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N°42-Spécial
De la parenté entre l’égyptien ancien et le songhay
Résumé
La parenté entre l’Égyptien ancien et les langues négro-africaines, notamment le Valaf, avait été déjà établie par Cheikh Anta Diop dès la première moitié du XXe siècle. Ses successeurs l’ont étendue à des langues bantoues et soudanaises. La présente étude qui porte sur la mise en regard de l’Égyptien ancien et du Songhay participe du même mouvement et se veut une contribue à la vulgarisation de l’unité linguistique et culture des peuples africains.
Abstract
From the first half of the twentieth century the relationship between ancient Egyptian and Black African languages including Valaf had already been established by Cheikh Anta Diop. His sucesseurs have extended to some Sudanese and Bantu languages. This study focuses on the caparison of ancient Egyptian and Songhay, is part of the same movement, it contributes to the popularization of the cultural and linguistic unity of African people.
Table des matières
Texte intégral
pp. 306-328
Introduction
1Les travaux scientifiques des professeurs Diop et Obenga ont ouvert le champ de l’égyptologie et de l’histoire africaines jusque-là investi par les africanistes, aux investigations des chercheurs africains. Désormais, la référence en ces domaines n’est plus l’africaniste livrant l’intelligibilité de l’Afrique à l’Africain, mais l’Africain qui se pense, qui pense sa culture et son l’histoire.
2Quatre idées forces structurent ces travaux. La première est que la civilisation égypto-nubienne a joué le même rôle vis-à-vis de la culture africaine, que la civilisation gréco-latine, à l’égard de la culture occidentale (Diop, 1981). La seconde est qu’on ne peut isoler l’Égyptien ancien de son contexte africain et qu’il faut lui trouver des parents ou des cousins en Afrique (Rapport du colloque du Caire, 1974). La troisième soutient que les preuves linguistiques sont les plus évidentes dans l’établissement de liens culturels entre des peuples (Obenga, Colloque du Caire 1974). La quatrième enfin, établit que la mise en évidence de l’unité linguistique permet de renforcer le sentiment de l’unité culturelle (Diop, 1981).
3Nombre d’études nourries par ces thèses ont permis de rapprocher des langues négro-africaines, soudanaises et bantoues de l’égyptien ancien et de mettre en évidence leur unité linguistique et leur unité culturelle à l’intérieur de la grande famille négro-égyptienne.
4Si l’application de ces thèses au Songhay une autre langue négro-africaines – permettait d’aboutir aux mêmes résultats, c’est-à-dire à la mise en évidence de la parenté entre les deux langues, en l’occurrence l’Égyptien ancien et le Songhay, leur validité et leur fiabilité auront été renforcées, et l’unité linguistique et culturelle des peuples africains qu’elles professent, auront connu une nouvelle extension.
La présente étude se propose donc, à cette fin, de procéder à une mise en regard de l’Égyptien ancien et du Songhay.
Présentation du Songhay
5Les termes Songhaï, Songhai, Songhay, Songai, Songoi, Songhoy, Sonraï, Son͂ai, Sonwaï que l’on rencontre dans la littérature, sont sur le plan phonétique, des caricatures du terme par lequel les Songhaï eux-mêmes se désignent. Ces transcriptions approximatives sont dues au fait que les langues utilisées par les auteurs occidentaux ou arabes ne possèdent pas la nasale dorsale ŋ. La transcription au moyen de l’API (Alphabet Phonétique International) donne : Soŋәȷ, mais pour des raisons de commodité, nous adoptons l’orthographie Soŋey.
6Le terme Soŋey renvoie à trois réalités distinctes. Une réalité anthropologique : le peuple soŋey. Une réalité géographique : l’aire de peuplement soŋey. Une réalité linguistique : la langue soŋey.
