l’autre catégorie des radios ?

Les radios privées

11Faisant parties des radios dites de proximités (Saidou Dia, 2002 : 3), les radios privées nigériennes sont des radios post- conférence nationale souveraine. Cette Conférence Nationale a décrété la libéralisation dans plusieurs domaines dont entre autre celle dans le secteur de la communication audiovisuelle par l’acte n° XXVI/CN. Mais il a fallu attendre 1993 pour voir la prise de l’ordonnance n° 93-031 du 30 mars 19933 portant sur la communication audiovisuelle. Et l’année suivante la première radio privée a vu le jour en 1994 sous le nom de R&M (Radio et Musique). Ces radios au nombre 67 selon Reporter Sans Frontières(RSF) en 2022 étaient créées par des journalistes (du public ou non) à l’image de la radio Tambara, Sarounia ou Souda, ou par des opérateurs économiques, par exemple Radiotélévision Ténéré et Bonferey ou des hommes politiques ( Liptako, Anfani, etc.) ou encore par des artistes comme Touraki de Hamsou Garba ou enfin par des activistes de la société civile (Labari). C’est généralement la réalisation de bénéfices qui est mise en avant dans la création de ce type d’organe de presse.

12Elles donnent la parole à ceux qui n’ont pas accès aux médias d’État. Ces radios privées sont inégalement réparties sur le territoire national, en ce sens l’écrasante majorité des radios privées ont élu domicile à Niamey. Cette disparité se remarque aussi au niveau même de Niamey la capitale où beaucoup de ces radios sont implantées aux alentours ou à quelques encablures des marchés.

13Il existe aussi une disparité en termes de genre au niveau des promoteurs de ces radios. En effet on remarque aisément que la plupart de ces radios sont créées ou gérées par des hommes et la gent féminine est sous représentée. Ces radios, pour la plupart, portent des noms qui sont tirés dans les deux langues (la langue officielle qu’est le français et les langues nationales) couramment parlées au Niger parmi celles portant des noms tirés du français, on note, lumières, canal, horizon, fidélité, etc.

14Et des radios comme Bonferey, Anfani, Labari et Fahamaye tirent leurs noms, de nos langues locales. Ces noms ne sont pas tirés au hasard, car ayant tous un sens. Parmi ces noms, il y a ceux qui symbolisent une héroïne comme Saraounia et Tambara, un espace géographique important à l’exemple de Ténéré Fm, Liptako et Sahara, et un instrument de musique, comme Toubal et Kakaki.

15L’univers radiophonique nigérien présente une certaine particularité. On y remarque une disparité entre les régions en termes de couverture radiophonique. Si les autres régions de l’intérieur du pays reçoivent ou peine à capter les différentes radios, Niamey, la capitale abrite à elle seule, plus de la majorité des stations radio émettant sur le territoire nigérien.

16Ces médias font un service public et contribuent à maintenir la cohésion et l’unité nationale, nécessaire pour le développement de la nation. Leur création tout en sonnant le glas du monolithisme médiatique a aussi contribué au développement des langues nationales avec des programmations dans celles-ci en général et en Sonay-Zarma en particulier.

Zoom sur les parlers locaux en lien avec la radio

17En Afrique, il a été recensé la présence de plus de 2000 langues4. Au Niger d’après l’art 12 de la Charte de la Refondation5, les langues parlées du Niger sont l’arabe, le Buduma, le Fulfuldé, le Gourmancema, le Hausa, le Kanuri, le Tagdalt, le Tamajaq, le Tassawaq, le Tubu et le Sonay-Zarma. Ce dernier est la langue parlée par les Sonrai et les Zarma. Pour Gado (1980 :126), citant Fatoumata Agnès Diarra (1972), les zarma sont issus de l’empire Songhoy et auraient quitté l’extrémité occidentale de l’empire sous la pression des Peulhs entre le XVe et XVIe siècle.

18Ces langues faisant partie de notre identité sont diffusées sur les médias radiophoniques mais cette diffusion de ces langues a précédé celle sur internet.

19La radio, la langue et la culture étant au centre de la vie de l’homme, permettent à ce dernier de communiquer et déterminent ses rapports avec le monde (Damome 2014 :14). Ces langues et la radio sont consubstantielles car en diffusant ses programmes dans celles-ci, la radio contribue à leur développement. Aussi, d’après Tudesq, le pluralisme radiophonique permet, dans les pays où il est le plus large, d’offrir une diversité des langues parlées, (Tudesq, 2002 : 225). Selon ce dernier, une enquête IMMAR réalisée à Niamey, indique qu’il y a 92,3% de possesseurs d’au moins un poste radio. Les deux langues préférées pour l’écoute de la radio sont le djerma (47,1%) et le haoussa (31,1%), le français avec 13,3%, vient en troisième position (Tudesq, 2002 : 205). Ces résultats, bien que montrant la primauté de l’écoute radiophonique du sonay-zarma, ne renseignent sur la contribution de ce média au développement de cette langue nationale. Pour le voir, passons en revue les différents résultats de ce travail.

