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N°42-Spécial
Vers l'extension de la transition énergétique au Mali : enjeux, défis et perspectives
Résumé
Cette étude analyse les dynamiques et les défis de la transition énergétique au Mali, un pays doté d'un potentiel important en énergies renouvelables (solaire, hydraulique, biomasse). L'accès à une énergie fiable et durable reste un enjeu majeur pour une grande partie de la population.
La méthodologie s'appuie sur une analyse économique et statistique descriptive de données collectées entre 2010 et 2023. Les sources incluent des rapports de la Banque Mondiale, de l'AIE, du ministère malien de l'Énergie, ainsi qu'une revue critique des politiques énergétiques. L'étude se concentre sur les investissements, les capacités installées, les taux d'électrification et les projets d'interconnexion régionale.
Les résultats révèlent une expansion significative des infrastructures d'énergies renouvelables entre 2010 et 2023. La capacité installée du solaire photovoltaïque a augmenté de 1 900 %, tandis que la capacité hydraulique a progressé de 180 %, notamment grâce au barrage de Gouina. Les capacités de stockage d'énergie et les centrales hybrides ont également connu une croissance notable, avec des hausses respectives de 300 % et 400 %. Cette diversification du mix énergétique a permis une réduction des émissions de CO2 liées à l'électricité de 400 % sur la même période.
Cependant, des défis majeurs persistent. Le taux d'électrification national, passé de 32,5 % à 50,6 %, masque des inégalités territoriales marquées (78 % en zone urbaine contre 18 % en zone rurale). Les contraintes financières, le manque d'infrastructures de transport et de stockage demeurent des freins importants et la nécessité d'une coopération géostratégique accrue.
Pour surmonter ces obstacles, plusieurs nous proposons solutions suivantes: le renforcement de la recherche et des politiques publiques pour attirer les investissements privés; le développement de nouvelles centrales d'énergies renouvelables et de systèmes hybrides; la modernisation des réseaux de transport grace à des technologies innovantes; et la consolidation de la coopération régionale par l'interconnexion des réseaux électriques.
Cette recherche souligne que la transition énergétique au Mali est à la fois une opportunité de développement durable et un défi qui nécessite une approche intégrée pour garantir une prospérité socio-économique et une résilience climatique.
Abstract
This study analyzes the dynamics and challenges of the energy transition in Mali, a country with significant potential for renewable energy (solar, hydro, biomass). Access to reliable and sustainable energy remains a major challenge for a large part of the population.
The methodology is based on an economic and descriptive statistical analysis of data collected between 2010 and 2023. Sources include reports from the World Bank, the IEA, the Malian Ministry of Energy, and a critical review of energy policies. The study focuses on investments, installed capacity, electrification rates, and regional interconnection projects.
The results reveal significant expansion in renewable energy infrastructure between 2010 and 2023. Installed solar photovoltaic capacity increased by 1,900%, while hydroelectric capacity grew by 180%, thanks in particular to the Gouina dam. Energy storage capacities and hybrid power plants also experienced notable growth, with increases of 300% and 400% respectively. This diversification of the energy mix has led to a 400% reduction in electricity-related CO2 emissions over the same period.
However, major challenges remain. The national electrification rate, which rose from 32.5% to 50.6%, masks marked regional inequalities (78% in urban areas versus 18% in rural areas). Financial constraints and a lack of transport and storage infrastructure remain significant obstacles, as does the need for greater geostrategic cooperation.
To overcome these obstacles, we propose the following solutions: strengthening research and public policies to attract private investment; developing new renewable energy plants and hybrid systems; modernizing transport networks through innovative technologies; and consolidating regional cooperation by interconnecting electricity grids.
This research highlights that the energy transition in Mali is both an opportunity for sustainable development and a challenge that requires an integrated approach to ensure socio-economic prosperity and climate resilience.
Table des matières
Texte intégral
pp. 40-58
Introduction
1La transition énergétique, définie comme la transformation structurelle des systèmes énergétiques visant à substituer progressivement les énergies fossiles par des sources renouvelables et durables (IPCC, 2022), constitue aujourd’hui un impératif mondial face à l’urgence climatique et à l’épuisement des ressources non renouvelables (IEA, 2021). Dans les pays en développement, cette transition revêt une importance stratégique, puisqu’elle conditionne à la fois la sécurité énergétique, le développement socio-économique et l’atténuation des effets du changement climatique (UNDP, 2020). Le Mali, pays sahélien enclavé, illustre parfaitement cette problématique, avec des défis spécifiques liés à sa dépendance énergétique, son faible taux d’électrification et son potentiel sous-exploité en ressources renouvelables.