7Entre le VIIe et le VIIIe siècle, les Soŋey fondent les royaumes de Koukia et de Gao qui furent conquis par l’empire du Mali aux environs de 1325. Mais les villes qui portent ces noms sont probablement plus anciennes, puisque Es-Sadi, dans son Tarikh es-Soudan parle de la ville de Koukia comme : d’«une cité très ancienne, élevée au bord du fleuve, sur le territoire songhaï. Cette ville existait déjà au temps de pharaon, et c’est d’elle, dit-on, qu’il fit venir la troupe de magiciens qu’il employa dans la controverse qu’il eut avec Moïse» (Es-Sadi 1900 : 6-7)
8Si l’affirmation d’Es-Sadi est exacte, la ville de Koukia serait contemporaine de la XIXe dynastie égyptienne, et le pharaon indiqué serait Ramsès II ou Merneptah (Mineptah) Quoique que la chronologie en ce domaine présente des dates différentes, on peut situer la XIXe dynastie entre 1300 et 1200 av. J.C. Que d’aucuns considèrent l’information rapportée par le Tarikh comme un mythe, et que d’autres la regardent comme une légende, n’en fait pas moins une information intéressante. Elle suggère en effet d’une part, l’existence de voie de communications terrestres entre le Soŋey et l’Égypte ancienne. Des routes et des pistes très anciennes partaient en effet du Soŋey vers l’Égypte. C’est d’ailleurs l’une de ces voies qu’Ibn Batouta, au XIVe siècle, emprunta de Gao, pour se rendre en Égypte. Elle suggère d’autre part une parenté culturelle entre l’Égypte et le Soŋey. Cette parenté est décelable dans la communauté de croyance. La croyance en la magie, de même que son importance sont attestées dans les deux cultures. Comme les pharaons, quand ils allaient en guerre, les rois du Soŋey, lorsqu’ils menaient des expéditions, faisaient appel aux pouvoirs des magiciens sensés, par leurs incantations et pratiques occultes, provoquer la victoire sur l’ennemi. Aujourd’hui encore, les Soŋey, comme les Égyptiens autrefois, ont recours à la magie pour se protéger du mauvais œil, du génie malveillant, à cette fin, ils portent des amulettes, et consultent le zima (prêtre animiste)
9Dès le XIIIe siècle, le Soŋey s’émancipe de la tutelle du Mali. L’empire fondé par Sonni Ali Ber (1464-1492) est porté à son apogée par Askia Mohammed (1493-1528). À cette époque, le Soŋey s’étendait d’est en ouest sur plus de 2500 kilomètres, du Lac Tchad à l’Atlantique, et du nord au sud, du Sahara à la limite de la forêt.
10Le Soŋey compte environ cinq millions de locuteurs répartis entre l’Algérie, le Bénin, le Burkina Faso, le Ghana, le Mali, le Maroc, le Niger et le Nigéria. Robert Nicolaï (1981) répartit les parlers soŋey selon un axe Nord-Sud, il distingue ainsi un «songhaï septentrional» qui regroupe : le Hombori senni, le Koyra chiné, le Koyraboro chiné, le Zarma chiné, le Dendi chiné; et un «songhaï méridional» qui comprend : le Tasawaq, le Tadaksahak, le Korandjé.
11Au Niger, le Soŋey dit septentrional est représenté par le Tasawaq (Tahoua, Abala, Abalak, Agadez, Teggida N’Tessoum, Ingall). Le Soŋey dit méridional comprend plusieurs parlers : le Soŋeyboro senni ou Kaado (Tillabéry, Téra, Gotey, Karma), le Kouté senni (îles entre Tillabéry et Say) le Wogo senni (îles de Tillabéry et d’Ayorou), le Zarma senni (Dallol Bosso, Dallol Mawri, Ouallam). Il existe une intercompréhension entre les parlers soŋey méridionaux du Niger, qui sont regroupés sous les appellations de de Zarma-Soŋey ou Soŋey-Zarma. La présente étude porte sur le Soŋey méridonial du Niger.
12Senni signifie parole ou langue. Chiné signifie aussi langue, il est obtenu par l’association des verbes né (dire) et de chi (dire). Chiné est donc la duplication du verbe dire. Le Soŋey pour rendre compte de la variété de ses parlers, utilise des déterminations topologiques ou ethniques. En effet, Hombori (Mali), Dendi (Bénin) sont des régions, Koyra signifie ville, tandis que Zarma, Soŋey, Kouté, Wogo, sont des ethnies. On notera également que Le Tasawaq, le Tadaksahak sont les parlers des ethnies qui portent ces noms. Le Korandjé signifie quant à lui, le parler du village.
Classifications et apparentements du Soŋey
13Au regard de la manière dont les questions de la classification du soŋey et de son apparentement à l’Égyptien ancien ont été traitées, il n’est point exagéré de parler d’un casse-tête soŋey.
14En 1897, le journaliste, explorateur et reporter français Félix Dubois soutient dans Toumboutou la mystérieuse, que les soŋey sont d’origine égyptienne. En 1914, l’ethnologue Maurice Delafosse lui donne ainsi la réplique : «Jusque vers la fin du siècle dernier, on avait toujours considéré les Songaï comme des nègres authentiques. Mais un ouvrage qui eut un certain retentissement, tant en raison du moment où il parut que de la valeur littéraire de son auteur et de l’agrément de son style, vint modifier les idées de plusieurs ethnologues de bonne volonté; on alla chercher en Égypte, ou tout au moins en Nubie, le berceau des Songaï et il fut beaucoup question de l’empire songaï, de la civilisation songaï, etc. C’était, je crois, faire un peu trop honneur à cette population de paysans et de pêcheurs que de lui chercher un passé éloigné et si glorieux : les malheureux Songaï ont certainement fourni plus d’esclaves que de princes, leur influence sur le Soudan a toujours été de second ordre et leur civilisation n’a eu de relativement brillant que ce qui lui a été apporté de l’extérieur par les Berbères d’abord, les Mandé ensuite et les Marocains en dernier lieu. Quant à l’apport de l’Égypte, il parait avoir été à peu près nul au moins en tant qu’apport direct.» (Delafosse 1972 : 238)
15Maurice Delafosse n’était pas seulement ethnologue et spécialiste des langues africaines, il était aussi administrateur colonial. La filiation établie par Félix Dubois entre le Soŋey et l’Égypte qu’il jugeait outrancière, lui offrait aussi l’occasion de justifier de manière détournée, c’est-à-dire analogique, la supériorité de l’homme blanc, de même que la mission civilisatrice dont la colonisation s’était investie. L’affirmation en pleine période coloniale de la filiation d’un peuple dominé à la civilisation égyptienne plurimillénaire qui fascine encore l’humanité, présentait le danger d’ébranler les fondements mêmes de l’entreprise coloniale. L’idée que les Soŋey aient eu quelque chose à avoir avec la civilisation égyptienne constituait un scandale dont il fallait circonscrire les effets pervers.