Les résultats

20L’analyse et le traitement des données de cette étude ont permis d’aboutir à des résultats exposés dans ce chapitre.

Radio outil de promotion de la langue

21Des auteurs comme Grattan, 2006, ont montré que la promotion des langues locales peut se faire de différentes manières et par des procédés divers. Cela peut être l’objet d’une décision politique encourageant l’usage des langues locales dans l’administration, la justice, la vie économique, l’éducation des enfants ou dans l’enseignement. Mais cela peut se traduire également par leur prise en compte dans la production et la diffusion de produits médiatiques et culturels.

22Cette promotion des langues en général et celle du Sonay-Zarma via les médias se retrouve aussi dans certains instruments juridiques nationaux tels que : la Délibération n° 002/CSC du 02 mars 2015 en son article 3 dans où il est dit que les médias privés sont des médias d’utilité publique. A ce titre, ils ont l’obligation de favoriser le débat démocratique et de promouvoir les droits humains fondamentaux, les langues et les produits sportifs et culturels nationaux, l’unité nationale, la tolérance et la solidarité, la paix et la sécurité, entre les différentes communautés, ainsi que la lutte contre toutes formes de discrimination. Outre cette délibération, le chapitre II portant sur les missions du Conseil Supérieur de Communication fait également cas de la promotion à travers son article 7. Ce dernier fait cas de la promotion du sport et de la culture nigérienne dans la programmation des émissions diffusées par les entreprises publiques et privées de la communication audiovisuelle.

23En plus de ces textes ci-dessus cités, nous pouvons aussi évoquer l’Ordonnance N° 93-31 du 30 mars 1993 Portant sur la Communication audiovisuelle en son chapitre IV sur les programmes, précisément en son Art. 22. qui dit : les services de communication audiovisuelle doivent, dans leur ensemble, assurer une programmation reflétant le soucie de promouvoir de la culture et les langues nationales. Pour être complet sur cet aspect juridique, nous convoquons enfin l’article 158 de la Constitution de la 7 ème république où il est fait obligation aux médias d’états de favoriser le débat démocratique et de promouvoir les droits humains fondamentaux, les langues et les produits sportifs et culturels nationaux, l’unité nationale, la tolérance et la solidarité, la paix et la sécurité, entre les différentes communautés, ainsi que la lutte contre toutes formes de discrimination.

Avis des enquêtés sur la promotion de langue Sonay-Zarma par les radios

Image 1000055E0000452500000E867462250CC9E6BF73.wmfImage 100002010000029D0000008DC2E569B56F058C61.png

nos enquêtes (2025)

24Nous voyons enfin les traces de cette promotion du Sonay-Zarma par la radio à travers les dires des enquêtés. En effet, on lire sur le graphique ci-dessus, que 86,95% voient en la radio un outil de promotion de la langue Sonay-Zarma, 8,696% voient le contraire et 47, 348% ne sont pas prononcé sur la question. En consacrant donc une large partie de ses programmes aux langues Sonay-Zarma, la radio contribue à la promotion de celle-ci. Ce résultat corrobore celui de Damome (2020) estimant que le nombre de langues mobilisées dans la programmation d’une radio et la diversité des contenus diffusés dans ces langues en modulation de fréquence et, plus encore, sur Internet contribuent à la survie et à la promotion des langues locales. Il confirme aussi celui de LIGAN pour qui les radios communautaires constituent un puissant outil de communication et de promotion des langues locales. Ce résultat met enfin en lumière cette vision d’Ousmane Chaa BEREPA eal (2023) selon laquelle ces medias de proximité constituent de véritables moyens de promotion des langues en usage.

Radio véhicule de propagation de la langue

25Méduim roi en Afrique (Samb, 2008 ; Tudesq 2002 ; Damome ; 2014) et le plus usité au Niger (Abdoulaye Seyni, 2021), la radio est un maillon important de la chaine médiatique qui contribue à la propagation de la langue.

26Graphique n°2 : perception des auditeurs sur la propagation du Sonay-Zarma.