2La transition énergétique est un enjeu critique pour le Mali. Bien que le pays dispose d'un potentiel solaire (5–7 kWh/m²/jour) et hydroélectrique (1 000 MW), son taux d'électrification rural (18 %) reste alarmant (Banque Mondiale, 2022), et une disponibilité significative de biomasse (PERC, 2023) sous exploité ceux qui freinent son développement socio-économique.
3Le pays dispose d'un potentiel énergétique abondant, notamment en énergies renouvelables et hybrides optimaux , mais son exploitation optimale nécessite des investissements stratégiques et des partenariats pour garantir un accès fiable à l'énergie, renforcer la résilience climatique, stimuler la croissance économique et améliorer le bien-être des populations.
4Période 2010 à 2023, 2010 marque un tournant avec l’adoption de politiques énergétiques plus ambitieuses en Afrique de l’Ouest.
5Le Mali affiche un taux d’électrification national de seulement 50,6 % (Banque Mondiale, 2022), avec des disparités criantes entre zones urbaines (78 %) et rurales (18 %). Cette précarité énergétique freine le développement industriel, limite l’accès aux services de base et perpétue la pauvreté (PNUD, 2021). Une transition énergétique inclusive pourrait ainsi constituer un levier majeur pour atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD 7 (énergie propre), l’ODD 13 (action climatique) et l’ODD 10 (réduction des inégalités). Le gouvernement du Mali envisage désormais d'accroître l'hybridation de ses mini-réseau en ajoutant une capacité photovoltaïque aux centrales à diesel.
6Toutefois, cette transition énergétique se heurte à des obstacles multidimensionnels. Sur le plan structurel, les lacunes infrastructurelles, l’insuffisance des investissements (moins de 15 % des financements climatiques alloués à l’Afrique subsaharienne; AFD, 2023) et les faiblesses réglementaires entravent son déploiement. Sur le plan socio-économique, les barrières technologiques, les résistances culturelles et l’instabilité politique exacerbée par les crises sécuritaires dans les régions nord et centre compliquent la mise en œuvre de projets durables (OCDE, 2023).
Objectifs et questions de Recherche
7Cette étude vise d’évaluer l'état de la transition énergétique au Mali entre 2010 et 2023 et identifier les obstacles institutionnels et socio-économiques. Notre cadre théorique croise les concepts de justice énergétique (Sovacool & Dworkin, 2015) et de résilience (IRENA, 2022), offrant une approche innovante pour le contexte sahélien.
8L’originalité de cette étude réside dans son approche holistique, intégrant une analyse critique des enjeux techniques, économiques et géopolitiques propres au contexte malien. À travers une revue systématique des politiques énergétiques nationales du Plan Directeur du Secteur de l'Énergie et de l'Eau du Mali 2030 (PDSEEM 2030), des données sectorielles et des bonnes pratiques internationales, cette recherche vise d’évaluer l'état des lieux de la transition énergétique au Mali en analysant les dynamiques actuelles, les politiques mises en place et les résultats obtenus entre 2010 et 2023. Quels sont les progrès et les limites des politiques énergétiques maliennes en matière de transition vers les énergies renouvelables entre 2010 et 2023?
L'augmentation des investissements dans les énergies renouvelables (solaire, hydraulique, hybrides) pourrait accroître la production électrique de 30 à 50 % et réduire les émissions de carbone de 10 à 20 % d'ici 2030. Cette analyse s’appuie sur un cadre théorique croisant les concepts de justice énergétique (Sovacool et Dworkin, 2015) et de résilience des systèmes énergétiques (IRENA, 2022), offrant ainsi une contribution novatrice aux débats sur l’avenir énergétique de l’Afrique subsaharienne.
La section suivante présente méthodologie, les hypotheses et le cadre théorique et la revue de la littérature.