16À la filiation entre le Soŋey et l’Égypte affirmée par Dubois, il fallait répondre par la désaffiliation. Et, puisque la langue est le meilleur moyen de prouver des liens culturels entre des peuples, elle constitue a contrario le meilleur outil pour établir l’absence de rapports culturels entre des peuples. Le Soŋey sera pris à parti, coupé de l’Égyptien, isolé des autres langues africaines. Il sera condamné à la réclusion dans des catégories spéciales dont certaines portent des noms fort évocateurs. En 1913, l’administrateur colonial anglais Frederick William Migeod (Les langues de l’Afrique occidentale, 1913) place le son Soŋey dans la 5e catégorie, celle des «langues primitive et non classées ailleurs». En 1914, Maurice Delafosse le classe dans une 6e catégorie dite des «langues agglutinantes procédant par suffixes et plus rarement par préfixe, mais ayant perdu complètement la notion de classes de noms. Le même auteur, ayant revu sa classification, en 1924, met le Soŋey dans le 14e groupe, le groupe «Nigéro-sénégalais». L’allemand Westermann Dietrich situe le Soŋey dans le groupe nigritique. (Rouch, 1952)
17L’Américain Greenberg (1963) dans sa classification des langues africaines, place le Soŋey dans la famille nilo-saharienne. En 1969 le français Pierre Lacroix, s’appuyant les parlers soŋey septentrionaux, affirme que le Soŋey n’est pas uniquement la langue des populations noires Harattins et Bellas, mais aussi la langue vernaculaire des tribus blanches d’origine berbère ou arabe, introduit la catégorie de «langues mixtes». Mais ces langues mixtes auxquels les linguistes occidentaux donnent des accents énigmatiques ne sont pas nouvelles. Les lettrés de l’Afrique occidentale tels Hamed Baba et Abderamane Es-Souyoûti en parlaient au XVIe siècle sans mystère, et surtout, donnaient une indication claire de la manière dont ces langues mixtes se sont formées. À ce propos, Boubou Hama écrit : «Ahmed Baba, rapportant un avis de Abderramane Es-Souyouti, dit que les Daoussahane sont des Béné-Ham. Cet auteur cité par Ahmed Baba croit que les Daoussahane sont des Noirs métissés par leur voisinage avec les arabes. Avant leur arrivée dans le Chinguit (Mauritanie), ils parlaient l’arabe. Au Chinguit, ils se mélangèrent avec les Touareg chassés de Gao. Ils formèrent avec eux un seul État. Ce fut pendant ce temps qu’ils perdirent la langue arabe pour ne plus parler que le touareg. Ils résidèrent avec les Touareg après de Chinguit, dans le Trarza et Kaédi. Pendant tout ce temps, les Daoussahane et les Touareg formèrent un tout cohérent et puissant. Un roi du Mali du nom de Moussa fit la guerre aux Berbères et conquit du même coup les Touareg et les Daoussahane. Ceux-ci furent transplantés dans le pays songhay, ils se métissèrent avec les éléments trouvés sur place et se mirent à parler une langue mixte tenant à la fois du Songhay et du Touareg. Depuis cet événement, les Daoussahane ne purent former avec les Touareg un autre État. Leur race se dispersa entre le Sahara algérien, la Mauritanie et l’Aïr. La langue des Daoussahane existait encore à l’époque où Ahmed Baba écrivait son livre.» (Hama 1963 : 375)
18Robert Nicolaï (2006), réagissant aux études de Bender(2004), et de Ehret (2001) qui, à la suite de Greenberg (1963) classent le Soŋey dans la famille nilo-saharienne, procède à un rapprochement lexical entre le soŋey et les langues dites chamito-sémitiques. Mais fait notable, le lexique mis en place par Nicolaï, est de son propre aveu, une sorte de fourre-tout puisqu’il admet que « le fonds lexical qui a été mis en évidence semble être composite bien qu’ayant une composante berbère particulièrement forte; il comprend des entrées susceptibles d’être rapprochées de l’ensemble des langues de contact (hassaniya, arabe marocain et tchadien, hawsa) mais au-delà, certaines entrées semblent pouvoir tout aussi bien être rapprochées de l’éthio-sémitique, du couchitique ou de l’égyptien» Dans cette étude étonnante, Nicolaï multiplie des déclarations surprenantes. Il anticipe d’abord : « pour anticiper la conclusion, écrit-il, et sous réserve d’approfondissement, je postulerai que le songhay résulte de l’évolution complexe d’une probable lingua franca, d’une variété vernaculaire ancienne de la langue (dont la nature précise, berbère, sémitique, plus ou moins ancien, éthio-sémitique ou autre est à établir). Cette variété, pas nécessairement homogène elle-même, probablement simplifiée, se serait stabilisée après que des populations originellement de langue non-sémitique se la fussent appropriée.» (Idem.) Puis, il conclut : « Finalement, à l’issue de cette étude, le songhay est aujourd’hui ``redirigé`` vers le domaine chamito-sémitique, mais sans qu’il soit question pour autant de le situer dans un rapport généalogique avec les langues de cette famille.» (Idem.)