Image 1000091E000030FF00001BEDD081158A27E258B7.wmfImage 10000201000001DA0000010EBD2BCC41B8F01E23.png

nos enquêtes (2025)

27Ce graphique ci-dessus met en évidence l’importance de la radio dans la propagation de langue au-delà de l’aire géographique dans laquelle elle est parlée. En effet 88% des auditeurs reconnaissent le travail fait par la radio dans ce sens. Cette propagation se fait par l’entremise d’une diffusion des émissions en langues zarma sur le net ou par la mise toujours des émissions comme la boite aux questions sur la Chaine internationale permettant ainsi aux auditeurs vivants dans les quatre coins du monde de la suivre en direct. La propagation peut également se faire grâce à la diffusion ou au partage des émissions comme la revue de presse en langue zarma sur les réseaux sociaux tels que facebook, watshapp etc. Elle peut enfin se faire par la mise sur You tube de certains contenus radiophonique en langue.

Radio : moyen d’apprentissage et valorisation de la langue

28La radio est l’un des médias populaires qui a fait ses preuves dans les programmes de développement socio-économique et politique, en ce sens qu’elle a été mise à contribution pour sensibiliser les populations. Elle fait partie des médias qui comme l’a dit Samb : « sont des acteurs qui construisent les représentations linguistiques, les conceptions, informations et repères constitutifs de la symbolique sociale et les mettent en discours, en normes et en valeurs (Samb, 2008 : 109 ).»

29Graphique n°3 : point de vue des auditeurs sur l’apprentissage et la valorisation du Sonay-Zarma

Image 1000050600001B6A00002053C4FA795DA5BAA182.wmfImage 100002010000010900000139F0ED3C36D3BB594F.png

nos enquêtes 2025

30Sur ce graphique, pour 73,913% des auditeurs, la radio constitue un moyen d’apprentissage et valorisation de la langue. Par contre 21,739% ne la conçoivent pas de cette manière et le reste (4,348%) des enquêtés n’ont répondu à la question. Moyen de communication qui se centre le plus sur la langue et le mieux la fait vivre, (Damome : 2022 : 106), la radio, grâce à son caractère ubiquitaire, apparait comme un moyen d’apprentissage et de valorisation de la langue Sonay-Zarma.

31Au regard du fort taux d’analphabétisme, la radio sone comme l’un des moyens le plus approprié pour apprendre et valoriser cette langue Sonay-zarma. Ce résultat rejoint cette vision de Balima (2005), pour qui à travers les langues locales parlées à la radio, c’est donc tout le potentiel régional ou identitaire qui est ainsi valorisé. Le même auteur poursuit, en quelques années de présence ou d’omniprésence des langues locales dans les programmes des radios locales, les résultats ne sont pas négligeables, tant sur le plan de la reconnaissance identitaire que sur celui de la valorisation du patrimoine culturel.

Défis et quelques pistes de solutions

32Dans ce dernier chapitre sont abordés les maux qui assaillent ce secteur médiatique et quelques propositions de solutions.

Les problèmes qui minent ces médias

33Ces radios font un vrai service public mais force est de constater qu’elles font face d’innombrables difficultés qui ont pour noms la vétusté des matériels ou les coupures intempestives endommageant les équipements. A cela s’ajoutent, l’instabilité de la connexion d’internet ou le non le maillage du territoire en internet. Outre ces difficultés techniques et technologiques, il faut mentionner celles relativement à l’économie  avec la précarité dans laquelle végètent le employés avec des salaires qu’ils peinent à percevoir, l’inexistence du fonds d’aide à la presse ou la lourdeur fiscale. Nous ne pouvons clore cette liste de problème sans évoquer ceux ayant un lien avec le sociale. En effet, bien qu’au Niger, heureusement à l’heure où nous écrivons ce texte, il n’existe pas d’hommes ou femmes de médias ayant perdu la vie dans l’exercice de son métier. Mais il existe des journalistes faisant face à des menaces et intimidation dans l’exercice de leurs métiers ou des travailleurs des médias non-inscription à la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale ou n’ayant pas de contrat de travail digne de ce nom.

Que faire ?

Appuyer ces radios financièrement, techniquement que politiquement

Organiser les journalistes en langues Sonay-Zarma - dendi en structures nationale et internationale

Faire en sorte que ces structures travaillent ensemble avec les Universités et centres de recherches.

Sensibiliser, former et encourager ces journalistes pour l’œuvre qu’ils sont en train d’accomplir

Impliquer ces journalistes dans l’organisation des grands événements en lien avec la culture en générale et celle des Sonay-Zarma - dendi en particulier

Conclusion

34Cette étude dont l’objectif est de lever le voile sur le service de la radio à l’un des parlers locaux a permis grâce à une méthodologie mixte de parvenir à plusieurs résultats. Le premier a mis en évidence l’importance ce média dans la promotion de cette langue. Le deuxième a évoqué sa contribution dans la propagation du Sonay-Zarma. Le troisième et dernier fait ressorti le lien de ce média et cette langue à travers son apprentissage et valorisation par l’entremise de ses émissions. En dépit de tous ces aspects positifs de ce média populaire, force est de constater, qu’il fait face à de nombreuses difficultés d’ordre technique; technologique; économique et social. Il urge donc d’aider ces radios afin qu’elles jouent pleinement leur partition dans ce contexte particulier de refondation et où surtout nos Etats sont victimes de la part de l’occident d’une double guerre : guerre asymétrique et communicationnelle.