Méthodologie, hypotheses et cadre théorique
Méthodologie et hypotheses
9Les données proviennent de rapports de la Banque Mondiale, de l'AIE, et du Ministère malien de l'Énergie (2010–2023), analysées via des statistiques descriptives et une revue critique des politiques. Les taux d'électrification et les émissions de CO₂ ont été sélectionnés pour mesurer l'impact socio-environnemental.
Les hypotheses sont: L'augmentation des investissements dans les énergies renouvelables pourrait accroître la production et réduire les émissions de carbone. Le manque d'infrastructures et les inégalités territoriales sont les principaux freins à l'électrification rurale. La coopération et les incitations fiscales sont des leviers clés pour une transition réussie.
Cadre théorique et revue de la littérature
Cadre théorique
10La transition énergétique, définie comme une transformation structurelle des systèmes énergétiques visant à substituer les énergies fossiles par des sources renouvelables et durables (IPCC, 2022), s’inscrit dans un cadre théorique pluridisciplinaire intégrant des concepts économiques, environnementaux et sociaux. Cette section articule les fondements théoriques de la transition énergétique, en mettant l’accent sur les approches de la justice énergétique (Sovacool & Dworkin, 2015) et de la résilience des systèmes énergétiques (IRENA, 2022), tout en examinant les dynamiques spécifiques au contexte malien.
Fondements théoriques de la transition énergétique
Théorie de la justice énergétique
11"La justice énergétique Sovacool et Dworkin, (2015) comprend trois dimensions: distributive (accès équitable aux ressources énergétiques), procédurale (inclusion des populations dans les processus décisionnels), et reconnue (respect des droits et cultures locales).
12Au Mali, les disparités urbaines-rurales (taux d’électrification de 78 % en ville contre 18 % en campagne, Banque Mondiale, (2022) illustrent les enjeux de justice distributive. Les politiques énergétiques doivent donc intégrer ces inégalités pour une transition inclusive (UNDP, 2020).
Résilience des systèmes énergétiques
13La résilience énergétique, définie par l’IRENA (2022), implique la capacité d’un système à absorber les chocs (climatiques, économiques) et à maintenir un approvisionnement stable. Le Mali, confronté à des défis climatiques (sécheresses) et géopolitiques (instabilité sahélienne), doit renforcer ses infrastructures et diversifier ses sources d’énergie (solaire, hydroélectrique, hybrides) pour assurer sa résilience (OCDE, 2023).
Économie du développement et transition énergétique
14Les théories du développement (Banque Mondiale, 2022) soulignent le rôle clé de l’énergie dans la croissance économique. Une transition réussie pourrait augmenter la contribution du secteur énergétique au PIB (passée de 5 % en 2010 à 8 % en 2023, INSTAT Mali) et créer des emplois (5 000 emplois dans les filières renouvelables en 2023, OIT). Avec un taux d’accès de 16,57%, l’électrification en milieu rural a permis de créer 775 emplois permanents et 198 emplois temporaires Amidou BALLO (2021).
Revue de la littérature sur les enjeux et défis de la transition énergétique au Mali
15Cette revue de la littérature examine les principaux enjeux et défis de la transition énergétique au Mali en se basant sur des données et des analyses récentes.
Potentiel énergétique et avancées récentes
16Le Mali possède un potentiel énergétique important, mais encore largement sous-exploité. Le pays bénéficie d'un ensoleillement élevé, avec un potentiel estimé entre 5 et 7 kWh/m²/jour (PERC, 2023). Le potentiel hydroélectrique national est évalué à environ 1 000 MW. La capacité installée a connu une augmentation notable, notamment avec le barrage de Gouina (140 MW en 2023). La biomasse est disponible, mais sa valorisation reste limitée et sous-utilisée dans le mix énergétique national. Les avancées récentes témoignent d'une dynamique de transition. La capacité solaire a progressé de manière significative, passant de 5 MW en 2010 à 100 MW en 2023 (IRENA, 2023). De plus, la dépendance énergétique au pétrole a diminué, passant de 85 % à 70 % entre 2010 et 2023 (AIE, 2023).