19Derrière les notions de «langue mixte», d’«apparentement non-linéaire» de «ligua franca» se dissimulent la volonté de blanchir, de berbériser, ou d’arabiser le Soŋey. On insinue que le Noir, en l’occurrence le Soŋey, n’est pas responsable de sa propre langue, que celle-ci, serait issue d’une langue (disparue) parlée par des populations blanches. Le Soŋey fut donc tour à tour isolé, classé, déclassé. On le mit dans des catégories primitive, nigritique; dans des catégories indentifiables par des nombres; on le plaça dans la famille nilo-saharienne, dans la famille chamito-sémitique, et aux frontières de celles-ci, on la blanchit, on la métissa; on donna à penser que le Soŋey était une langue originellement parlée par des peuples blancs.
20À aucun moment, il ne vint à l’esprit partisan des auteurs (fonctionnaires coloniaux, ethnologues, anthropologues, linguistes ou historiens) la possibilité que les régions dites septentrionales de l’aire soŋey aient été sous la domination de l’empire soŋey, que Gao, contrôlait la route des caravanes : principal levier économique; que le soŋey était la langue d’administration, la langue des échanges commerciaux et de communication. Pourtant, Ousmane Dan Fodio parlant des Soŋey et de leur empire, au XIXe siècle, notait que : « La limite de leur domaine s’étendait de Gao au Sud algérien, au Nord d’Agadez à la limite du Bornou, du voisinage de cet État à la limite du Baoutchi jusqu’à la mer. Dans cet espace géographique, les Songhoy existaient. On y parlait leur langue ou, dans tous les cas, on y trouvait les traces de celles.ci.» (Cité par B. Hama 1963 : 380-381)
21En ce qui nous concerne, nous croyons à l’instar de Théophlie Obenga (1973) qu’il n’existe que trois grandes familles linguistiques africaines : le Berbère, le Khoisan, et le Négro-égyptien qui comprend l’égyptien ancien, le copte, les langues nilotique, les langues couchitiques les langues bantu et les langues soudanaises. Le Soŋey et l’Égyptien appartiennent à la dernière famille linguistique.
Mise en regard Soŋey-Égyptien
22L’Égyptien, au cours de son existence a connu des évolutions. On dénombre généralement cinq états de la langue égyptienne. Par égyptien ancien, nous entendons ici l’égyptien ou les parlers égyptiens en usage entre 20600 av. J.-C. et 473 ap. J.-C.) Le Soŋey dont il est ici question est notre langue maternelle. Comment établir la parenté entre le Soŋey en L’Égyptien? L’expertise d’un spécialiste des langues est requise. Nous la trouvons chez le linguiste Cheik Tidiane Ndiaye (1987). Selon ce spécialiste, pour démontrer la parenté entre les langues, la comparaison est la méthode la plus appropriée, celle-ci se repose sur les ressemblances de morphèmes ayant des significations identiques ou voisines. Et, la quantité de ces ressemblances identifiées détermine le degré de parenté. À ce sujet, Cheikh Anta Diop note : «La comparaison des langues africaines et de l’Égyptien conduit, non pas à de vagues rapports que l’on peut tout au plus prendre pour des possibilités, mais à une identité de faits grammaticaux et en un nombre tel que cela ne puisse pas être le fait du hasard» (Diop 1979 : 233-234). Toutefois, R. Maury (cité par Ndiaye), réagissant aux travaux linguistiques de Cheikh Anta Diop, qui n’était spécialiste en linguistique, estime que de telles comparaisons ne doivent être faites que par des linguistes chevronnés et spécialisés, et qu’«on ne pourra parler savamment de tout cela que lorsque des dictionnaires et des grammaires des langues africaines auront paru.» Répondant à cette critique, notre spécialiste juge qu’il n’est pas nécessaire d’avoir fait des études doctorales en linguistique pour utiliser des arguments linguistiques pour soutenir une thèse d’histoire, et que les intellectuels africains ne doivent attendre la publication de dictionnaires et de grammaires pour tirer de leurs langues maternelles des éléments de référence.