Bibliographie

Aktouf, O. (1987), Méthodologie des sciences sociales et approche qualitative des organisations. Une introduction à la démarche classique et une critique, Montréal, Ed. Les Presses de l'Université du Québec, 191 p.

Abdoulaye Seyni I, (2021), Rôles des radios dans les crises sociales à caractères religieux au Niger de 2000 à 2015, thèse en sciences de l’information et de la communication, Université Bordeaux Montaigne, 398p.

Arpin, R. (2001). La langue, notre premier patrimoine. Québec français, n°121, pp 39–41.

DAMOME, E. (2022). Radios africaines en ligne et promotion des langues locales : une équation pas si simple à résoudre. ESSACHESS.

https://doi.org/10.21409/1B75-SK24

Damome, E. (2014), Radios et Religions en Afrique subsaharienne : Dynamisme, concurrence, action sociale, Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, 319 p

FAO. (2003), La situation de la communication pour le développement au Niger (État des lieux, Tome I), Rome, 171 p.

Gado, B. (1980), Le zarmatarey : contribution à l’histoire des populations d’entre Niger et Dallol Mawri in Etudes Nigériennes N°45, 356 p

Ilboudo, J.-P. (2014), Les Etapes d’Implantation de la Radio en Afrique Noire, Conférence prononcée à l’occasion de la Journée Mondiale de la Radio à Dakar, 13 Février 2014.

LIGAN, D, C, Quelle stratégie pour l’aménagement du statut des langues béninoises? Cahiers Ivoiriens de Recherche Linguistique, pp 115-127.

KOUESSO, J, R, 2015 : la Contribution des Radios Communautaires dans la Revitalisation des Langues Nationales au Cameroun, in LANGUES ET LITTERATURES, VOLUME XXIV, 2015, pp. 91-118

Mounin Georges., 1974 : Dictionnaire de la linguistique, Paris, PUF, 340p

Nsenga, T. (2010), l’impact des radios communautaires dans les milieux ruraux. Mémoire en communication et Journalisme, université de Lubumbashi, [en ligne], https://www.memoireonline.com/11/10/4095/Impact-des-radios-communautaires-dans-les-milieux-ruraux.htmlle 13/10/16 à 16h 55mn.

Ousmane Chaa BEREPA, Aboubakar ALIDOU & Françoise Félicité KOSSOUHO,( 2023) : Apport des radios communautaire par l’usage des langues locales au développement à la base : cas des radios communautaires NONSINA DE BEMBÈRÈKÈ, SU TII DERA DE NIKKI ET BIO GUERRA DE SÉGBANA, in Revue DJIBOUL N°006, Vol.2 Décembre, pp. 169 – 183

Saidou, D, 2002, Radiodiffusion et nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) : Usages, enjeux et perspectives document de l’UNRISD, 8p, disponible sur http://www.unrisd.org

SAMB, M, 2008, Médias et langues nationales au Sénégal : le long chemin de croix de l’information régionale, Revue électronique internationale de sciences du langage, N°9, pp. 104-115.

SERGE, T. B, 2005, Médias et langue nationales au Burkina Faso, in Recherches en communication, n° 24, p206, pp 205-218

Tudesq, A.-J. (2002), L’Afrique parle, l’Afrique écoute, les radios en Afrique subsaharienne, Paris, Karthala, 325 p.

Notes

1 C’était le nom que la radio portait à sa création en 1958.

2 La nouvelle appellation à partir de 1974. Nom qu’elle conserve jusqu’à nos jours.

3 Ordonnance N°93-31 du 30 Mars 1993, portant sur la communication audiovisuelle. JO N° SP 12 du 25 juin 1993.

4 5 https://www.oecd.org/fr/csao/publications/38410200.pdf

5 La Charte de la Refondation fait office de Constitution

Pour citer ce document

Ibrahim ABDOULAYE SEYNI, «La radio au service des langues nationales au Niger : cas du Sonay-Zarma», Mu Kara Sani [En ligne], Dossier, N°42-Dec 2025, N°42-Spécial, mis � jour le : 12/02/2026, URL : https://www.mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=898.

Quelques mots à propos de :  Ibrahim ABDOULAYE SEYNI

Chargé de recherches

IRSH/UAM

ibrasy2000@gmail.com