Obstacles majeurs à la transition
17La littérature académique et les rapports institutionnels identifient plusieurs obstacles structurels qui freinent la transition énergétique. Les réseaux de transport et de distribution de l'électricité sont souvent obsolètes. Le manque de capacité de stockage est également un défi, avec seulement 200 MWh enregistrés en 2023 (Banque Africaine de Développement, 2023). Le Mali, comme de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, fait face à un déficit de financement. Moins de 15 % des financements climatiques mondiaux sont alloués à cette région (AFD, 2023). Les faiblesses des cadres réglementaires et les problèmes de gouvernance sont des facteurs de risque pour les investissements (PNUD, 2021).
Solutions et perspectives
18Les études existantes proposent des pistes pour surmonter ces défis. Les partenariats régionaux pour le renforcement des interconnexions énergétiques, notamment via le Pool Ouest Africain d'Énergie (WAPP), est une solution prometteuse. Le nombre de projets d'interconnexion est passé de 2 en 2010 à 5 en 2023 (WAPP, 2023). La mise en place de politiques incitatives fiscales et réglementaires est essentielle pour attirer les investisseurs privés (Banque Mondiale, 2023).
Cadre conceptuel et contribution de l'étude
19Cette recherche s'appuie sur un cadre conceptuel qui intègre plusieurs dimensions: la justice énergétique pour évaluer l'équité d'accès, la résilience pour analyser la durabilité du système, et l'économie du développement pour mesurer les impacts socio-économiques.
La transition énergétique au Mali est à la fois une opportunité de développement et un défi multidimensionnel. Les travaux antérieurs soulignent l'importance d'une approche intégrée. Cette étude contribue à cette discussion en actualisant les données pour la période 2010-2023 et en proposant de nouvelles pistes pour accélérer la transition.
Présentation des résultats
20D'après les résultats de l'étude, les politiques énergétiques maliennes ont progressé entre 2010 et 2023, mais des défis persistent en matière de transition énergétique.
Accès à l'énergie au Mali
21L'accès à l'énergie au Mali a connu des progrès notables entre 2010 et 2023, bien que des disparités persistent, notamment en matière d'électrification et d'accès aux sources d'énergie pour la cuisson. Le taux d'électrification national a progressé de manière significative, passant de 32,5 % en 2010 à 50,6 % en 2023. Cependant, cette moyenne nationale masque de profondes inégalités territoriales. En 2023, le taux d'électrification dans les zones urbaines s'élevait à 78 %, tandis qu'il ne représentait que 18 % dans les zones rurales. Cet écart souligne un défi majeur dans l'accès équitable à l'énergie.
22L'accès à des sources d'énergie propre et fiable pour la cuisson demeure un enjeu critique. La part de la population utilisant ces sources n'a que légèrement augmenté, passant de 3 % en 2010 à 5 % en 2023. Ce faible pourcentage met en évidence des lacunes dans les politiques publiques visant à garantir un accès universel à l'énergie de cuisson, et suggère une dépendance persistante aux énergies traditionnelles telles que le bois de chauffe.
23La dépendance du Mali au pétrole a été réduite au cours de la période. Elle est passée de 85 % à 70 % entre 2010 et 2023. Cette diminution, bien que positive, est le reflet d'une diversification énergétique en cours. Cependant, elle reste insuffisante pour atteindre une transition énergétique durable et une résilience face aux fluctuations des marchés internationaux des hydrocarbures. Le tableau suivant présente l'accès à l'énergie au Mali sur la période 2010-2023.
24Tableau 1: Accès à l'énergie
|
Indicateurs |
Unité |
Année 2010 |
Année 2023 |
||
|
Niveau |
Sources* |
Niveau |
Sources** |
||
|
Taux d'électrification national |
% |
32,5 |
Banque Mondiale, AIE |
50,6 |
Banque Mondiale, AIE |
|
Taux d'électrification urbain |
% |
55 |
EDMSa, AMADER |
78 |
DMSa AMADER |
|
Taux d'électrification rural |
% |
12 |
AMADER, PNUD |
18 |
AMADER, PNUD |
|
Part de la population ayant accès des sources d’énergie fiable pour la cuisson |
% |
3 |
OMS, IEA |
5% en 2020 |
OMS, IEA |
|
Dépendance énergétique (pétrole) |
% |
85 |
Ministère de l'Énergie du Mali, AIE |
70 (2023) |
Ministère de l'Énergie du Mali, AIE |
25Note: *(2011); ** (2023)
Elaboré par les auteur
Évolution de la capacité instalée d'énergie
26De 2010 à 2023, le Mali a connu une croissance notable de ses capacités de production d'énergie, avec une diversification du mix énergétique. La capacité installée de l'énergie solaire photovoltaïque a progressé de manière exponentielle, passant de 5 MW à 100 MW. Cela représente une augmentation de 1900% sur cette période. La capacité de l’énergie hydraulique a également augmenté significativement, passant de 50 MW à 140 MW, soit une hausse de 180%. Cette augmentation est principalement due à la mise en service d'infrastructures majeures, telles que le barrage de Gouina.