23N’étant point «linguiste chevronné», mais ayant le Soŋey comme langue maternelle, et la constitution d’un stock de mots communs à l’Égyptien et au Soŋey comme objectif, nous n’avons pas jugé utile d’attendre la parution de dictionnaires et de grammaires pour «parler savamment» des rapports entre l’Égyptien et le Soŋey, notre langue maternelle.
24Afin de comparer les deux langues, nous avons mis en place un fonds lexical dont la charpente est constituée par l’alphabet égyptien autrement dit la liste des phonogrammes unilitères, dans l’ordre conventionnellement adopté pour classer les mots égyptiens. Qu’il nous suffise ici de présenter un échantillon.
Lexique
Ȝ (a)
Égyptien Soŋey
aa : s’agrandir, s’étendre baa : augmenter
ab : cesser ban, ben : cesser, finir
anbu : enfermer, entourer dabu : enfermer, entourer
ah : et dah : et
aqhu : se hater washu : se hâter
ankh : oreille hanga : oreille
J (i)
ioua : bœuf haou : bœuf
ib : cœur biné : cœur
ini : porter sur la tête hini : pouvoir
W (ou)
wnn (oun) : exister, être hwna : vivre, exister
wr : grand nom de dieu wr : nom d’un dieu
b
ba : âme ba : âme
bw : particule négative, ne pas être bw : mourir, ne plus être
ban : mauvais, funeste boné : mauvais, malheur
bah : abondance bah : beaucoup
bak : oiseau gabou : épervier
benben : sourd bebe : sourd
p
pet pet : fouler du pied pitipiti : démarche rapide
patar : ancienne unité de mesure patarmi : portion, morceau
f
fat : diviser, séparer fay : diviser, séparerr
fanet : dégoût, écoeurement fente, fante : dégoût
funen, fun : lieu de repos, temple fulanzam : se reposer
m
ma : être semblable, pareil, copie hima : ressembler
maa : voir, regarder maa : entendre, comprendre
ma tet nak : comme qui dirait ma te kan : comme
ma : qui may : qui
n
netu : tresser, tisser turu : tisser, natter
nnti : homme ntche : dérivatif indiquant l’appartenance ethnique
ntr : dieu toru : dieu
nwh : feu nouné : feu
r
ran, rani : bête à cornes garu : bélier
h
han : voisin, familier, ami hangasin : ami, voisin
hannu : s’exclamer (déterminatif homme qui danse) ganu : danser
hai : bateau de transport hi : pirogue
huet : maison, demeure hu : maison, demeure
heqer : faim herey, harey : faim
ham : pêcher tam: pêcher
ḫ
hfa (kefa): poing koffi: frapper du poing sur la tête
s
sa, saa : commencer, dorénavant zaa : à partir de, depuis
sam, samu : louer, faire des éloges zamu : louer, faire des éloges
sam : faire prendre sambu : prendre
sfent : détester fente : détester, rejeter
sity : preuve, témoin sede : preuve, témoin
seb : flûte sese : flûte
k
kha : mettre quelque chose à part kah : mettre à part, enlever, ôter
keb : bras kebo : le bras
kenb : coin, angle kenbo : le coin, l’angle
kebs : lier, enchaîner kessou : prison
ker : demeure koyre, koira : demeure
kwk : ténèbres, obscurité kubey : ténèbres, obscurité
kheni : trébucher kheti : trébucher
t
ta : sable tassi : sable
tef : cracher tufa : cracher
tehen : front teŋe : front
taar : frapper kaar : frapper
tatu : fauteuil, trône tita : siège
ti : être ti : être
ten : lourd tin : lourd
tib : doigt tibi : saisir fermement avec les doigt
ṯ (tchi/ti)
taou (tchaou) : souffle, vent haou : vent, souffle, odeur
ḏ
dgi : voir di : voir, digi : miroir
debi : boucher, fermer dabu : boucher, fermer
ḏ (dj)
djerw : limite djero : la limite, le tracé
djede : dire, raconter dede : dire, raconter
djaa : rabatteur djaa : cri émis pour éloigner ou chasser les animaux
Analyse des faits
25L’examen du fonds lexical permet de d’établir les constats qui suivent :
Identité
L’Égyptien et le Soŋey utilisent les mêmes mots pour désigner les mêmes choses.
Égyptien Soŋey Signification
ba ba âme
bah bah abondance
kha kah metre à part
keb keb bras
kenb kenb coin
Effacement
La disparition ou l’effacement d’un ou plusieurs éléments du mot égyptien donne le mot soŋey.
Égyptien Soŋey Éléments effacés
aheh (pleurer) he (pleurer) a/b
ahiro (poste miltaire) hiro (frontière) a
benben (sourd) bebe (sourd) n
hai (bateau) hi (pirogue) a
Huet (maison) hu (maison) e/t
Excroissance
Un élément nouveau est ajouté au mot égyptien pour former le mot soŋey.
Égyptien Soŋey Éléments ajoutés
aa (s’étendre) baa (augmenter) b
ounn (exister) hounna (exister) h/a
ah (et) dah (et) d
sam (prendre) sambu (prendre) b/u
Métathèse
Du déplacement ou de l’inversion d’un élément ou d’un groupe d’éléments à l’intérieur du mot égyptien, résulte le mot soŋey.
Égyptien Soŋey Éléments inversés ou déplacés
fanet (dégoût) fante (dégoût) e/t
teben (sommet) tenbe (porter haut) n
ib (cœur) bine (cœur) i/b
bak (épervier) gab (épervier) a /k
yag (durer) gay (durer) y/g
Déconsonantification
Le Soŋey transforme le mot égyptien en remplaçant la consonne finale par une voyelle ou en lui adjoignant une voyelle.
Égyptien Soŋey Éléments transformés
fat (séparer, diviser) fay (séparer, diviser) t/y (semi-voyelle)
sfent (détester) fente (détester) t/e
har (bassin) hari (eau) r/i
kem (en un instant) kemi (cligner) m/i
Voisement
L’élément sourd en égyptien devient sonore en Soŋey
Égyptien Soŋey Éléments transformés
ka (personne) ga (corps) k/g
ank (oreille) hanga (oreille) k/g
bak (épervier) gabu (épervier) k/g
sam (louanger) zamu (louanger) s/z
Cumul d’opérations
À l’analyse on constate que partant du mot égyptien, le mot soŋey s’obtient en passant par plusieurs opérations
Métathèse + Avancement (voyelle postérieure vers forme antérieure)
Égyptien : tatu (fauteuil, trône) Soŋey : tita (siège, escabeau)
1e opération : métathèse : tuta
2e opération : avancement : tita
Effacement + Excroissance
Égyptien : sfent (détester) Soŋey : fente (détester)
1e opération : effacement : fent
2e opération : excroissance : fente
Métathèse + Voisement + Excroissance
Égyptien : bak (épervier) Soŋey : gabu (épervier)
1e opération : métathèse : kab
2e opération : voisement : gab
3e opération : excroissance : gabu
Le fil étymologique
26L’étymologie est la science de la filiation des mots, de leur origine ou de la reconstitution de leur ascendance. L’analyse du fonds lexical permet d’observer une filiation entre le Soŋey et l’Égyptien, d’établir l’origine égyptienne des mots soŋey ou de reconstituer leur ascendance égyptienne. Par ailleurs, la décomposition de certains mots soŋey permet de voir comment l’égyptien a contribué à leur formation.
27qs en Égyptien signifie : os. Il entre dans la formation du mot soŋey qoqosi : succer un os.
28qaw en Égyptien signifie hauteur. Il entre dans la formation de qarw : monter en Soŋey.
29qai signifie grand. Le même mot qai signifie grand-père en Soŋey.
Djesare (griot)
Le terme djesare peut être décomposé de la manière qui suit :
Dje : vient de l’égyptien djede (dire, raconter), en Soŋey, dede signifie : dire ou raconter.
Sa : déesse du savoir, de l’intelligence, de l’instruction.
Ra : bouche en égyptien.
Dje – sa – ra : littéralement : dire, raconter – le savoir – la bouche
Djesara, est le griot, celui qui dit, raconte le savoir par la bouche. Or, dans la société soŋey, et en Afrique de manière générale, le griot est le dépositaire du savoir, le maître de la parole.
Bahounn (vivant)
Ba (âme en égyptien)
Houn (exiter, être, en égyptien)
Bahoun est la fusion des deux mots égyptiens, et signifie : âme qui existe, âme qui est, ou âme vivante.
Hansi (chien en Soŋey)
Han : ami, familier, voisin, en égyptien
Si : de sen, s’associer, s’unir
La référence à l’étymologie laisse entendre que hansi est l’animal ami de l’homme, l’animal qui forme un couple avec l’homme, le compagnon de l’homme.
Gorkasin (voisin, voisine, époux, épouse, en Soŋey)
Goro : rester, demeurer, être assis, en Soŋey
Ka : personne en égyptien
Sen : double, être deux, couple s’unir ou s’associer
On comprend donc que Gorkasin, c’est la personne avec laquelle on reste, on demeure; la personne avec laquelle on s’associe pour former un couple.