27La capacité de stockage a été multipliée par quatre, passant de 50 MWh à 200 MWh. Cela correspond à une augmentation de 300%. La capacité des systèmes hybrides a connu une forte expansion, passant de 10 MW à 50 MW, soit une augmentation de 400%. Contrairement aux autres sources, la capacité thermique a connu une croissance plus modérée de 33,33% sur la même période. Le nombre de projets d'infrastructures énergétiques réalisés a triplé, passant de 5 à 15. Bien que cette progression soit positive, le nombre de projets reste insuffisant pour répondre aux besoins énergétiques croissants du pays. Le tableau suivant présente la capacité de des sytèmes énergétiques.
28Tableau 2: Capacité des sytèmes énergétiques
|
Indicateurs |
Unité |
2010 |
2023 |
||
|
Niveau |
Sources* |
Niveau |
Sources** |
||
|
Capacité installée du solaire photovoltaïque |
MW |
5 |
IRENA, Ministère de l'Énergie du Mali |
100 |
IRENA, Ministère de l'Énergie du Mali |
|
Capacité installée du thermique |
MW |
300 |
EDMSa, AMADER |
400 |
EDMSa, AMADER |
|
Capacité installée hydraulique |
MW |
50 |
OMVS, Banque Africaine de Développement |
140 (Gouina, 2023) |
OMVS, Banque Africaine de Développement |
|
Capacité installée hybride |
MW |
10 |
AMADER, PNUD |
50 |
AMADER, PNUD |
|
Capacité de stockage d'énergie |
MWh |
50 |
Banque Africaine de Développement, Projets régionaux |
200 |
Banque Africaine de Développement, Projets régionaux |
|
Projets d'infrastructures réalisés |
Nombre |
5 |
Ministère de l'Énergie, PNUD |
15 |
Ministère de l'Énergie, PNUD |
|
Projets d'infrastructures en cours |
Nombre |
3 |
Ministère de l'Énergie CEDEAO |
10 |
Ministère de l'Énergie, CEDEAO |
29Note: *(2011); ** (2023)
Elaboré par les auteurs
Impact économique et environnemental
30La réduction des émissions de CO2 liées à l'électricité est passée de 100 000 tonnes en 2010 à 500 000 tonnes en 2023. Sur la période 2010-2023, la réduction des émissions de CO2 liées à l'électricité a globalement augmenté de 400%.
Le coût moyen du kWh pour les ménages est passé de 250 FCFA à 150 FCFA, tandis que pour les entreprises, il est passé de 350 FCFA à 200 FCFA. Le secteur énergétique a vu sa contribution au PIB augmenter de 5 % en 2010 à 8 % en 2023. Le nombre d'emplois créés dans les filières d'énergies renouvelables a quintuplé, passant de 1 000 en 2010 à 5 000 en 2023. Le tableau suivant montre l’impact économique et environnemental.
31Tableau 3: Impact économique et environnemental
|
Indicateurs |
Unité |
Année 2010 |
Année 2023 |
||
|
Niveau |
Sources* |
Niveau |
Sources** |
||
|
Réduction des émissions de CO2 liées à l'électricité |
Tonnes |
100 000 |
Ministère de l'Environnement, AIE |
500000 |
Ministère de l'Environnement, AIE |
|
Coût moyen du KWh pour les ménages |
FCFA |
250 |
EDM-SA, GIZ |
150 |
EDM-SA, GIZ |
|
Coût moyen du KWh pour les entreprises |
FCFA |
350 |
EDM-SA, GIZ |
200 |
EDM-SA, GIZ |
|
Contribution du secteur énergétique au PIB |
% |
5 |
INSTAT Mali, Banque Mondiale |
8 |
INSTAT Mali, Banque Mondiale |
|
Emplois crées dans les filières renouvelables |
Nombre |
1 000 |
OIT, Ministère de l'Énergie |
5 000 |
OIT, Ministère de l'Énergie |
32Note: *(2011); ** (2023)
Elaboré par les auteurs
Coopération et d’intégration régionale
33Le nombre de projets d'interconnexion régionale avec la CEDEAO est passé de 2 à 5.