Hangasin (ami, voisin, en Soŋey)
Han : ami, voisin en égyptien
Ga : c’est le ka qui par voisement devient ga : personne
Sin : vient de l’égyptien sen : être deux, couple, double, s’associer ou s’unir
Bakasiney (amour en Soŋey)
Ba : âme en égyptien
Ka: corps en égyptien
Sin : s’associer, s’unir, couple, s’associer, être deux
Ey : suffixe servant substantifier le mot auquel il est adjoint
On comprend donc que l’amour d’après l’étymologie et suivant la conception soŋey, est le sentiment qui amène l’âme et le corps de deux être à s’unir, à former un couple.
Ntche
Le suffixe ntche sert à établir l’appartenance ethnique. Il vient du terme égyptien nnti qui signifie : homme.
Haussa : haussantche (haussa-homme)
Gourma : gormantche (gourma-homme)
Mossi : mossintche (missi-homme)
Yoruba : yorbantche (Yoruba-homme)
Sankore
Sankore est le nom de la célèbre université qui fit la renommée de Toumbouctou au XVIe
siècle. Le recours à l’égyptien permet d’établir la signification de ce mot. Il est composé de san et de kore.
San renvoie à l’égyptien Sa qui désigne la déesse du savoir, de l’instruction, de l’intelligence. Il entre comme nous l’avons déjà vu dans la composition de djesare. Notons que dans d’autres langues négro-africaines, Sa évoque le savoir. En Haussa, savoir se dit : Sani. En Valaf, sa signifie enseigner, instruire.
Kore, koira, koira, selon les variantes du Soŋey signifient : maison demeure. Ces termes viennent de l’égyptien Ker dont la signification est demeure ou maison.
30Les informations que Boubou Hama rapporte dans sa contribution à l’unité africaine (p.337) viennent appuyer notre thèse. En effet il y mentionne l’existence, à Gao, au temps de Sonni Ali Ber, d’un club de savants dénommé : «San-hou ou la maison des San» Il rapporte également que dans «L’île de N’Dounga, les Saneï sont regroupés dans le quartier Saneï. Les marabouts de ce quartier sont originaires de Gao d’où ils sont venus avec Askia entre 1507 et 1508, lors de la conquête du Dandi et du pays de Béni-Karbas (Bargou et Kébbi)
Maïga
C’est le recours à l’égyptien qui livre également la signification authentique du patronyme soŋey Maïga.
31La société soŋey connaît la division en castes. Maïga est le patronyme attribué aux ressortissants des castes supérieures, c’est-à-dire aux nobles. Les relations entre castes inférieures et castes supérieures décrites par Cheikh Anta Diop à propos des sociétés sénégalaises sont identiques à celles qui existent entre les deux composantes de la société soŋey. Les nobles, écrit-il «ne peuvent pas exploiter matériellement les ressortissants des castes inférieures sans déchoir aux yeux du peuple et à leurs propres yeux. Ils sont tenus de les assister à tous points de vue, même s’ils sont moins riches ils doivent ``donner`` si un homme de caste inférieure s’adresse à eux. En échange, ce dernier doit lui céder le pas sur le plan social» (Diop 1960 : 8)
Le zamu ou éloge que les griots adressent aux Maïga confirme l’observation de Cheikh Anta Diop. Il disent en effet : «Maïga gon da, a ga no, a sinda, a ga no» ce qui signifie : Maïga donne quand il en a, il doit donner même quand il n’en a pas. (Sous-entendu quand un ressortissant des castes inférieures lui adresse une demande.
32La décomposition du mot Maïga livre un éclairage supplémentaire :
33Maï signifie donner en égyptien, il signifie aussi gouverner en soŋey
34Ga signifie aider en soŋey
35Maïga c’est littéralement : donner-aider ou gouverner-aider.
36On comprend dès lors l’assimilation faite par le Soŋey entre gouverner et donner. Cela découle de la conception soŋey traditionnelle du pouvoir qui n’est pas différente ailleurs en Afrique. Exercer le pouvoir, gouverner, c’est donner; c’est donner au peuple, c’est satisfaire ses besoins, répondre à ses attentes. Le gouvernant est aimé du puple quand il donne, détesté quand il ne donne pas. À ce propos, Ibn Batouta raporte dans ses Voyage, l’avarice du Mansa Souleymane et la perception négative qu’en avait le peuple. Au demeurant, le gouvernant est tenu de donner, d’assister le peuple, non de l’exploiter.
Issa
37Issa signifie fleuve en Soŋey. Boubou Hama et Jean Boulnois avaient observé la fréquence de la racine Sa dans la toponymie de la région du fleuve, mais l’explication qu’ils en donnent nous paraît aujourd’hui erronée. «Issa, écrivent-ils, désigne le fleuve Niger. Say est une altération de même sens; sans doute aussi Sa comme Sakoira : village du fleuve comme Saberi ou Zaberi : étymologie probable : Issa-ber ou béri ou borou, altérations du mot arabe kébir : grand» (empire de Gao, p.69)
38Ces auteurs n’ont pas échappé à la tentation de faire venir tout d’ailleurs quand il s’agit de l’Afrique Noire. Ce fleuve portait son nom bien avant le contact des Soŋey avec la langue arabe. Par ailleurs le terme Ber, vient non pas de l’arabe Kébir, mais de l’égyptien Wer qui signifie grand. Le terme Sa quant à lui signifie étang ou étendue d’eau en égyptien. Le mot issa e construit de la même manière que les termes suivants :
Keina (petit) Ikeina (le petit)
Beri (grand) Iberi (le grang)
Sa (fleuve) Issa (le fleuve)
39Outre les localités citées par les auteurs : Say, Sakoira, Saberi, on peut mentionner, celles de Saga, Saguia, Saya, Sansani. L’éclairage de l’égyptien permet d’établir que Sa est la racine qui forme à la fois le mot Issa et les noms des villages situés au bord du fleuve Niger.
A té ka si
40C’est par cette expression que les Soŋey annoncent le décès. Elle peut être traduite par : il a été (son) ka n’est plus. Cette expression soŋey peut être rapprochée des expressions égyptiennes «Passer à son ka» et «Rejoindre son ka» qui signifient toutes deux : mourir.
Dan bangu
41L’expression Dan bangu désigne en Soŋey, le rite de la circoncision. La traduction littérale de cette expression est trompeuse : elle donnerait : Dan (mettre) et Bangu (mare) autrement dit : mettre dans la mare. L’expression devient signifiante lorsque l’on recourt à l’étymologie. Le terme Bangu vient du terme égyptien Bahu qui signifie : phallus ou circoncision en tant que coutume. L’expression ainsi considérée, peut être rendue par : mettre dans la coutume de la circoncision, c’est-à-dire : subir l’épreuve de la circoncision.
Le souvenir de l’écriture?
42L’idée du Professeur Obenga (1973) selon laquelle, si l’égyptien et les langues africaines ont une origine commune, et si par ailleurs ces langues ont interféré avec l’égyptien, leur état actuel a nécessairement conservé des souvenirs et des traces de cette rencontre, pourrait trouver un appui dans la mise en regard effectuée dans la présente étude. En effet le rapprochement de certains déterminatifs égyptiens de la signification de certains mots soŋey, donne à penser que le Soŋey a conservé le souvenir de l’écriture hiéroglyphique. Ainsi, le signe bilitère dr (djer) est représenté par un faisceau ou fagot de tiges de lin attaché par une corde. Or, djere en Soŋey signifie porter sur la tête, fagot se dit djerow ou djermi. Le déterminatif du mot s’exclamer (hanu) en égyptien est un homme qui danse. Danser en Soney se dit Ganu. Le déterminatif du mot (Xéru : voix, cris) est un homme qui porte la main à la bouche. Or Héru ou Haru en Soŋey signifient rire.
Conclusion
43Au terme de notre étude, la parenté entre le Soŋey et l’Égyptien ancien est passée du domaine du possible et du probable vers celui du tangible et de l’indubitable. En effet, la quantité des faits mis en évidence, de même que leurs corrélations, nous éloignent définitivement du hasard. La mise en regard des deux langues a montré que l’Égyptien ancien et le Soŋey, dans plusieurs cas, utilisent les mêmes mots pour désigner les mêmes choses. L’étude a mis en lumière des procédés qui, dans de nombreux cas, permettent à partir d’un mot égyptien, de passer à un mot soŋey, sans altération de sens. Elle a également montré comment des termes égyptiens entrent dans la formation de mots soŋey, et comment l’égyptien ancien permet de remonter à l’origine du mot soŋey. Il ressort enfin de cette étude que l’Égyptien ancien peut fonctionner comme une grille de lecture de nos pratiques culturelles; autrement dit, il peut en effet livrer l’intelligibilité de ces pratiques culturelles.
44La thèse selon laquelle L’égyptien ancien joue par rapport aux langues africaines le même rôle que jouent le latin ou le grec à l’égard des langues occidentale – émise il y a plus d’un demi-siècle – vient de trouver une confirmation supplémentaire dans cette étude portant sur le Soŋey. La multiplication des études sur les relations entre l’Égyptien ancien et les langues négro-africaines sert pas seulement la science, elle est utile pour notre vivre-ensemble. Ces études ont l’avantage de montrer la parenté entre ces langues négro-africaines et l’Égyptien ancien d’une part, et la parenté qui existe entre les langues négro-africaines d’autre part. Au moment où l’Afrique parle à nouveau d’unité, et compte la réaliser par l’intégration économique, elle néglige ou oublie la contribution que ces études peuvent apporter, par le sentiment d’unité culturelle qu’elles font naître chez les peuples africains.
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05/08/2025, 15:48 - Pr Ali Mamane: De la parenté entre l’égyptien ancien et le songhay
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Quelques mots à propos de : Farmo Moumouni
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