Le Mali a augmenté son taux d'intégration dans le marché régional de l'électricité, passant de 10 % à 25 %. Les financements mobilisés pour la transition énergétique ont augmenté, passant de 50 million de dollars US en 2010 à 300 million en 2023. Le tableau suivant présente la coopération et d’intégration régionale.
34Tableau 4: Coopération et d’intégration régionale
|
Indicateurs |
Unité |
Année 2010 |
Année 2023 |
||
|
Niveau |
Sources* |
Niveau |
Sources** |
||
|
Projets interconnexions régionales avec CEDEAO |
Nombre |
2 |
WAPP, CEDEAO |
5 |
WAPP, CEDEAO |
|
Projets interconnexions régionales avec OMVS |
Nombre |
1 |
WAPP, OMVS |
3 |
WAPP, OMVS |
|
Projets interconnexions régionales avec WAPP |
Nombre |
1 |
WAPP, CEDEAO |
4 |
WAPP, CEDEAO |
|
Taux d'intégration du Mali dans le marché régional de l'électricité |
% |
10 |
ECREEE, UEMOA |
25 |
ECREEE, UEMOA |
|
Financements mobilisés pour la transition énergétique |
Millions de USD |
50 |
BAD, UE, Banque Mondiale |
300 |
BAD, UE, Banque Mondiale |
35Note: *(2011); ** (2023)
Elaboré par les auteurs
Discussion critique
36Cependant, des disparités persistent entre zones urbaines (78 %) et rurales (18 %), soulignant un enjeu majeur de justice énergétique (Sovacool & Dworkin, 2015). Le Mali a accru ses capacités installées, notamment dans le solaire photovoltaïque (5 MW à 100 MW) et l’hydroélectrique (50 MW à 140 MW avec le barrage de Gouina). Toutefois, la capacité de stockage (200 MWh en 2023) demeure limitée, freinant l’intégration des énergies intermittentes. L’augmentation des projets d’infrastructures (de 5 à 15 réalisés) témoigne d’efforts, mais leur nombre reste faible au regard des besoins.
37La transition énergétique a généré des bénéfices économiques et environnementaux.
La contribution du secteur énergétique au PIB passée de 5 % à 8 %, création de 5 000 emplois dans les filières renouvelables et réduction des émissions de CO₂ (de 100 000 à 500 000 tonnes), bien que marginale à l’échelle globale.
Cependant, le coût du kWh reste élevé pour les ménages soit 150 FCFA et les entreprises 200 FCFA, reflétant des défis d’accessibilité financière.
Le Mali a renforcé son intégration via des projets d’interconnexion (2 à 5 avec la CEDEAO) et une hausse des financements mobilisés (50 à 300 million USD). Le taux d’intégration au marché régional (25 %) reste modeste, mais montre une dynamique positive pour la sécurité énergétique.
38Nos résultats concordent avec ceux de l'IRENA (2022) sur le rôle clé des mini-réseaux hybrides en zones rurales. Les résultats appellent à des politiques plus ambitieuses pour atteindre les ODD 7 et 13, en alignement avec les cadres théoriques de la justice énergétique et de la résilience (IRENA, 2022).
Validation des hypothèses:
39- H1 est partiellement confirmée: la réduction des émissions de CO₂ (500 000 tonnes en 2023) valide partiellement H1, mais reste insuffisante pour atteindre les cibles de l'Accord de Paris (IPCC, 2022).
40- H2 est validée : les inégalités territoriales et le manque d’infrastructures sont des freins majeurs.
41- H3 est corroborée : la coopération régionale et les incitations fiscales sont des leviers efficaces, mais sous-exploités.
Conclusion et propositions de solutions
42Cette étude a analysé la trajectoire de la transition énergétique au Mali sur la période 2010-2023, en évaluant ses progrès, ses défis et sa contribution aux objectifs de développement durable (ODD). Les résultats révèlent une dynamique positive, notamment en matière de développement des capacités de production d'énergie renouvelable, tout en soulignant la persistance d'importantes lacunes.
43Les données analysées montrent des avancées significatives en matière de développement des énergies renouvelables et d'accès à l'électricité. Entre 2010 et 2023, le Mali a réalisé une expansion remarquable de ses infrastructures d'énergies renouvelables. La capacité installée du solaire photovoltaïque a été multipliée par 19 (soit une augmentation de 1 900 %), et celle de l'hydraulique a augmenté de 180 %, notamment grace à des projets tels que le barrage de Gouina. Les capacités de stockage d'énergie et les centrales hybrides ont également connu une croissance notable, augmentant respectivement de 300 % et 400 %.
44Cette diversification du mix énergétique a entraîné une diminution des émissions de CO2 liées à la production d'électricité, qui ont été réduites de 400 % sur la même période. Le taux d'électrification national est passé de 32,5 % en 2010 à 50,6 % en 2023, ce qui représente une amélioration notable de l'accès à l'énergie pour la population malienne.
45Malgré ces progrès, des défis structurels majeurs persistent et compromettent l'atteinte complète de l'ODD 7. Les disparités entre les zones urbaines et rurales demeurent un obstacle central. En 2023, le taux d'électrification atteignait 78 % dans les villes, contre seulement 18 % dans les zones rurales. Cette inégalité met en lumière un accès inéquitable aux infrastructures énergétiques. Des défis tels que l'insuffisance d'infrastructures de réseau, les contraintes financières et la vulnérabilité aux chocs externes freinent une expansion plus rapide et équitable de la transition énergétique.
Pour surmonter ces obstacles et accélérer une transition énergétique plus inclusive et durable, les solutions suivantes sont proposées :
46- Innover le modèle: l'hybridation des mini-réseaux, combinant par exemple solaire et thermique, est une solution pour électrifier les zones isolées.
47- Renforcer la recherche et l'innovation: prioriser le soutien aux centres de recherche spécialisés dans les microréseaux et les solutions énergétiques hors réseau (off-grid). Ces technologies sont essentielles pour répondre aux besoins spécifiques des zones rurales et isolées.
48- Moderniser les infrastructures: les politiques publiques doivent diriger les investissements vers les centrales hybrides intégrant des capacités de stockage d'énergie. Parallèlement, une modernisation des réseaux de distribution existants est impérative pour améliorer la fiabilité et l'efficacité.
49- Mettre en place des politiques d'équité territoriale: Des politiques de subventions et d'incitations financières ciblées doivent être mises en place pour les communautés rurales, afin de réduire la fracture énergétique et de garantir un accès équitable à l'électricité.
50- Amplifier la coopération internationale et régionale: Il est crucial de renforcer les partenariats avec les pays voisins et les organisations régionales. La mutualisation des coûts de projets d'infrastructures et l'échange de bonnes pratiques peuvent optimiser les investissements et accélérer le déploiement des technologies.
51En combinant une approche géo-polique intégrée qui associe justice sociale, innovation technologique et coopération internationale, le Mali pourra non seulement capitaliser sur ses avancées, mais aussi relever les défis persistants et s'aligner pleinement sur les objectifs mondiaux en matière d'énergie durable.
Bibliographie
AFD. (2023). Financements climatiques en Afrique subsaharienne : tendances et enjeux. Agence Française de Développement.
AIE (2011). Mali Energy Outlook. International Energy Agency.
AIE (2023). Mali Energy Outlook. International Energy Agency.
AIE. (2021). World Energy Outlook 2021: Net Zero by 2050. International Energy Agency. https://www.iea.org/reports/world-energy-outlook-2021
AIE. (2023). Mali Energy Outlook. International Energy Agency.
Amidou BALLO, (2021). ANALYSE COUTS-BENEFICES DE L’ELECTRIFICATION RURALE: CAS DU MALI, Thèse de doctorat, Institut de Pédagogie Universitaire (IPU), Mali
Banque Africaine de Développement. (2023). Investissements dans les infrastructures énergétiques en Afrique de l’Ouest.
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Pour citer ce document
Quelques mots à propos de : Amidou BALLO
Économiste du développement, enseignant-chercheur, Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSEG), Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako (USSGB) Mali